POLITIQUE-RDC: La conférence de paix se termine dans la nervosité

GOMA, RD Congo, 24 jan (IPS) – La Conférence de paix, de développement et de sécurité dans les provinces du Nord-Kivu et Sud-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), s'est achevée mercredi à Goma (Nord-Kivu), après lecture en plénière et distribution aux participants de l'Acte d'engagement, contresigné par tous les groupes armés.

L'Acte d'engagement, qui est la conclusion majeure de la conférence, demande, entre autres, l'arrêt des hostilités à travers les deux provinces et l'abstention par tous de poser des actes susceptibles de nuire à la paix et à la sécurité des populations.

Mais à la clôture de la conférence, la nervosité et l'impatience règnaient à Goma. Les délégués exigent d'être payés, la population se demande ce qui se manigance et montrent des signes d'énervement. Débordés, les organisateurs appellent à la patience. Et les étudiants de l'Université de Goma où s'est tenue la conférence, veulent retrouver leurs auditoires.

Nonchalants dans la cour de l'Université libre des pays des Grands Lacs, des centaines d'hommes en costume-cravate et de femmes en robes chic, ne savent plus où donner de la tête. Une semaine durant, ils quittent leurs hôtels chaque matin et les rejoignent le soir sans avoir rien fait de la journée, si ce n'est se chauffer au soleil brûlant de cette ville étendue au pied du volcan Nyiragongo, papoter à l'ombre des arbres de la cour ou spéculer dans les salles de cours mises à leur disposition.

“On nous prend vraiment pour des imbéciles”, se plaint Solange Lusiku, éditrice du journal 'Le Souverain' de Bukavu (Sud-Kivu). “S'ils sont dépassés, la moindre des choses ne serait-elle pas de nous libérer pour que nous allions vaquer à nos occupations?” Mais, après le discours du chef de l'Etat Joseph Kabila, mercredi soir, mettant officiellement fin à la conférence, “les participants devront encore rester deux ou trois jours à Goma pour finaliser les travaux en carrefours”, indique l'abbé Malu-Malu, coordinateur de la conférence. Ce qui fait grincer des dents la majorité des délégués, qui n'ont pas encore reçu leurs pécules de prise en charge. “Nous n'avons pu payer jusqu'à présent que les neuf premiers jours”, explique un membre du secrétariat technique, sous couvert de l'anonymat. “A raison de 135 dollars par participant, comprenez qu'on a eu du mal à tout honorer rapidement, d'autant que nous attendions environ 500 personnes et que nous en avons eu 1.570 (participants) sur les bras”. Il ajoute : “Mais qu'on ne s'inquiète pas, on va arranger tous les cas litigieux d'un moment à l'autre”. Cette explication ne convainc pas beaucoup, notamment certains qui n'ont rien reçu depuis le début, chassés des hôtels ou incapables de se nourrir dans une ville où souvent ils mettent le pied pour la première fois.

“Déjà ils nous ont retenus ici sept jours de plus que prévu. Si demain, ils ne nous paient pas, on verra ce qu'on verra”, ont averti les membres de l'Association des rastamen (des fans du chanteur reggae Bob Marley, qui mènent des activités d'utilité publique) dans le Sud-Kivu. En attendant, sept ordinateurs portables ont disparu de la salle technique, prétendument emportés la nuit de mardi par les opérateurs techniques dont beaucoup réclameraient encore leurs émoluments. “Il est incompréhensible que ces machines aient pu ainsi se volatiliser dans un enclos de 2,5 hectares protégé jour et nuit par plus de 150 policiers et militaires surarmés, sans parler des dizaines d'éléments indiens de la MONUC (Mission des Nations Unies au Congo)”, affirme, dubitatif, un capitaine de la police nationale congolaise, qui refuse qu'on indexe ses hommes. Il se dit convaincu que ce sont les utilisateurs impayés de ces mêmes appareils qui les auraient emportés pour se venger de n'avoir pas été payés.

Mais, depuis cinq jours déjà, les 1.570 délégués à la conférence ne savaient plus que penser. Alors qu'ils se préparaient à refaire le voyage de retour vers leurs villes respectives samedi dernier, l'abbé Malu-Malu avait annoncé que la clôture avait été légèrement différée au lendemain dimanche, “question de mettre la dernière main sur l'acte d'engagement entre le gouvernement de la RDC et les groupes armés”.

Le lendemain, tout le monde était là dès 9 heures, sauf les membres du bureau, qui se contentèrent d'envoyer vers 16 heures un message demandant aux participants de revenir le lendemain. Même scénario lundi et mardi. “C'est à n'y rien comprendre. Pourquoi ne nous disent-ils pas tout simplement de leur laisser le temps de tout finaliser et de fixer une date pour la prochaine rencontre, au lieu de nous faire poireauter ici toute la journée comme des gamins?”, murmuraient la plupart des délégués.

En fait, tout n'était pas si simple, et on ne l'apprendra que le mardi soir : les négociations étaient plutôt serrées entre le gouvernement et les représentants du Conseil national pour la défense du peuple (CNDP) du général “dissident” Laurent Nkunda. Certains délégués n'hésitaient même pas à affirmer que l'Acte d'engagement signé finalement par les deux parties aurait été catégoriquement balayé d'un revers de main par le président rwandais Paul Kagame, le mentor avéré du CNDP.

*( Déo Namujimbo est journaliste à InfoSud, une agence de presse suisse basée à Genève. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre InfoSud et IPS).