BRUXELLES, 23 jan (IPS) – La présence répétée de Bono, le chanteur du groupe de rock U2, au Forum économique mondial (FEM) qui doit s'ouvrir ce mercredi à Davos, en Suisse, a pour objectif de maintenir l'attention médiatique sur les difficultés de l'Afrique, un continent qui sera au centre des débats, estiment plusieurs experts.
Depuis plusieurs années, le chanteur aux grosses lunettes fumées, compte parmi le millier de participants du FEM, qui se tiendra cette année du 23 au 27 janvier. En 2005 déjà, le leader du groupe U2 était apparu aux côtés de Tony Blair alors Premier ministre britannique, Thabo Mbeki, le président sud-africain, ou Bill Clinton, l'ancien président américain, pour expliquer que les difficultés de l'Afrique n'étaient plus une question de cause mais d'urgence.
Cette année, le continent africain ne sera pas absent des débats qui vont réunir les principaux chefs d'Etat et de gouvernement de la planète ainsi que plus de 900 chefs d'entreprises représentant près de 75 pour cent des sociétés les plus importantes et les plus riches du globe, indiquent les experts. Car les participants au Forum de Davos discuteront notamment de plusieurs initiatives en faveur du commerce, du développement durable ou de la lutte contre la faim, comme le projet lancé par la 'Business Alliance Against Chronic Hunger'.
Les membres de ce partenariat privé, qui réunit plusieurs multinationales, dont le géant agroalimentaire Unilever, la compagnie d'habillement sportif Nike ou le groupe de poste et télécommunications TNT, estiment que le continent africain doit entamer sa “révolution verte”, comme le firent l'Inde ou le Mexique, en augmentant considérablement leur production agricole entre 1940 et 1960.
Pour ces géants mondiaux, la production de biocarburants et les biotechnologies font partie intégrante de cette “révolution verte”. La firme Monsanto, par exemple, leader des technologies agroalimentaires et des semences OGM (organismes génétiquement modifiés) leur a emboîté le pas en envisageant d’augmenter bientôt sa production de maïs génétiquement modifié dans le district de Siaya, dans l'ouest du Kenya. Deux partenaires, Spectre et Technoserve, spécialisés dans le développement des biocarburants, sont impliqués dans le projet. L'objectif du premier, par exemple, est la production de combustible et d'énergie à partir de graines de jatropha.
Pour Mohamed Issah, membre de la Fondation 'Social Enterprise Development' (SEND) au Ghana, “les compagnies multinationales tentent d'accaparer le secteur agricole en prétendant qu'ils ont 'la' solution au problème de la faim en Afrique”, dit-il. “Mais ni la production de biocarburants, ni les biotechnologies ne bénéficieront aux petits producteurs africains”, ajoute-t-il.
“Si les compagnies prennent la responsabilité de fournir des semences génétiquement modifiées, le contrôle des plantations passera des mains des agriculteurs aux multinationales. Et l'objectif de ces compagnies, en étant présentes dans ces régions, consiste essentiellement à réaliser des profits”, affirme Issah. Pour cet expert, les agriculteurs locaux utilisent des techniques qu'ils connaissent et qui se veulent respectueuses de l'environnement dans lequel ils produisent. “Mais ils ont besoin d'améliorer les techniques dont ils disposent, et non pas d'introduire des semences génétiquement modifiées”, lance-t-il.
Récemment, l'économiste allemand Klaus Schwab, le fondateur du Forum de Davos, a reconnu que la montée en puissante de la production de biocarburants serait l'un des thèmes centraux dont devront discuter à l'avenir les décideurs politiques. “Les biocarburants ont un impact sur la gestion des ressources en eau, sur la gestion des terres arables et sur la sécurité alimentaire. Nous avons vu que les prix des denrées ont augmenté et entraîné des problèmes sociaux conséquents qui touchent davantage les pauvres que les riches”, a-t-il déclaré le 16 janvier dernier. L'an dernier, l'Union européenne s'est pourtant fixé comme objectif d'atteindre 10 pour cent de biocarburants dans les transports à l'horizon 2020. Considéré comme le rendez-vous des grands de ce monde et du milieu des affaires et de la finance, le Forum économique mondial ne manquera donc pas de se pencher sur les questions liées à la faim et à la pauvreté dans le monde, et de s'intéresser à l'Afrique. Mais, comme le souligne Olivier Hoedeman, membre de l'organisation non gouvernementale 'Corporate Europe Observatory', “la lutte contre la faim est aujourd'hui mise en avant par des compagnies réputées pour leur soutien à des politiques de libéralisation du marché mondial de manière tout à fait inamicale vis-à-vis des intérêts de l'Afrique”. Et pour cet observateur, le projet de la 'Business Alliance Against Chronic Hunger' est “un exercice cynique qui vise à promouvoir, via cette initiative, des techniques néfastes comme des technologies de modifications génétiques ou les biocarburants”.

