NAIROBI, 22 jan (IPS) – L'histoire d'une fille de 12 ans qui a été poignardée par sa voisine de 14 ans juste parce que leurs parents ont soutenu des candidats différents à la présidence dans les élections du 27 décembre sera à peine en manchette ici. Ni l'histoire d'une femme dans l'arrière-cour du président Mwai Kibaki, qui a recueilli environ 100 travailleurs ayant fui les violences post-électorales.
Des journalistes et des rédacteurs en chef s'appliquent à couvrir des politiciens — leur donnant les instruments pour polariser davantage le pays. Les violences tribales post-électorales que le pays a connues juste après que Kibaki a été déclaré vainqueur des élections présidentielles auraient coûté la vie à plus de 1.000 personnes et déplacé 250.000 autres. "Nous déformons l'information pour les politiciens… et sourions au chaos comme cela nous aide à vendre nos journaux et attirer plus de téléspectateurs et d'auditeurs vers nos médias de la radiodiffusion et de la télévision", a déclaré Mildred Ngesa, conceptrice de projets spéciaux au 'Daily Nation', le plus grand quotidien du Kenya. "Ceci n'aide pas à apaiser la nation", a souligné Ngesa; "l'heure est venue de changer cet état de choses et de rechercher les vraies vedettes de l'actualité qui ont été oubliées au fil des années".
Ngesa fait partie des femmes journalistes membres des organisations de presse à travers tout ce pays d'Afrique de l'est, qui ont fait équipe ensemble pour chercher une paix durable à travers la 'Heal the Nation Campaign' (la Campagne de guérison de la nation). Ngesa a affirmé que le calme trompeur dans le pays ne devrait pas donner l'impression que le pays est en paix. La vraie paix ne peut exister que si "nous parlons de la vérité, de justice, de l'histoire… alors seulement, nous pouvons commencer à guérir la nation". La Campagne de guérison de la nation débutera ce dialogue à travers l'utilisation de leur arme : la plume. "David de la Bible a abattu un géant avec un lance-pierre, et Moïse avait seulement sa houlette pour délivrer les Israéliens de l'esclavage", a dit Rosemary Okello-Orlale, directrice de 'African Woman and Child Feature Service' et coordinatrice de la campagne. "Nous, les femmes des médias, avons une plume. A travers cette plume, nous apporterons la paix dans ce pays", a-t-elle ajouté. Les femmes ont souligné qu'à moins que la source du conflit soit abordée, le calme dans le pays au cours de ces deux dernières semaines serait juste "une paix artificielle attendant d'être enflammée par une petite étincelle". "Nous devons nous attaquer aux vrais problèmes", a expliqué Jane Thuo, de l'Association des femmes journalistes du Kenya.
Les violences post-électorales ont vu la polarisation des salles de rédaction et l'utilisation par des journalistes d’un langage incendiaire, ce qui peut aggraver la situation.
Jane Godia, rédactrice en chef du 'Standard' — le second plus grand organe de presse au Kenya — a prié les journalistes d'éviter des termes comme le "génocide" et la "guerre tribale" qui n'aident pas à la guérison de la nation. Bitange Ndemo, secrétaire permanent du ministère de l'Information et de la Communication, a affirmé que l'initiative était opportune, puisque certaines maisons de presse ont peut-être encouragé les violences des deux dernières semaines.
"Certaines stations de radio inter-actives en langue vernaculaire ont encouragé des gens à parler de violence", a déclaré Ndemo. "Elles ont diffusé la matière première. Un cas que nous avons est celui d'un auditeur qui demande : 'Quand commençons-nous à tuer les étrangers en notre sein?' De tels sentiments pourraient expliquer la destruction gratuite des vies et des biens dès que les résultats de l'élection présidentielle ont été annoncés", a-t-elle indiqué. La police a chiffré le nombre total de morts à 612, le 14 décembre. Mais ceux qui ont fui les régions les plus touchées dans l'est du Kenya, disent que plusieurs cadavres non ramassés continuent de pourrir dans des champs.
Ndemo a déclaré que si l'initiative des femmes était soutenue, elle aiderait à accorder de l'importance aux récits des vraies victimes des violences qui sont souvent ignorées par la presse.
"Des femmes ont subi des agressions sexuelles et physiques pendant les quelques dernières semaines de violence", a souligné Ndemo. "Après avoir détruit des biens, certains hommes sont rentrés à la maison demandant de la nourriture, mais quand on leur a dit qu'il n'y en avait pas, ils ont retourné leur colère sur leurs femmes, sœurs ou mères et les ont battues. De telles histoires n'ont pas trouvé de place dans les médias".

