POLITIQUE-MALI: Les femmes ont relevé le défi au second tour avec 15 élues sur 26

BAMAKO, 17 août (IPS) – Au second tour des élections législatives du 22 juillet au Mali, 15 femmes ont été élues sur 26 en lice, contre zéro siège au premier tour. Les 15 dames siègeront au parlement sur 147 députés élus pour la nouvelle législature, soit 10,20 pour cent.

"C'est un succès qui nous console… car pour ce second tour, dans le meilleur des cas, on espérait avoir 13 femmes", s'est réjouie Korotoumou Mariko-Thera, porte-parole du Cadre de concertation des femmes des partis politiques, dans un entretien avec IPS, cette semaine à Bamako, la capitale malienne. Mais, les femmes maliennes ont traversé une longue période de suspens dans l'attente des résultats définitifs du second tour de ces législatives. La Cour constitutionnelle — l'instance judiciaire habilitée à proclamer les résultats définitifs et à trancher le contentieux électoral –, n'a publié les résultats que le 12 août, avec une semaine de plus sur le délai légal de 15 jours. Selon le président de la cour, Salif Kanouté, l'institution a enregistré, pour cette élection, un record de 250 requêtes d'annulations. Ce retard, dit-il, est dû non seulement à la complexité des recours, mais également au souci de la cour de rendre une bonne décision de justice. Après examen des recours dans trois circonscriptions électorales de Koulikoro, dans le sud du Mali, et à Tombouctou et Goundam, dans le nord, l'élection des candidats, qui avaient été déclarés vainqueurs par les résultats provisoires, a été invalidée. "Ce changement de la donne n'a fort heureusement pas touché les femmes", s'est réjouie également Oumou Traoré-Touré, secrétaire exécutive de la Coordination des associations et organisations non gouvernementales (ONG) féminines du Mali. "Nous avons 15 femmes sur 147 (10,20 pour cent), c'est un succès par rapport à la législature passée où nous avions 14 femmes", déclare, pour sa part, Nana Kane-Sanou, directrice du Groupe pivot, droit et citoyenneté des femmes, un réseau d'ONG basé à Bamako. Néanmoins, Bassaro Touré, analyste politique, déplore ce résultat des femmes. "Avec à peine 10 pour cent à l'Assemblée nationale, on peut dire que notre système démocratique ne réserve que la part congrue à celles (les femmes) qui constituent plus de 51 pour cent de la population". "Puisque les hommes ne veulent pas d'elles, elles ont décidé de faire comme eux… en décidant de ne plus se comporter comme de simples victimes. Les femmes ont ainsi adopté la même démarche que leurs “bourreaux” en renonçant à assumer leur identité et à porter leurs messages comme la défense des droits à l'équité de genre, la lutte contre les discriminations et les mutilations féminines comme l'excision", ajoute-t-il. "Nous avons vu des femmes qui ont fait un usage abusif de l'argent sans parvenir à dissiper tous les soupçons… sur son origine. Comme les hommes, elles ont fraudé, triché et corrompu pour avoir les voix des électeurs", affirme Touré. "Elles (les femmes) ont distribué des moulins, des marmites, des baignoires, des mortiers, des pilons, des sacs de céréales, du sel, de l'argent liquide, du savon… "Elles ont fricoté avec les représentants de l'administration pour sortir en tête". Astan Diallo, une sociologue féministe, fait le même constat : "Je pense qu'elles ont fait comme les hommes. On ne pouvait pas distinguer les hommes des femmes. C'était le même discours, les mêmes cafouillages, la campagne était identique".

A la question de savoir si les femmes qui sont élues avaient plus de moyens que celles qui ne le sont pas, Diallo répond en ces termes : "Elles ont passé en tant que politiciennes…" Selon elle, la campagne des femmes élues n'était pas fondée sur la force des arguments et de la conviction, mais sur l'usage de l'argent. Fanta Manchini Sissoko-Diarra, la première vice-présidente du Congrès national d'initiatives démocratiques (CNID, un parti de la mouvance présidentielle), et ancienne députée qui vient d'être réélue, confirme implicitement cette thèse. "En dehors de mes activités parlementaires, j'ai mené quelques actions dans ma commune en favorisant l'emploi de 31 jeunes, la clôture de deux terrains de sports… J'ai donné deux moulins à des groupements de femmes et une moto pompe à une association durant mon premier mandat de 2002 à 2007", dit-elle à IPS. "C'est normal de mener de telles activités quand on est élu…" Pour Mariko-Thera, l'aspect financier est certes très important car, selon elle, on ne peut pas faire de la politique sans argent, "mais pour le second tour, on a su faire des alliances stratégiques avec les différentes couches de la société et opté pour une campagne de proximité", a-t-elle déclaré à IPS. "Sur les 15 femmes élues, 14 sont sur des listes des partis politiques. Et une seule candidate indépendante a été élue à Bourem, dans le nord du pays", a indiqué Boukary Daou, journaliste et analyste politique à Bamako. Selon lui, les femmes ont plus de chance de se faire élire en figurant sur des listes des grandes formations politiques que comme candidates indépendantes. "D'où l'intérêt pour elles de se battre pour être sur ces listes", a-t-il souligné. "Nous devons les avoir à l'œil (les femmes), faire une lutte de proximité pour renforcer leurs capacités, mais les rappeler à l'ordre et ne pas avoir peur de les dénoncer quand il faut et les soutenir quand il le faut…", a déclaré Diallo à IPS. Après les premières élections démocratiques au Mali, en 1992, seules deux femmes avaient été élues au parlement. En 1997, elles étaient 18 femmes; et en 2002, ce nombre était tombé à 14. Pour la législature 2007-2012, elles seront 15 dames. Pour ce scrutin, 1.408 candidats dont 227 femmes — soit 16,12 pour cent du total — avaient sollicité les suffrages de quelque 6,2 millions électeurs et électrices pour briguer les 147 sièges de l'Assemblée nationale du Mali, un pays sahélien d'Afrique de l'ouest comptant parmi les plus pauvres du monde. Environ 2,017 millions électeurs ont voté au second tour, soit un taux de participation de 32,19 pour cent, contre 33,39 pour cent au premier tour.