ENVIRONNEMENT-NIGERIA: Riche en pétrole, il dépend toujours du charbon de bois

LAGOS, 24 juil (IPS) – Bien que le Nigeria soit le sixième producteur de pétrole au monde, la majorité de ses habitants tirent encore leurs besoins énergétiques du charbon de bois et détruisent une partie des forêts nationales pour s'en procurer.

Dans ce pays d'Afrique de l'ouest, dont la population frôle les 140 millions d'habitants, 70 pour cent des ménages vivent dans des zones rurales et dépendent directement ou indirectement du bois des forêts pour cuisiner ou se chauffer. Cette situation a accéléré la déforestation du pays, qui a perdu plus de 35 pour cent de ses surfaces forestières entre 1990 et 2005, selon le dernier rapport sur l'état des forêts mondiales publié par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Pour les défenseurs de l'environnement, cette situation est inacceptable. “Si le Nigeria dépend toujours du charbon de bois, alors que nous avons suffisamment de pétrole et de gaz, c'est parce que ses soi-disant dirigeants sont des fraudeurs et des hommes corrompus. Ils se soucient peu du bien-être de leurs citoyens et laissent faire le pillage de la forêt”, s'indigne Boniface Egboka, doyen de l'Ecole doctorante de l'Université de l'Etat d'Anambra, dans le sud-est du pays. “Il n'y a pas de raison d'utiliser le charbon de bois, car nous possédons les ressources humaines et financières pour transporter le gaz jusque dans les foyers… Nous sommes en train de ravager toutes les forêts du nord du pays pour récolter du bois et nous détruisons la savane, plus au sud, en exploitant le bois de la forêt tropicale”, ajoute-t-il. Le premier texte législatif destiné à protéger la forêt nigériane date de l'époque coloniale. En 1937, les autorités britanniques avaient établi un système de réserves protégées, dont certaines zones pouvaient être exploitées par des entreprises ou des particuliers qui possédaient une licence. Le reboisement était censé éviter la disparition des réserves forestières. En 1988, le Programme national de réforme agraire a proposé un plan de gestion durable des ressources forestières. Il prévoyait d'étendre la surface occupée par la forêt à 20 pour cent du territoire national. Aujourd'hui, la forêt occupe 12,2 pour cent de la superficie totale du pays, selon le rapport de la FAO. Et à l'heure actuelle, il n'existe aucune loi interdisant l'abattage d'arbres pour le charbon de bois, excepté dans les zones protégées. La récolte d'huile de palme, de mangues, de noix de cajou, de noix de cacao ou de cola, est cependant sévèrement contrôlée car ces arbres fruitiers présentent une valeur économique. Mais la loi semble incapable de protéger les forêts du pays. “Certaines forêts sont des zones dites prioritaires ou de préservation, ce qui signifie que l'abattage y est interdit, mais les gens ne suivent pas les règles et ceux qui coupent illégalement du bois ne sont jamais poursuivis”, explique Peter Nwilo, coordonnateur du Centre régional sur les systèmes d'information et de gestion de l'environnement à l'Université de Lagos.

“Même les bûcherons qui possèdent une licence se mettent à violer la loi, en abattant les arbres de toutes les tailles, y compris ceux qui sont trop jeunes pour être coupés. Malgré cela, les fonctionnaires des départements forestiers, qui délivrent les autorisations, continuent de renouveler chaque année leur licence, parce qu'ils reçoivent des pots-de-vin de la part des firmes d'abattage”, affirme Philip Asiodu, président de la Fondation nigériane de préservation de l'environnement, une organisation non gouvernementale basée à Lagos, la capitale économique du Nigeria.

“Ce n'est pas le manque de textes de loi, de politiques ou de programmes de protection qui est en jeu”, ajoute-t-il, “c'est une question de manque de volonté et de discipline de la part de fonctionnaires qui sont compromis ou corrompus, mais qui sont pourtant censés faire respecter les règlements”. Le bois illégalement coupé dans les forêts nigérianes est le plus souvent vendu à l'étranger, en particulier en Asie. Parfois, il est acheté par des entreprises locales de construction qui l'utilisent pour faire du bois de charpente. La déforestation du Nigeria a déjà des conséquences dans le centre et le nord du pays. La disparition des forêts, dont on connaît les capacités à maintenir les sols, accentue l'érosion et la désertification. Le Nigeria perd chaque année près de 350.000 hectares de terres arables à cause de la désertification. En 1999, les autorités nigérianes ont lancé un programme destiné à permettre la consommation commerciale et domestique de gaz naturel. Mais jusqu'à ce jour, à peine quelques zones industrielles de Lagos ont pu bénéficier de ce projet. “Nous essayons de relier les sites industriels au réseau gazier… Les consommateurs domestiques ne seront servis que bien plus tard, car nous devons planifier le réseau. La plupart des zones résidentielles de Lagos ne sont pas équipées, ce qui rend le transport de gaz vers les foyers plus compliqué que prévu, mais nous y travaillerons”, a déclaré à IPS, un représentant de la société distributrice de gaz, Gaslink, une filiale de la compagnie pétrolière OANDO, chargée de ce projet. Aujourd'hui, les habitants qui ont besoin de gaz pour leur four domestique doivent acheter des barillets qui se vendent entre 80 et 165 dollars, un prix tout à fait exorbitant pour la plupart des ménages nigérians. “Je ne me souviens pas de la dernière fois que j'ai utilisé mon réchaud à gaz”, indique à IPS, Caroline Akande, une enseignante de Iwaya, dans la banlieue de Lagos. “Actuellement, j'utilise un réchaud à pétrole, et un réchaud électrique chaque fois qu'il y a du courant”.

D'après l'indice de développement humain de 2006 du Programme des Nations Unies pour le développement, 70,8 pour cent de la population nigériane vit avec moins d'un dollar par jour; 92,4 pour cent des habitants du pays disposent de moins de deux dollars pour assurer leurs besoins quotidiens.