SANTE-ZIMBABWE: Faire des missions de charité à l'époque du SIDA

BULAWAYO, 25 juil (IPS) – Priscilla Ndlovu a l'impression d'avoir tout vu. Elle travaille en tant que membre de l'un des nombreux groupes de soins à domicile de la communauté, dont la prédominance montre l'ampleur du VIH/SIDA au Zimbabwe, soulignant ainsi l'effort du pays pour contrôler la pandémie.

"La manière dont les choses évoluent et la pauvreté dans laquelle vivent les gens ici, c'est triste que la liste des malades cherchant nos services va en augmentant", a déclaré Ndlovu (43 ans) à IPS. Des familles, qui étaient au départ réticentes à voir des étrangers dans leurs maisons s'occupant d'un parent souffrant, demandent de plus en plus ces services.

"Il existe encore de la réticence chez certains à se montrer au grand jour. Nous n'avons pas vu assez de changement de comportement au fur et à mesure que nous nous occupons des personnes aussi jeunes que celles âgées de 15 ans", a indiqué Ndlovu. Elle est l'une des nombreuses femmes à Bulawayo, la deuxième ville plus grande du Zimbabwe, qui sont devenues des héroïnes communautaires puisqu'elles luttent contre la pire crise sociale et sanitaire que le pays ait jamais connue. Elles font des missions de charité à un moment où les ressources du gouvernement s'épuisent et où des centaines de professionnels de santé quittent le pays en quête d'emplois à l'étranger. Quand des infirmiers et médecins vont en grève, Ndlovu et son groupe de donneurs de soins à domicile sont ceux qui, pendant des années maintenant, se sont engouffrés dans la brèche. Le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA) a déclaré l'année dernière qu'il faisait de l'amélioration de la qualité des soins à domicile et de l'assistance socio-psychologique aux personnes vivant avec le VIH l'une de ses priorités. Selon les estimations de l'ONUSIDA, il y a environ 1,3 million d'enfants au Zimbabwe qui sont des orphelins du SIDA.

Ces chiffres apparaissent à un moment où il y a des préoccupations croissantes selon lesquelles des pays de l'Afrique subsaharienne tels que le Botswana et l'Afrique du Sud voisins ne réduiront pas la prévalence du VIH conformément à l'Objectif six du millénaire pour le développement (OMD) qui vise également à réduire l'incidence du paludisme et de la tuberculose d'ici à 2015.

Les donneurs de soins à domicile de Bulawayo aident les personnes dans des situations désespérées. La crise économique grandissante a amoindri les revenus, avec les médias qui rapportent un commerce de sexe croissant dans les villes frontalières et les principales villes du pays.

Des organisations non-gouvernementales locales (ONG) craignent que certaines villes et cités ne deviennent une zone de reproduction pour le VIH/SIDA.

Gifford Hlatshwayo, un éducateur des pairs au Conseil d'aides national, déclare que des souffrances prolongées ont obligé spécialement des jeunes filles à se livrer à des activités sexuelles précoces comme moyen de gagner leur vie. "Nous vivons des moments difficiles. C'est triste qu'elles se soient introduites dans cette activité au moment où il y a tellement de risques qui y sont liés. Nous voyons un nombre croissant de personnes qui viennent ici disant qu'elles veulent mettre fin à leur vie parce qu'elles ont découvert qu'elles sont séropositives".

A Plumtree, une zone rurale située à quelques kilomètres de la frontière du Botswana, on peut voir de jeunes femmes la nuit faire ouvertement des avances à des clients qu'elles croient détenir la monnaie tant convoitée et plus forte du Botswana, le pula, dont l'unité est échangée contre 10.000 dollars zimbabwéens sur le marché parallèle.

A l'Hôpital Mpilo appartenant à l'Etat et basé à Bulawayo, il est fréquent de voir des parents qui emmènent des membres de leur famille malades dans des brouettes. Comme la pénurie du carburant continue, il n'y a pas d'ambulances pour transporter les malades. Des ONG intervenant dans le domaine du VIH/SIDA s’interrogent sur l'exactitude des statistiques du gouvernement. Des professionnels de santé indiquent que l'effondrement du secteur de la santé du Zimbabwe a rendu difficile le dépistage de nouvelles infections. Un médecin travaillant avec Médecins sans frontières à l'Hôpital Mpilo a déclaré à IPS dans l’anonymat qu'il est pratiquement devenu impossible de dépister de nouvelles infections.

"Au service de consultation pour les infections opportunistes, nous recevons quelques personnes qui veulent être sur la liste des gens qui reçoivent des médicaments anti-rétroviraux, mais mon expérience ici montre que ces chiffres ne reflètent pas l'ampleur des infections de la ville. "Il y a encore beaucoup de patients qui ne se montrent pas au grand jour et qui meurent dans l’anonymat. Ainsi il est extrêmement difficile de voir si cette bataille est en train d'être gagnée", a souligné le médecin. Toutefois, Joshua Chigodora du Service de la dissémination de l'information sur le VIH/SIDA en Afrique australe (SAfAIDS) indique que le Zimbabwe "est l'un des quelques pays en Afrique qui ont connu une réduction du taux de prévalence du VIH". Les données du service de consultation prénatale montrent que la prévalence parmi les femmes enceintes a baissé de 30-32 pour cent au début des années 2000 à 24 pour cent en 2004, selon l'ONUSIDA.

Au total, selon l'ONUSIDA, ce chiffre a chuté d'environ 20 pour cent parmi les adultes en 2006.

Pendant ce temps, le Conseil municipal de Bulawayo déclare qu'il manque d'espace au cimetière à cause du nombre élevé de décès liés au SIDA.

Un porte-parole du conseil affirme qu'il est devenu difficile aux autorités locales d’enquêter sur les infections du VIH parce que la surveillance est en train d'être compromise par le manque de ressources. "Le travail qui est en train d'être fait par les donneurs de soins à domicile reflète l'ampleur de la pandémie. Le conseil a toujours dit que nous ne savons pas comment le gouvernement fait ses calculs, mais notre expérience ici montre que les nombres ne diminuent pas", a déclaré le porte-parole à IPS. Bulawayo est l'une des principales autorités locales du pays qui sont sous le contrôle du parti politique de l'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique. Il est en contradiction avec le gouvernement central contrôlé par la ZANU-PF après avoir dénoncé, dans son analyse régulière de la situation alimentaire dans la ville, qu'il y avait eu certains décès dans la cité qui sont dus à la faim. Le mois dernier, le président George W. Bush a exclu le Zimbabwe d'un programme de financement africain sur le VIH/SIDA, une mesure qui va probablement limiter davantage ses efforts pour atteindre les OMD sur le VIH/SIDA.