BLANTYRE, 23 juil (IPS) – Pendant plusieurs années, des malades n'ont pas été programmés pour des opérations chirurgicales prévues à l'Hôpital de la Sainte Famille (Holy Family Hospital) dans la région australe du Malawi à cause des coupures d'électricité soudaines.
Le personnel médical de cet hôpital n'avait d'autre option que de faire attendre le malade pour des protocoles médicaux importants jusqu'à ce que la seule société publique d'électricité du pays, la Commission d'approvisionnement en électricité de Malawi (ESCOM), ne redonne le courant.
L'hôpital, qui s'occupe d'au moins 300.000 personnes, avait été obligé d'organiser récemment une collecte de fonds pour acheter un groupe électrogène en appui en temps de coupures. "Pendant des années, nous avons eu des pannes de courant. Le petit groupe électrogène dont nous disposions ne pouvait pas couvrir des protocoles tels que la chirurgie et d'autres opérations, mais actuellement, nous avons été sauvés grâce au don d'un grand groupe électrogène", a déclaré Rutger Anten, directeur de l'hôpital. Comme son voisin, le Zimbabwe, qui est en train de connaître des coupures de courant fréquentes dues à la baisse de capacité de l'ancien matériel et aux manques chroniques de devises, des hôpitaux, des industries et des ménages au Malawi ont besoin d'un soutien électrique parce que l'approvisionnement n'est pas fiable.
La plupart des ménages doivent recourir aux bougies, aux lampes à pétrole, et aux réchauds à charbon ou à bois. Pendant la saison pluvieuse, l'ESCOM rejette son incapacité à être une société de services publics fiable sur l'ensablement du fleuve, provoqué par la dégradation de l'environnement. Pendant la saison sèche, l'entreprise accuse les effets de la sécheresse et la baisse du niveau d'eau dans le fleuve le plus vaste du pays, Le Shire, où l'énergie hydroélectrique est produite.
La société d'électricité déclare que le limon endommage le matériel qui produit de l'énergie tandis que la baisse du niveau d'eau empêche le matériel de produire assez d'énergie.
Le président directeur général de l'ESCOM, Kandi Padambo, a expliqué en février de cette année que le pays était en train de faire face à un manque de 40 mégawatts depuis 2001 parce que deux de ses centrales hydroélectriques, Tedzani I et II, avaient cessé de fonctionner. Le système de production de l'ESCOM a une capacité de 245 mégawatts seulement contre une forte demande d'au moins 251 mégawatts.
Padambo a également annoncé que l'ESCOM était en train d'établir un vaste programme de délestage pour permettre l'entretien des centrales électriques. Quelque 17 millions de dollars US ont été prévus dans le budget à cet effet.
"Nous sommes actuellement engagés à réhabiliter les centrales électriques dans le but de réduire les ruptures d'approvisionnement d'énergie qui surviennent du fait de nos capacités limitées", a déclaré Padambo. Mais les malheurs liés à la production de l'énergie sont loin d'être terminés. Juste après l'annonce de Padambo, l'ESCOM a été frappée par une panne de machine sur une autre centrale électrique dénommée Kapichira. Ceci a réduit la capacité de production à 192 mégawatts. Pour gérer la demande, l'ESCOM a établi un procédé de délestage quotidien pendant les périodes de pointe entre six et huit heures les matins et les soirs.
Mais les Malawites ont connu davantage de plus longues périodes de coupures avec certaines zones privées d'électricité pendant huit heures.
Ces fréquentes coupures de courant dans la nuit ont engendré une vague de vols et de cambriolages. Des populations vivent en craignant pour leurs vies et leurs biens. Le porte-parole de la police a rassuré les citoyens que son personnel intensifierait ses patrouilles pour protéger les personnes et leurs biens, spécialement quand l'approvisionnement du courant est interrompu. L'Association des consommateurs de Malawi (CAMA), un organe qui défend les droits des consommateurs, a indiqué que la devise de l'ESCOM "Le courant tous les jours, toute la journée" est en contradiction avec les lois de la publicité sur la consommation puisque la société est en train de fournir un service inconsistant. Le porte-parole de la CAMA, Burton Phiri, a déclaré qu'en maintenant cette devise, l'ESCOM insulte les consommateurs qui sont en train d'être privés d'énergie.
"Ils coupent l'électricité le matin au moment où les ménages s'apprêtent pour la journée en faisant le petit déjeuner, le repassage ou la lessive. Toutes ces activités ont besoin d'électricité. Les soirs, les gens sont fatigués et veulent se détendre et prendre leur dîner. C'est injuste", a ajouté Phiri. Il a exhorté le gouvernement à trouver un concurrent pour casser le monopole dont jouit l'ESCOM.
Le ministre de l'Energie, Henry Chimunthu-Banda, a indiqué que le gouvernement n'était pas en train de protéger le monopole de l'ESCOM. "Tout investisseur qui veut produire de l'énergie en utilisant de l'eau, du vent ou d'autres sources est libre de se rapprocher du ministère". Les Malawites ont placé leur espoir dans un projet d'interconnexion entre le Malawi et le Mozambique. Ce projet, chiffré à 84 millions de dollars US, concerne la construction d'une ligne à haute tension de 200 kilomètres et de 200 kilovolts du Mozambique à Blantyre, la capitale économique de Malawi. La Banque mondiale, l'Agence suédoise pour le développement international et l'Agence norvégienne de développement international financent ce projet. Dans une démarche qui pourrait susciter d'autres initiatives, les ministres de l'Energie de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) ont décidé lors d'une rencontre à Harare, au Zimbabwe, le 25 avril de cette année, que la sous-région devrait dépenser 7,9 milliards de dollars US au cours des trois prochaines années pour accroître l'alimentation en énergie électrique.
Quelque 32 milliards de dollars US supplémentaires devraient être mis à disposition pour des projets de production d'énergie à long terme, ont décidé les ministres.
Selon le Centre de recherche et de documentation de l'Afrique australe (SARDC), les ministres ont accepté d'entreprendre des projets de production d'énergie à court terme qui ajouteront 6.700 mégawatts d'énergie au réseau régional. Ce réseau est administré par le Centre de coordination de la Centrale électrique de l'Afrique australe (SAPP) à Harare.
Les ministres seraient préoccupés par la perte d'une capacité de production du surplus qui pourrait affecter le programme d'intégration économique de la région. Ceci entraîne la création d'une zone de libre échange de la SADC en 2008, d'une union douanière d'ici à 2010 et d'un marché commun d'ici à 2015. Le potentiel de production d'électricité de la région est en retard sur la croissance de la demande en énergie occasionnée par l'expansion rapide de l'économie régionale.

