DEVELOPPEMENT-CONGO: Forages et châteaux d'eau pour contourner les pénuries

BRAZZAVILLE, 18 juil (IPS) – La réalisation des forages et des châteaux d'eau est la solution adoptée par le Congo-Brazzaville pour apporter de l'eau potable aux populations, en attendant la construction de grandes usines de traitement d'eau dans ce pays d'Afrique centrale riche en pétrole, qui souffre de pénuries d'eau.

Ainsi plus d'une dizaine de forages ont été réalisés et plusieurs châteaux d'eau construits un peu partout dans le pays entre 2006 et 2007, dont certains devraient être achevés dans deux mois environ, selon Modeste Essami, chef de travaux à la direction technique de la Société nationale de distribution d'eau (SNDE), à Brazzaville, la capitale congolaise.

“Le gouvernement a estimé qu'il fallait trouver des techniques rapides pour apporter de l'eau potable aux populations en attendant la construction des usines qui prend un peu plus de temps. Les forages ont été vus comme la solution immédiate, et nous y travaillons”, a déclaré Essami à IPS.

“En attendant la finition, dans trois ans, des travaux de construction de la deuxième usine de traitement d'eau de Djiri, nous allons rendre opérationnel, d'ici à la fin de l'année, un système facile pour renforcer la production d'eau potable en traitant les eaux des fleuves Congo et de Djoué”. Ces deux fleuves passent par Brazzaville.

Dans les zones nord et ouest de Brazzaville, non desservies par la SNDE, trois grands forages ont été construits en 2005 à Moukondo, Massengo et Nkombo. Ils ont permis l'installation des fontaines publiques et des branchements à domicile. Les populations de Sibiti, dans le sud-ouest du Congo, se disent également satisfaites à la suite de la construction en 2005 d'un château d'eau. L'ouvrage a donné lieu à 42 fontaines publiques dans la ville. “Nous n'avons jamais eu de l'eau potable ici. Il nous fallait descendre dans des bas-fonds pour aller chercher de l'eau dans des rivières”, affirme Manassé Kanquaye, un habitant de Sibiti.

Jean Brice Malougane, gestionnaire de cet ouvrage d'une capacité de 300 mètres-cubes/heure, reconnaît, toutefois, que les prestations du château d'eau ne durent que deux heures par jour à cause des difficultés d'électricité.

Par ailleurs, grâce au processus de “municipalisation accélérée” amorcée depuis trois ans, les villes secondaires bénéficient des ouvrages d'adduction d'eau. D'après les autorités, le Congo compte aujourd'hui 18 centres urbains alimentés en eau potable. A Dolisie, la troisième ville du pays située au sud-ouest, un deuxième château d'eau a été construit en 2006. La capacité de desserte de la ville est presque passée de 100 à 800 mètres-cubes/heure. “Dans les quartiers reculés, il y a des forages pour aider les populations à avoir de l'eau potable. Tout le système d'adduction d'eau datant des années 1950 a été revu à Dolisie”, indique Essami.

En outre, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a construit, entre 2000 et 2005, une centaine de puits pour apporter de l'eau potable à plus de 120.000 personnes dans la région du Pool (sud) ravagée par la guerre civile de 1998 à 2003.

A Pointe-Noire, la capitale économique congolaise, quatre grands forages ont été réalisés dans des quartiers périphériques comme Mongo Mpoukou, Ngoyo et Mpaka en 2004. “La qualité des eaux est bonne. Nous avons analysé l'eau dans nos laboratoires et c'est rassurant”, affirme Alphonse Koya Djeré, directeur départemental de la SNDE dans cette ville, dans le sud du pays.

“La corvée des bidons jaunes de 25 litres n'a certes pas disparu, mais quand l'eau coule, nous sommes aussi servis comme les autres dans la ville. Avant, c'était difficile, on s'agglutinait au rond-point Loandjili où il y a des pompes pour arroser la pelouse”, témoigne à IPS Tony Bakala, enseignant à Pointe-Noire. Dans le département de la Cuvette (nord), la ville d'Owando voit sa capacité de production d'eau potable passer de 100 à environ 250 mètres-cubes/heure grâce à l'installation de trois châteaux d'eau. Des travaux sont en cours dans les villes secondaires de ce département comme Oyo, Makoua, Boundji et Mossaka dont les ouvrages de production d'eau auront une capacité de 100 à 150 mètres-cubes/heure, selon Essami.

Dans l'extrême nord, dans région de la Likouala, les populations, qui étaient habituées à s'abreuver dans le fleuve Oubangui, bénéficient depuis deux ans de trois forages d'une capacité de 50 mètres-cubes/heure chacun. Tous les forages ont été financés par le gouvernement, et selon le ministre en charge de l'eau, Jean Richard Bruno Itoua, environ 172 millions de dollars ont été investis pour réaliser ces ouvrages entre 2005 et 2006.

Toutefois, ces efforts sont loin de satisfaire les attentes des populations. Dans les deux capitales — Brazzaville et Pointe-Noire — où la fourniture de l'eau potable est encore insuffisante (69 pour cent), selon des statistiques gouvernementales. En plus, les consommateurs continuent de bouder sa qualité.

“Chez nous à Madingo Kayes, l'eau est de très mauvaise qualité. Elle est toute jaune, et nous hésitons à la boire”, affirme Lucien Makaya, élève dans cette localité située à 45 kilomètres de Pointe-Noire.

“A Diata, nous avons déjà recueilli plusieurs têtards au robinet. L'eau est de très mauvaise qualité, on se demande bien si elle est traitée”, déplore Firme Moussodji, un habitant de ce quartier sud de Brazzaville. “L'eau produite à l'usine est de bonne qualité, n'importe quel expert peut le constater. Mais lorsqu'elle rentre dans le circuit de distribution, elle est chargée de toutes sortes d'impureté à cause de la vétusté de la tuyauterie”, explique à IPS, Benjamin Okandza, un assistant en eau et habitat du CICR.

Koya Djeré de la SNDE à Pointe-Noire, reconnaît également des problèmes dans le système d'adduction d'eau dans cette ville. “Il y a beaucoup de malfaçons techniques et d'autres difficultés. En fait, l'impact de l'amélioration de nos services ne se fait pas sentir parce que nous avons des problèmes d'énergie, et il y a d'interruption de fourniture à chaque fois”, souligne-t-il.

Par ailleurs, depuis quelques années, on assiste dans les deux capitales du pays à la vente de l'eau potable par des sociétés privées qui utilisent des camions-citernes. Elles proposent de l'eau aux populations des quartiers périphériques. A Brazzaville, ces camions citernes sillonnent également certains quartiers du centre-ville où l'eau potable coule très rarement des robinets. Brazzaville dispose de deux usines de traitement d'eau : Djoué, construit en 1954 et Djiri en 1984. Le gouvernement a signé en 2005 un accord avec une société chinoise pour construire une deuxième usine d'une capacité de 10.000 mètres-cubes à Djiri. Les besoins réels en eau potable à Brazzaville sont estimés à 6.000 mètres-cubes/heure. “Mais notre production n'est d'environ que de 3.000 mètres-cubes/heure, et parfois en deçà”, indique Essami.

En zones rurales, le taux de couverture en eau potable n'est que de 11 pour cent, selon le gouvernement qui envisage de l'amener à 75 pour cent d'ici à 2015. Ce qui aiderait à réaliser le 7ème Objectif du millénaire pour le développement fixé en 2000 par les Etats membres des Nations Unies. Cet objectif demande de réduire de moitié la population qui n'a pas accès à l'eau potable.