DEVELOPPEMENT-AFRIQUE DE L'OUEST: L'histoire pourrait se répéter

JOHANNESBURG, 19 juil (IPS) – Il y a deux ans, plusieurs Etats d'Afrique de l'ouest ont connu des pénuries de vivres chroniques, avec quelque trois millions de personnes affectées au Niger seulement.

Des enfants étaient morts, des agents humanitaires se sont pliés en quatre, des populations ont manifesté dans les rues de Niamey, la capitale nigérienne, pour exiger la nourriture… Mais les leçons ont-elles été — réellement apprises — pour s'assurer que la crise ne se répètera pas? Non, selon un nouveau rapport évaluant la sécurité alimentaire des personnes vivant dans le Sahel, une région semi-désertique entre le Sahara et les tropiques, qui s'étend à travers l'Afrique, comprenant les pays touchés par la famine. 'Au-delà de toute sécheresse', lancé le 11 juillet, a été produit par le Club du Sahel — une coalition d'agences pour la réflexion — et l'Institut international pour l'environnement et le développement (IIED), une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Londres. "Des gens accusent les sauterelles, la sécheresse et les prix des aliments élevés d'être à l'origine de la crise qui a touché plus de trois millions de personnes au Niger en 2005", déclare Vanessa Rubin, conseillère à la lutte contre la faim en Afrique pour CARE International, dans un communiqué de presse du 11 juillet publié par l'IIED. "Mais ce sont juste des déclics. La cause réelle du problème était que ces gens sont terriblement vulnérables. Deux années plus tard, ils le sont encore".

Dans une analyse du Burkina Faso, du Mali et du Niger, le rapport indique que cette vulnérabilité résulte en partie de la marginalisation des agriculteurs pauvres et du manque d'accès des femmes à l'instruction et à la propriété. Comme des observateurs l'ont également indiqué, l'empiètement du sud du Sahara sur le Sahel est en train de compromettre la qualité des sols, mettant des communautés rurales dans une situation encore plus précaire. "L'histoire se répètera à moins que les gouvernements au Sahel et les agences humanitaires adoptent une stratégie entièrement nouvelle pour la région", souligne le directeur de l'IIED, Camilla Toulmin, dans sa déclaration du 11 juillet.

"Ceci doit se bâtir sur les connaissances, les compétences et les priorités des locaux, en renforçant les droits des locaux à la terre, aux sols et à l'eau, et en permettant aux populations de s'exprimer sur la manière dont les décisions sont prises. Etablir une résistance locale est la clé pour réduire la vulnérabilité".

En conséquence, le rapport demande un accroissement de l'assistance au Sahel, et une meilleure coordination entre les efforts de développement et ceux de l'aide d'urgence — un appel repris par d'autres. "Les gouvernements du Sahel peuvent soutenir des activités économiques comme l'apiculture et l'écotourisme. Des populations peuvent fabriquer de petites choses comme des objets artisanaux pour gagner de l'argent", a déclaré à IPS par téléphone de Nairobi, la capitale, Frank Musasiri, président du Comité de coordination sur la désertification au Kenya, une ONG nationale. Mais, il a ajouté que "La lutte contre la désertification dans le Sahel ne sera pas facile". Selon Richard Worthington de 'Earthlife Afrique', une ONG basée à Johannesburg, en Afrique du Sud, "Ce qui est clair est que l'Afrique connaîtra une réduction de l'approvisionnement en eau. Il y a déjà moins d'eau dans le Sahel".

"Les conséquences pour les personnes vivant en Afrique subsaharienne dépendront de la réaction de la communauté internationale", a-t-il dit dans un entretien avec IPS.

Les pénuries de vivres au Sahel d'il y a deux ans peuvent être attribuées aux manques de pluies en août 2004. Ces cultures qui ont résisté à la sécheresse ont été consommées en grande partie par des sauterelles qui ont envahi en masse l'Afrique de l'ouest plus tard dans l'année. Les Nations Unies ont lancé un premier appel en novembre suite aux petites moissons d'octobre; toutefois, aucune aide n'était pratiquement promise.

Le besoin d'investir plus dans des zones rurales a été également souligné dans la publication du rapport annuel de 2006 de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, intitulé 'L'état de l'insécurité alimentaire dans le monde'.

"L'investissement public dans les infrastructures, la recherche en agriculture, l'éducation et dans le développement, est indispensable pour promouvoir la croissance agricole. Des dépenses publiques réelles sur l'agriculture dans beaucoup de pays pauvres ne reflètent pas l'importance de ce secteur, particulièrement dans des pays qui ont une forte prévalence de sous-alimentation", souligne le document. "L'aide extérieure à l'agriculture et au développement rural a connu une réduction, comparée à ses niveaux des années 1980", ajoute-t-il. "Le changement climatique et la dégradation des écosystèmes constitueront de nouveaux défis pour l'expansion de la production et la conservation des ressources naturelles".

Des groupes de protection de l'environnement comme le Mouvement de zone verte du Kenya, créé par le lauréat du Prix Nobel de la Paix de 2004 Wangari Maathai, encouragent la plantation d'arbres pour combattre la désertification.

Musariri avertit que cette approche a ses limites, indiquant que "quand des graines poussent, les plantes sont détruites par des chèvres, des moutons, le bétail, et il n'y a pas de réapprovisionnement".

Une ONG active au Burkina Faso a toutefois montré que des tentatives sont en train d'être faites pour aborder ce problème. 'Newtree-nouvelarbre' entre en partenariat avec des groupes communautaires dans le but d'allouer de l'argent aux zones qui sont désignées par des locaux pour la reforestation, d'assurer que la vie des plantes sera protégée et que les zones défrichées donneront aux communautés une source de revenu (voir: Q&R : "Le Sahel aurait dû déjà être vert").