NATIONS UNIES, 27 juin (IPS) – Le Maroc et le Front Polisario du Sahara occidental sont prêts à parvenir probablement à un compromis politique sur l'autonomie, suite à deux jours de négociations aux Etats-Unis, a déclaré un haut fonctionnaire des Nations Unies.
Bien que les deux parties ne soient pas parvenues à des conditions préalables pour des accords substantiels, les deux ont convenu de se rencontrer de nouveau pendant la deuxième semaine d'août à Greentree Estate au Manhasset, à New York, a indiqué van Walsum, envoyé personnel du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, dans un communiqué rendu public à l'issue des discussions, le 19 juin.
La région du Sahara occidental est un territoire contesté depuis 32 ans et est inscrite sur le programme de décolonisation de l'Assemblée générale des Nations Unies depuis 1965.
Les discussions parrainées par l'ONU sont remarquables parce que cinq années se sont écoulées depuis que le Maroc et le Front Polisario, le principal mouvement pour l'indépendance du Sahara occidental basé en Algérie, se sont engagés dans des négociations bilatérales.
L'ancien secrétaire d'Etat américain James Baker a conduit des pourparlers en tant qu'envoyé de la Mission des Nations Unies pour le référendum dans le Sahara occidental en 2000, suite à un cessez-le-feu négocié par l'ONU dans la région en 1991. Les factions du Front Polisario et du Maroc se sont combattues pendant environ deux décennies avant que l'ONU n'intervienne. "Au cours des deux jours de discussions, elles [les deux parties] comptaient briser la glace", a confié à IPS, un fonctionnaire de la Mission marocaine aux Nations Unies. "L'ambiance pendant le dîner [le 18 juin, premier jour des discussions] était interactive, cordiale, respectueuse, et les deux parties ont bavardé", a ajouté le fonctionnaire marocain qui a requis l'anonymat.
L'Espagne a autrefois colonisé le Sahara occidental, mais elle s'est retirée en 1975. La Mauritanie et le Maroc ont obtenu le contrôle de la région du Sahara occidental jusqu'à ce que la Mauritanie cède le contrôle en 1979. L'Algérie et la Mauritanie étaient toutes deux observateurs des discussions, comme l'a suggéré le secrétariat général de l'ONU et recommandé la résolution 1754 du Conseil de sécurité, qui a été mise en œuvre le 30 avril. Rabat a l'intention de céder un certain degré d'autonomie au peuple sahraoui, mais sous la souveraineté du Maroc. La proposition du Polisario demande un référendum qui permettrait aux habitants du Sahara occidental de voter sur leur propre avenir — la même demande qu'ils formulaient depuis le cessez-le-feu de 1991.
Le deuxième jour des négociations, le 19 juin, le Maroc a présenté sa proposition "pour l'élément d'autonomie planifiée", a déclaré à IPS, le fonctionnaire marocain. "Le plan d'autonomie est une solution où tout le monde est gagnant", a ajouté le fonctionnaire. "Nous croyons que c'est la seule voie pour mettre fin à l'impasse".
"Notre sentiment est que les négociations qui ont eu lieu constituent un succès, [le fait que] les deux parties soient tombées d'accord pour se rencontrer de nouveau pour des discussions en août 2007 est un succès", a indiqué à IPS, Jaffari Djffal, ministre à la Mission algérienne aux Nations Unies. Interrogé sur les zones de conflit, y compris le plan d'autonomie limitée proposé par le Maroc, Ahmed Boukhari, représentant du Polisario à l'ONU a déclaré à IPS : "La proposition d'autonomie n'a aucune place".
Boukhari a précédemment affirmé que les discussions seraient stériles si le gouvernement marocain n'envisageait pas un référendum sur l'indépendance.
"Tant qu'un peuple sous occupation étrangère ne choisira pas sa destinée, le conflit demeurera toujours", a-t-il dit à IPS.
Toutefois, il a concédé que le Polisario accepte la proposition à condition que deux ou trois autres options soient également mises sur la table, pour permettre aux habitants du Sahara occidental d'être les derniers à prendre la décision concernant ce plan. "Aucun résultat tangible n'est attendu de la première série de pourparlers", a ajouté Boukhari. "Le succès de cette série est que les deux parties discuteront et qu'elles sont ouvertes à l'espoir de parvenir à un accord dans le cadre de la résolution du Conseil de sécurité" En fonction de ce qu'il prévoit pour la rencontre d'août, le fonctionnaire marocain a déclaré que "le Maroc ira avec la bonne volonté et continuera à soutenir les efforts pour une rencontre couronnée de succès".
"Nous espérons que les discussions iront à la deuxième, troisième et quatrième série", a-t-il souligné. Le porte-parole de Ban Ki-moon, Michèle Montas, a déclaré aux journalistes à New York le 20 juin : "Nous sommes au début d'un long processus, avec des négociations difficiles en cours". Pendant que Montas a réitéré qu'il était trop tôt pour faire une évaluation des discussions, elle a ajouté : "Je pense que c'est une importante réalisation".
Si le Sahara occidental gagne finalement son autonomie, il fera partie des derniers pays de la région africaine à être décolonisés. Plus de 160.000 Sahraouis vivent actuellement dans des camps de réfugiés désertiques dans les parties méridionales du pays et en Algérie. Le secrétaire général de l'ONU doit présenter un rapport au Conseil de sécurité à l'issue des négociations. Le conseil va probablement aborder la question du Sahara occidental en juillet.

