BLANTYRE, 23 mai (IPS) – Le gouvernement du Malawi a bon espoir que son nouvel accord de coopération économique et technique avec l'Afrique du Sud attirera en fin de compte des investisseurs de son puissant voisin.
Le Malawi et l'Afrique du Sud ont signé l'accord pour ouvrir la voie à la création d'une Commission permanente conjointe de coopération (JPCC) visant à renforcer le développement socio-économique dans ces deux Etats d'Afrique australe.
Bien qu'étant des partenaires de longue date, les pays n'avaient pas formalisé leurs relations jusqu'à la semaine dernière. La ministre des Affaires étrangères d'Afrique du Sud, Nkosazana Dlamini-Zuma, et son homologue malawite, Joyce Banda, ont signé l'accord à Durban, en Afrique du Sud. La préparation de l'accord avait commencé depuis 2004 lorsqu'une délégation du ministère du Commerce et du Développement du Secteur privé du Malawi a entrepris un voyage d'étude pour visiter le département du Commerce et de l'Industrie d'Afrique du Sud.
Le vice-ministre des Affaires étrangères du Malawi, Henry Mumba, a déclaré que la signature de l'accord était une étape initiale vers la mise des ressources malawites à la disposition des investisseurs sud-africains. Le Malawi recherche également l'assistance de l'Afrique du Sud pour développer ses secteurs agricole et industriel.
"Le Malawi est un grand marché potentiel pour des investisseurs sud-africains. Mais les investisseurs fuyaient le Malawi parce qu'ils ne se sentaient pas en confiance avec nous sans un accord formel entre les deux pays", a indiqué Mumba.
Le Malawi prépare une rencontre entre des investisseurs sud-africains et le secteur privé malawite, la société civile et le gouvernement sur la meilleure manière d'aller de l'avant dans l'accord.
L'accord englobe le commerce, l'investissement et le mouvement des personnes là où "il serait plus facile aux citoyens des deux Etats de travailler dans l'un ou l'autre de leurs pays", selon Mumba.
Il a dit qu'avec la JPCC, l'Afrique du Sud devrait aider le Malawi à améliorer son infrastructure routière, l'industrie aérienne, la transformation agricole et l'exploitation de l'uranium dans laquelle le Malawi est en train de s'aventurer.
Des fermiers commerciaux sud-africains seront invités à aider à développer l'industrie agricole du Malawi. Le pays pourra également demander maintenant aux chaînes de supermarchés sud-africaines opérant actuellement au Malawi d'améliorer leurs pratiques dans le domaine du travail.
"L'accord conjoint est également un instrument qui aidera à renforcer la confiance entre nos deux gouvernements et nous permettra de coordonner nos politiques au niveau multilatéral", a souligné Mumba.
Le Haut commissaire d'Afrique du Sud au Malawi, Ntshadi Tsheole, a déclaré qu'elle était heureuse que les deux gouvernements soient entrés dans un partenariat puisque l'Afrique du Sud est le principal partenaire commercial du Malawi. L'accord renforcera la coopération diplomatique existant déjà.
"L'espoir est que la signature de la JPCC ouvre beaucoup plus la coopération entre nos deux pays", a-t-elle indiqué, ajoutant : "En fait, l'année dernière, dans l'un de nos quotidiens locaux, l'Afrique du Sud avait été déclarée deuxième plus grand investisseur étranger direct au Malawi après la République de Chine".
Le Malawi était la 10ème plus grande destination pour les exportations sud-africaines en Afrique en 2005.
Alors que le gouvernement du Malawi est enthousiaste au sujet de l'accord, le 'Malawi Economic Justice Network' (Réseau pour la justice économique du Malawi – MEJN), un réseau d'organisations non gouvernementales s'occupant des questions socio-économiques, prévient que le pays le plus pauvre d'Afrique australe doit aborder avec prudence un tel accord avec l'Afrique du Sud.
Il doit s'assurer qu'il existe des politiques mûrement réfléchies pour garantir que le Malawi profite de l'accord.
Le coordonnateur national adjoint du MEJN, Mavuto Bamusi, est inquiet parce que l'Afrique du Sud domine déjà dans le secteur des services à travers, par exemple, les chaînes de magasins de détail.
"Le Malawi pourrait facilement être perdant dans cet accord parce que l'Afrique du Sud est le partenaire le plus puissant. C'est également un problème dans la Communauté de développement d'Afrique australe comme la productivité dans la région dépend de la dynamique en Afrique du Sud", a souligné Bamusi.
Il a également prévenu que des investisseurs sud-africains pourraient n'être intéressés que par le "réservoir de main-d'œuvre bon marché" au Malawi. "Ce dont nous avons besoin est que l'Afrique du Sud investisse dans des secteurs productifs pour le Malawi et non qu'elle encourage la consommation".
"Nous cherchons des pays ayant deux niveaux différents de dotation en ressources. L'arrangement entre les deux pays ne pourrait réussir qu'à formaliser l'exploitation du pays le plus pauvre", a prévenu Bamusi. Toutefois, Bamusi, a affirmé que des investisseurs sud-africains étaient encore meilleurs que les Chinois. Ces derniers ont été accusés de l'afflux d'articles bon marché.
Le gouvernement du Malawi devrait travailler sur la promotion des intérêts généraux des populations et ne pas autoriser des compagnies sud-africaines à vendre des produits de leur pays qui pourraient également se retrouver au Malawi.
Comme exemples, Bamusi a cité des produits agricoles qui sont cultivés en abondance au Malawi. Les patates et les choux sont certaines des denrées que l'Afrique du Sud ne devrait pas être autorisée à introduire au Malawi.
Il voulait également voir des initiatives pour empêcher aussi bien des salaires d'exploitation en dessous du seuil minimum que des mauvaises conditions de travail de la part des investisseurs sud-africains.

