NAIROBI, 22 mai (IPS) – Ils luttent pour les droits des malades du SIDA, font pression pour des règles commerciales plus équitables, mettent en lumière les maux environnementaux — et traitent d'une multitude d'autres questions pressantes au Kenya. Mais, certains d'entre eux ont le sentiment que ces initiatives sont en train d'être évacuées par des médias.
Bref, certains activistes et groupes non gouvernementaux ont une dent contre des organes de presse dans ce pays d'Afrique de l'est.
"La presse ici, autant nous pouvons dire qu'elle est ouverte, autant elle est mue par le sensationnalisme dans le but de vendre. C'est une grande faiblesse parce qu'il y a de sérieuses questions de développement qui se posent dans le fond, et elles ont besoin d'être mises en exergue", a déclaré Mwambi Mwasaru, directeur exécutif par intérim de la Commission des droits humains du Kenya, ajoutant que la couverture néglige en particulier les préoccupations des zones rurales.
En guise d'exemple, il a cité la réponse des médias à une enquête sur les violations des droits humains par des producteurs de sel à l'encontre de la communauté côtière des Malindi, en 2005.
Cet événement a été organisé par la Commission nationale des droits de l'Homme du Kenya, une organisation gouvernementale, et a duré presque une semaine. Néanmoins, il a suscité très peu d'attention : "La presse avait été mobilisée, mais l'événement était à peine couvert — même par les médias nationaux. Cependant, c'était une question qui impliquait de graves violations des droits humains à l'encontre des Kényans".
"Ceci n'est juste qu'un exemple", a indiqué Mwasaru à IPS. "Je peux en citer beaucoup d'autres".
Cyprian Nyamwamu, directeur général du 'National Convention Executive Council' (Conseil exécutif pour une convention nationale), une alliance de groupes faisant pression pour une réforme sociale, a des préoccupations similaires.
"Nos médias…sont remplis de beaucoup trop d'intrigues politiques qui se sont maintenant réduites au statut de pro ou anti-gouvernementales — rien au milieu", a-t-il souligné. "Des questions importantes qui sont et ont toujours été soulevées par la société civile au Kenya sombrent dans les débats politiques des forces pro et anti-gouvernementales".
Des journalistes et d'autres représentants de médias interrogés par IPS ont offert diverses réponses à ces allégations.
Pour sa part, Absalom Mutere — président du bureau du conseil d'administration du Conseil des médias du Kenya — ne désapprouve pas les affirmations.
"Les médias ne traitent plus de questions. Ils traitent d'événements que nos politiciens ont conçus. Si je devais noter les médias sur un barème de un à dix en fonction de la manière dont ils font la couverture des questions, je leur donnerais quatre", a-t-il dit.
Wilson Ugangu, un journaliste et professeur de communication pour le développement à l'Ecole de journalisme de l'Université de Nairobi, a indiqué que la mauvaise couverture de la société civile pourrait provenir d'un manque de ressources : "Les questions (soulevées par les groupes civiques) sont très pertinentes et d'un intérêt immédiat pour la société, mais les journalistes pourraient ne pas recevoir un financement de leurs employeurs pour mener une recherche et des enquêtes approfondies en vue de réaliser une couverture complète".
Toutefois, Martin Adhola, un autre journaliste basé dans la capitale kényane, croit que les groupes non gouvernementaux devraient assumer une partie de la responsabilité des insuffisances présumées des médias.
"Leurs campagnes se font par intermittence. Nous n'entendons ces organisations réagir qu'après que quelque chose s’est passé, ensuite elles se taisent encore. La société civile doit être dynamique tout le temps", a-t-il noté.
De telles préoccupations pourraient être à nouveau sur le tapis cette semaine à l'Assemblée mondiale de CIVICUS — l'Alliance internationale pour une participation citoyenne : un regroupement d'organisations non gouvernementales de tous bords, basé à Johannesburg, qui soutient l'implication civique, notamment dans des endroits où elle est menacée.
L'événement annuel doit se dérouler à Glasgow, en Ecosse, du 23 au 27 mai, sous le thème 'Agir ensemble pour un monde juste'. Une attention particulière est accordée au rôle de la responsabilité dans l'administration de la justice mondiale. Le programme de l'assemblée inclut des discussions sur la manière dont les organisations de la société civile (CSOs), les médias, les entreprises, les institutions internationales et compagnie peuvent être tenus pour responsables de leurs actes.
D'une manière plus générale, la rencontre a pour but d'aider des groupes civiques à "créer et à renforcer des liens entre eux, tout en offrant une "plate-forme pour les CSOs en vue d'échanger et de s'engager auprès des parties intéressées issues des gouvernements et organisations intergouvernementales, et de refléter sur l'état de la société civile à travers le monde", souligne le secrétaire général de CIVICUS, Kumi Naidoo, sur le site Internet de l'assemblée.

