ENVIRONNEMENT-AFRIQUE: Recevoir la grande partie de la chaleur due au réchauffement de la planète

JOHANNESBURG, 24 mai (IPS) – Personne n'échappera aux conséquences du changement climatique, mais les pauvres en Afrique souffriront le plus à cause de la réduction de la production alimentaire et de l'augmentation de la prévalence des maladies comme le paludisme, préviennent des écologistes, des responsables d'églises et des chercheurs.

Un autre dilemme est que, "pendant longtemps, les Africains ont considéré la possession de voitures comme en Amérique et en Europe comme des signes de richesse et d'aisance. Maintenant, on leur demande subitement de renoncer à de tels rêves à cause du réchauffement de la planète", a déclaré Zenale Twala, directrice exécutive de la Coalition des organisations non gouvernementales sud-africaines (SANGOCO).

Elle s'exprimait à un atelier de la SANGOCO à Johannesburg sur les conséquences du changement climatique sur les pauvres il y a quelques jours (15 mai).

"Lorsque je vois le prix des produits de base comme le maïs augmenter, je vois que la catastrophe est imminente", a affirmé l'évêque Paul Verryn de l'église méthodiste à l'atelier. Il est particulièrement préoccupé par le projet de transformation de certaines terres agricoles arables d'Afrique du Sud en production de biocarburants. "Transformer la terre en production de biocarburants pourrait aggraver la pauvreté".

La production prévue de biocarburants en Afrique du Sud à partir des cultures comme le maïs, le tournesol et la canne à sucre "peut jouer un rôle dans l'amélioration de la fourniture énergétique pour les pauvres aussi longtemps qu'ils sont produits par des petits exploitants agricoles et des populations rurales", a indiqué la SANGOCO.

La SANGOCO est opposée au projet du gouvernement et des entreprises d'utiliser certaines des terres arables d'Afrique du Sud destinées au maïs pour les biocarburants tandis que plus de 1,2 million de Sud-Africains souffrent de malnutrition et 14 millions sont vulnérables à l'insécurité alimentaire.

Près de la moitié des ménages en Afrique du Sud — 43 pour cent — souffre d'insécurité alimentaire. Dix pour cent des enfants âgés de moins neuf ans ont un poids insuffisant; tandis que 1,5 pour cent sont classés comme étant trop maigres, selon des statistiques officielles.

Les émissions de dioxyde de carbone peuvent largement être attribuées au secteur des transports. "Pourtant, nous enlevons la nourriture des tables des pauvres et la mettons dans les voitures des riches", a déclaré Annie Sugrue, coordonnatrice pour l'Afrique australe de 'Citizens United for Renewable Energy and Sustainability' (Citoyens unis pour l'énergie renouvelable et la pérennité), une organisation Non gouvernementale (ONG).

Des inquiétudes viennent également du fait que la production des biocarburants utilisera beaucoup d'énergie et produira des gaz à effet de serre.

L'année dernière, le Programme alimentaire mondial (PAM) a indiqué que 40 millions de personnes de 36 pays africains avaient besoin d'aide alimentaire. Les raisons vont de la sécheresse continuelle aux inondations en passant par l'imprévisibilité et la réduction de la pluviométrie attribuées au changement climatique.

Des dirigeants africains ont mis la question de la pauvreté parmi leurs priorités. Ceci a reçu une impulsion en 2000 lorsque des dirigeants de la planète s'étaient réunis à New York et s'étaient engagés à réaliser les Objectifs du millénaire pour le développement, au nombre desquels la réduction de la pauvreté d'ici à 2015. "Six années plus tard, des avancées ont été faites sur la pauvreté, mais nous sommes, à vrai dire, en train de perdre du terrain sur la faim", a souligné le PAM.

Des conclusions du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) montrent que l'Afrique subira les pires effets du réchauffement de la planète. Le GIEC est une équipe de scientifiques mise en place par l'Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) pour étudier le changement climatique.

Selon le GIEC, des rendements agricoles en Afrique devraient baisser de moitié d'ici à 2020. A ce moment, quelque 250 millions d'Africains "connaîtront un stress hydrique". Des régions côtières africaines à basse altitude seront sous l'eau puisque la mer devrait monter de six mètres ou plus.

Les pêches africaines connaîtront des réductions de poissons à cause de la surexploitation des ressources marines. Le GIEC a prédit que "des maladies et la peste se propageront à travers le continent".

"Ce que nous voyons maintenant est la conséquence de ce qui s'était produit il y a 30 ans. Ce qui se passe maintenant aurait dû être réglé beaucoup plus tôt", a affirmé Richard Worthington de 'Earthlife Africa', un groupe environnemental basé en Afrique du Sud.

La position de l'Afrique est claire sur le changement climatique. "Globalement, l'Afrique contribue le moins au changement climatique, mais continue de payer le plus pour la dégradation de l'environnement. Des pays du Nord restent les plus grands pollueurs et devraient payer le plus. Nous insisterons sur le principe du "pollueur payeur", a déclaré Hassen Lorgat, chargé de campagnes et de communications à la SANGOCO.

Il a souligné que "les mesures actuelles visant à enraciner la soi-disant économie de marché — qui met le profit avant l'environnement — doivent être changées".

Un document d’information de la SANGOCO datant de mai 2007 souligne que les Etats-Unis sont "le plus grand contrevenant", produisant "environ 25 pour cent des émissions mondiales de carbone, avec l'Union européenne (produisant) environ 15 pour cent. La Chine marche sur les talons des Etats-Unis.

"On s'attend à ce que la Chine dépasse les Etats-Unis dans les émissions de carbone au cours de l'année. La Chine compte 1,3 milliard d'habitants et produit 4,732 millions de tonnes de dioxyde de carbone alors que les Etats-Unis comptent 293 millions d'habitants et produisent 5,799 millions de tonnes de dioxyde de carbone. Cela signifie que chaque individu aux Etats-Unis produit plus de quatre fois ce qu'un Chinois ne produit actuellement", selon le document.

Plus de 100 activistes, conduits par la SANGOCO, ont marché sur le consulat des Etats-Unis à Johannesburg le 15 mai, exigeant que les Etats-Unis adoptent le Protocole de Kyoto comme l'ont fait la plupart des autres Etats. Ils ont également exhorté les pays à réduire les émissions aux niveaux d'avant-1990 dès que possible : 30 pour cent d'ici à 2020 et 50 pour cent d'ici à 2050.