POLITIQUE-BENIN: Les femmes affûtent leurs armes pour les élections communales

COTONOU, 15 mai (IPS) – Des femmes béninoises, à travers leurs associations, se mobilisent déjà pour gagner les prochaines élections communales et municipales prévues en décembre au Bénin, ou tout au moins améliorer leurs faibles résultats aux législatives de mars.

Après les élections législatives du 31 mars 2007 qui ont permis à sept femmes seulement — sur environ 250 candidates titulaires — de siéger au parlement sur un total de 83 députés dans ce pays d'Afrique de l'ouest, des organisations non gouvernementales (ONG) féminines ont décidé de changer de stratégie afin d'assurer une plus grande représentativité des femmes dans les institutions de prise de décisions.

L'une de ces organisations féminines, qui travaille déjà sur le terrain, est le Groupe des ONG, personnalités et institutions pour une forte implication des femmes dans les prises de décisions (GPIFED). Ce groupe basé à Cotonou, la capitale économique béninoise, a lancé en avril son programme “Femmes et élections communales dans trois départements”. Selon le GPIFED, ce programme vise à faire des femmes des actrices de développement local et à améliorer leur participation au sein des conseils communaux de 20 communes du Bénin.

Très déçue par la performance médiocre des femmes lors des élections législatives, la présidente de GPIFED, Honorine Attikpa, constate que “Les discours politiques n'ont fait qu'endormir les femmes”. Après 17 ans de renouveau démocratique, soutient-elle, il n'est pas possible que le parlement en soit encore à sept femmes députées sur 83, soit 8,4 pour cent. Elles étaient six députées dans le parlement sortant.

“Il faut maintenant changer de stratégie, car la sensibilisation et le plaidoyer n'ont pas donné les résultats escomptés”, déclare Attikpa à IPS. Elle préconise l'adoption d'une loi sur un quota de sièges attribués aux femmes. Un combat qui ne peut être gagné, selon elle, que dans une synergie d'action entre les associations de promotion de la femme.

Un avis que partage Marie-Elise Gbèdo, avocate, première femme candidate à une élection présidentielle au Bénin, en 2001. L'argent et l'absence de solidarité entre les femmes elles-mêmes sont, affirme-t-elle, les principales causes de l'échec des femmes aux élections. Elle se dit favorable au système de quota qui semble être la seule solution qui s'offre aux femmes.

Pour mener à bien un tel combat, les associations féminines comptent d'abord sur les sept femmes élues au parlement, mais des analystes estiment que cela ne sera pas facile. A preuve, l'une des sept nouvelles députées ne partage pas l'idée d'une loi sur le quota. Amissétou Affo-Djobo, députée élue sur la liste de l'alliance politique au pouvoir et la seule femme représentée au bureau du parlement, a déclaré à IPS : “Je ne souhaite pas qu'il y ait une loi sur le quota avant que les hommes ne comprennent que, en tant que femmes, nous avons notre mot à dire”. Interrogée sur la faible représentation des femmes au parlement, elle affirme que “Les femmes doivent continuer de lutter, car c'est au bout de la lutte que nous aurons ce que nous voulons”. Et pour cela, explique-t-elle, “les femmes doivent être plus solidaires au lieu de s'autodétruire”. Pour l’instant, an tant que députée élue au parlement, Affo-Djobo dit qu'elle n'entend pas œuvrer pour une quelconque loi sur le quota : “Les hommes ne sont passés par aucun quota avant d'être là où ils sont”, ajoute-t-elle. L'expérience des femmes et leur force intellectuelle devraient, selon elle, convaincre les hommes à leur accorder plus de places et un meilleur positionnement sur les listes de candidature aux élections.

Pour Roger Gbégnonvi, professeur de lettres à l'Université d'Abomey-Calavi et activiste de la société civile, ce rêve ne risque pas de se réaliser puisque les femmes n'ont pas les armes nécessaires pour mener ce combat. Ces armes sont, dit-il, la force physique et la force financière. “Pour avoir le pouvoir, il faut être physiquement fort et avoir la puissance économique, c'est-à-dire l'argent, car les élections s'achètent et il en sera ainsi pendant longtemps encore”, affirme Gbégnonvi. L'autre facteur qui, selon lui, bloque l'accès de la femme aux postes de décisions, est sa soumission au conjoint et à sa volonté. Pour lui, demander aux femmes de se battre pour la conquête du pouvoir, traduit une certaine hypocrisie des hommes qui se sont arrangés pour arracher aux femmes toutes les armes. Pour changer la situation, estime Gbégnonvi, “La femme doit prendre conscience d'abord et éduquer l'homme ensuite; c'est à elle de s'organiser pour expliquer aux hommes” le sens de son combat pour une meilleure participation dans les prises de décisions. La prise d'une loi sur le quota participe, selon lui, de cette éducation de l'homme. Et il rappelle le long combat mené par les femmes béninoises pour obtenir le vote au parlement, en 2002, du Code des personnes et de la famille, qui supprime de nombreuses injustices de genre consacrées par l’ancien droit coutumier remontant avant l’indépendance, en 1960.

Mais en attendant que la lutte pour l'adoption éventuelle d'une loi sur le quota démarre véritablement, les organisations féminines continuent de sensibiliser les leaders d'opinion et les maris afin qu'ils encouragent et soutiennent les femmes candidates aux prochaines élections communales et municipales. A la différence des élections législatives qui obligent les candidats à être présentés par des partis politiques, les élections communales et municipales autorisent des candidatures indépendantes. Cette possibilité motive le GPIFED à travailler à la base, dans 20 communes sur les 77 que compte le Bénin, pour aider des femmes à se faire élire conseillères et à bien gérer leur cité. Selon Attikpa, le groupe d’ONG s’est limité à l’encadrement de 20 communes pour des raisons budgétaires car son programme est financé par la Coopération suisse pour environ 262.000 dollars pour une durée de quatre ans.

Cette expérience mise en œuvre déjà en 2002 a permis au GPIFED et à d'autres associations de faire élire 44 femmes dans 14 communes. Ces femmes élues dans ces communes ont bénéficié de formation durant tout leur mandat (2002-2007) de la part des ONG féminines. La nouveauté du programme en cours réside dans l'appui à apporter non seulement aux futures élues locales, mais également à leurs communes, car “Si les femmes élues ne font pas de prouesses en satisfaisant quelque peu les besoins de leurs communes, nous ne pouvons plus revenir et demander aux populations d'élire à nouveau des femmes”, souligne Attikpa.