AFRIQUE: Un nouveau programme pour lutter contre la désertification

OUAGADOUGOU, 14 mai (IPS) – Le Programme d’investissement stratégique (PIS) est une initiative des ministres Africains de l’Environnement qui vient de voir jour à Ouagadougou et qui vise à encourager une gestion durable des sols en vue d’une lutte plus efficace contre la désertification.

Le Fonds pour l’environnement mondial (FEM), un des bailleurs du projet, indique que les projets qui seront exécutés dans le cadre du PIS viseront à améliorer la fertilité des sols, la sensibilisation des producteurs, voire leur éducation en vue d’une meilleure gestion des sols, la lutte contre l’érosion, le reboisement, les adductions d’eau dans les villages qui en sont dépourvus, etc.

‘’L’Afrique a des cultures qui ne résistent plus au climat aujourd’hui. L’une des idées à la base du PIS est de travailler avec les paysans pour mettre en place d’autres types de culture qui résistent plus aux changements climatiques’’, précise Monique Barbut, directrice du FEM.

Le FEM coordonne les interventions des partenaires financiers du programme, mais apporte également une grande part du financement. ‘’Le FEM apportera les ressources nécessaires afin que le problème de la dégradation des sols soit particulièrement traité une fois pour toutes’’, indique Barbut.

L’enveloppe globale du PIS est estimée à un milliard de dollars. Le FEM va injecter 150 millions de dollars dans le PIS, a annoncé Barbut.

Le reste du financement, soit un montant de 850 millions de dollars, sera apporté par d’autres bailleurs tels que la Banque mondiale, le Fonds international pour le développement agricole, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, le Programme des Nations Unies pour le développement et la Banque africaine de développement.

Le PIS sera piloté par TerrAfrica, qui est, à la fois, une organisation et un programme inter africain qui contribue également, entre autres objectifs, à la lutte contre la désertification.

TerrAfrica va faciliter la mobilisation des partenaires et permettre aux pays concernés de bénéficier de l’expertise nécessaire pour l’exécution des projets.

Selon le FEM, 36 pays africains connaissent une grave dégradation de leurs sols. Cette dégradation est parfois cumulée avec une déforestation sauvage.

Dans chacun de ces pays, les projets qui seront exécutés dans le cadre du PIS, à partir de juin 2007, viendront renforcer les actions qui se mènent déjà sur le terrain de façon à avoir des résultats satisfaisants, l’objectif fondamental étant de faire adopter par les paysans des cultures qui résistent plus aux changements climatiques et protègent les sols.

‘’Les sols en Afrique sont très dégradés du fait de l’usure. Nous avons des pratiques agricoles arriérées qui dégradent fortement les sols. Sans restaurer les sols, il est impossible de poursuivre une production végétale dans notre pays, le Burkina Faso’’, reconnaît Salif Diallo, ministre Burkinabé de l’Agriculture, de l’Eau et des Ressources halieutiques.

Outre les pratiques agricoles néfastes, il faut mentionner que l’exploitation abusive et non appropriée des ressources végétales et forestières, le surpâturage, les feux de brousse et la pression démographique figurent aussi parmi les causes de la désertification.

A travers le PIS, les ministres Africains de l’Environnement s’engagent à assurer une gestion durable des sols au niveau local, national et régional et exhortent les bailleurs de fonds à se joindre à l’Afrique sub-saharienne en vue de la mise en œuvre du présent programme.

Dans l’acte de création du PIS, les ministres Africains de l’Environnement ont exprimé leur désir ‘’de faire en sorte que les écosystèmes africains fournissent les moyens de subsistance aux 700 millions de personnes’’ qui vivent sur le continent.

‘’Le PIS est la preuve qu’il y a un regain d’intérêt pour la lutte contre la désertification en Afrique. Cette lutte concerne avant tout les pays pauvres’’, estime Dramane Coulibaly, coordonnateur du Programme d’appui à la sécurité alimentaire et à la lutte contre la désertification du Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel.

Selon Michel Tankoano, ingénieur des Eaux et Forets au Burkina Faso, le PIS apportera aux pays concernés des ressources financières nouvelles pour diffuser de nouvelles technologies de protection des sols telles les diguettes anti-érosion et la fumure organique.

Selon ses indications, si la dégradation des terres cultivables en Afrique se poursuit au rythme actuel, les rendements agricoles seront réduits considérablement dans 40 ans, ce qui aurait pour effet d’aggraver la sécurité alimentaire du continent, aggraver la pauvreté et augmenter le nombre de personnes souffrant de malnutrition.