NOUAKCHOTT, 16 mai (IPS) – La femme en Mauritanie occupe une place importante dans le secteur économique où elle est présente. Mais grâce à son combat, elle a également relevé plus ou moins le défi de trouver sa place parmi les décideurs de ce pays fraîchement sorti cette année d'une transition militaire instaurée après le coup d'Etat du 3 août 2005.
Avec l'élection du nouveau président Sidy Mohamed Ould Cheikh Abdullahi, le 25 mars dernier, la Mauritanie inaugure une nouvelle ère, aspirant à rejoindre le train du développement économique et d'une évolution démocratique à l'instar d’autres Etats africains. Ce pays d'Afrique de l'ouest, qui est également arabe et une République islamique, a décidé d'intégrer la femme dans ses institutions, y compris les structures politiques traditionnellement monopolisées par les hommes.
La Mauritanie se vante d'avoir le taux le plus élevé de scolarisation des filles, soit environ 70 pour cent scolarisés. Le pays compte 2,548 millions d'habitants, selon des statistiques issues des recensements de 2000 et 2001, respectivement en zone urbaine et en zone rurale. Mais leur nombre diminue au fur et à mesure qu'elles grandissent parce qu’elles abandonnent l’école pour se marier très jeunes. En outre, la plupart de ces filles dépassent rarement l'école primaire faute de collèges près de leurs domiciles. En plus, un système très répandu dans la société mauritanienne oblige tous les enfants sans exception, depuis leur jeune âge, à suivre des études coraniques qu'assurent les parents.
Avec une proportion de 53 pour cent de la population, les femmes représentent 23 pour cent des députés du parlement mauritanien élu cette année, un chiffre beaucoup plus élevé que celui de leurs collègues marocaines qui se contentent d'un quota de 10 pour cent des sièges. Toutefois, la volonté d'intégrer la femme dans les hautes sphères de la société avait déjà été exprimée depuis de la promulgation, par décret présidentiel, en février 2007, d'un quota minimum de 20 pour cent réservé aux femmes pour leur permettre d'accéder aux postes de décision de l'administration publique, et ce dans la recherche d'une parité homme/femme. “Le combat des militantes pendant les élections a donné son fruit; le résultat est surprenant : elles ont remporté 30 pour cent des sièges dans les conseils locaux, 21 pour cent des sièges à la Chambre haute et à l'Assemblée nationale, un chiffre qui dépasse toutes les espérances”, a déclaré à IPS, Salka Bent Asnid, la doyenne des femmes journalistes mauritaniennes. “Une preuve concrète du travail acharné qu'ont mené les femmes pendant la campagne électorale”. “La Mauritanie est un pays où la femme a vraiment un statut privilégié dans la société, elle est respectée et très gâtée, l'homme n'a pas à rouspéter”, estime Ahmadou Ould Abdullahi, un citoyen mauritanien, affirmant que les “hommes marocains ont de la chance avec leurs femmes qui les gâtent. Nous, c'est carrément le contraire”.
Selon des analystes, les femmes mauritaniennes s'affirment comme un maillon incontestable dans la vie politique nationale, ce qui leur donne un statut beaucoup plus valorisé. En effet, affirment-ils, elles ne sont plus seulement considérées comme de simples pourvoyeuses de voix pendant les élections, comme c'est encore le cas dans beaucoup de pays arabes ou africains où la femme vote mais sans être élue dans le cercle des décideurs politiques. “On doit s'estimer heureuse d'avoir autant de femmes à des postes décisionnels par rapport à d'autres pays arabes ou africains; c'est un pas en avant pour instaurer la démocratie dans le pays”, a déclaré à IPS, avec enthousiasme, Jamila Mint Isselmou, une productrice à la radio mauritanienne.
Selon Mint Isselmou, la femme mauritanienne est belle et bien présente avec tout son poids sur la scène politique, et cela a démarré sérieusement avec la volonté de l'intégrer et de la traiter en tant que citoyenne à part entière depuis l'ouverture démocratique suivie du pluralisme intervenu dans le pays le 3 août 2005.
Bent Asnid, qui s'est beaucoup investie dans le domaine politique et prépare un master sur la littérature féminine en Mauritanie, a expliqué à IPS : “L'importance que les pouvoirs publics accordent à la promotion de la femme et à sa participation complète à la prise de décision au niveau politique, se traduit par un quota de 20 pour cent pour les mandats électifs (parlement et communes) bien que la femme ait toujours été présente sur le plan politique”.
Le nouveau combat de la femme mauritanienne s'annonce plus sérieux et long, affirme Fatoumata Gay, une activiste au sein d'une association de défense des droits de la femme. “Nous sommes là et nous devons être à la hauteur de cette responsabilité qui s'avère très lourde”, dit-elle à IPS. “La bonne gouvernance et la démocratisation du pays ne peuvent se concrétiser qu'avec l'accès de la femme aux sphères décisionnelles, qui évoluera dans un climat favorable au développement égalitaire et équitable des sexes”. “Les femmes n'ont plus rien à nous envier, nous les hommes; avec 20 pour cent des sièges, elles ont leur mot à dire”, ajoute Amadou Nguy, un professeur de lycée à Nouakchott, la capitale mauritanienne. Selon des analystes, ce schéma positif de la place de la femme mauritanienne n'est que la confirmation d'une volonté qui ne date pas d'hier car elle a déjà marqué la vie nationale par sa présence sur la scène politique. L'une des preuves est Aïssata Kane, qui est la première femme mauritanienne à entrer au gouvernement en 1975 comme ministre de la Protection, de la Famille et des Affaires sociales, selon le site Internet “Maurifemme” www.maurifemme.mr. La même source indique qu'en plus de Kane, il y a Khadaja Mint Emir, une des premières femmes à entrer dans la fonction publique mauritanienne, qui a franchi tous les échelons de l'administration et y a occupé plusieurs postes clés dont celui de directrice des affaires sociales pendant plus d'une douzaine d'années. Depuis, plusieurs autres femmes ont occupé d'autres postes de responsabilité et ont montré leurs capacités et leurs compétences techniques.
Par ailleurs, le nouveau gouvernement, qui vient d'être formé fin-avril par le Premier ministre Ezzine Ould Zidane, comprend 27 ministres dont trois femmes : Nabghouha Bent Haba, ministre de l'Enseignement national; Fatima Bent Khatri, ministre de la Promotion féminine, de l'Enfance et de la Famille; et Aicha Bent Sidi Bouna, ministre chargé de l'Environnement auprès du Premier ministre. “Trois femmes au gouvernement sur 27, c'est peu”, reconnaît Khadija Mint Sidi, une femme géologue dans une société pétrolière, “mais on demandera que le nombre de femmes ministres soit beaucoup plus élevé dans les prochaines nominations incha Allah (s'il plaît à Dieu)”, dit-elle à IPS.

