OUAGADOUGOU, 6 mai (IPS) – Les parents d'Adèle Kaboré, qui habitent le quartier Pissy de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, estiment que le plus dur est peut-être passé, mais les séquelles de la méningite sur leur fille leur rappellent qu'il faut veiller à vacciner les enfants dès le mois de décembre.
“A l'époque c'était l'hécatombe, j'ai eu de la chance car beaucoup d'enfants autour de moi avaient perdu la vie”, déclare à IPS, Alexis Kaboré, le père d'Adèle.
Adèle qui était en classe de 6ème au cours secondaire, est aujourd'hui âgée de 18 ans et erre au marché local en raison d'un handicap mental que lui a causé par la maladie.
“J'ai déjà fait vacciner tous les enfants de la famille”, s'empresse d'ajouter Kaboré. Cette année, l'épidémie de méningite a déjà fait 1.625 morts sur plus de 24.500 cas enregistrés de janvier à avril. L’année dernière, elle avait fait 1.565 victimes sur 18.342 cas.
La méningite est une infection bactérienne des méninges dont les symptômes sont en général des céphalées, une fièvre élevée, la raideur de la nuque et une photophobie (la peur de la lumière), selon des spécialistes. En l'absence de traitement, 80 pour cent des malades meurent, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). La mortalité est réduite à 10 pour cent avec le traitement. Cependant, 10 à 20 pour cent des survivants conservent en général des séquelles neurologiques graves telles que la surdité et la démence.
“Plus la prise en charge est précoce, plus on a de chances de minimiser les séquelles”, explique Dr Carole Kyelem du service des maladies infectieuses de l'Hôpital Yalgado Ouédraogo de Ouagadougou. Elle ajoute toutefois que les séquelles, bien que régressives, sont définitives dans la majorité des cas.
Selon des spécialistes, les séquelles fréquentes au Burkina sont d'ordre neurologique, qui entraînent la surdité, la régression mentale ou l'encéphalopathie (affection du cerveau) chez les enfants.
Après les premières pluies tombées en avril, l'épidémie se stabilise, selon le Centre de surveillance pluri-pathologique (MDSC) de l’OMS. Sur les 43 districts sanitaires qui étaient en situation d'épidémie au Burkina dans la 14ème semaine de l’année, seuls six restent en épidémie avec 10 malades pour 100.000 habitants. Ce pays d'Afrique de l'ouest compte 55 districts sanitaires.
“Cette année, le Burkina a été au cœur de l'épidémie”, explique Clément Lingani, chargé de collecte des données au MDSC, basé à Ouagadougou. Le Bénin, la Centrafrique, le Ghana et la Côte d'Ivoire avec respectivement 18, 31, 21,7 et 22,1 pour cent, ont les taux de létalité les plus élevés cette année, selon le MDSC. Pour faire face à l'épidémie, le ministère de la Santé a entrepris de vacciner plusieurs districts sanitaires en épidémie dont Ouagadougou ou une vaccination urgente de la capitale a été menée en vue d'éviter une propagation incontrôlée de la maladie après que quatre districts ont atteint le seuil épidémique (10 malades pour 100.000 habitants).
“Comme il y a une grande concentration de population ici, il faut absolument que nous prenions des mesures énergiques et rapides pour éviter que le nombre de populations qui se frottent les unes aux autres, et le nombre de malades ne se répercutent sur l'ensemble du pays”, a déclaré Alain Yoda, le ministre de la Santé du Burkina Faso.
Selon Yoda, une pénurie de vaccins sur le marché international contraint les pays à entreprendre une vaccination réactive contre la méningite au lieu d'être préventive. Par ailleurs, il faut toujours connaître la souche qui est à la base de l'épidémie avant tout achat de vaccins. “Le budget du Burkina ne permet pas d'acheter des vaccins pour toutes ces souches, donc ce que l'OMS a recommandé, il faut attendre de savoir quel est le niveau de l'épidémie et le type de germe en cause”, ajoute Yoda. La vaccination concerne la tranche d'âge de deux à 30 ans, et est gratuite.
En février, le gouvernement a officiellement lancé un appel à ses partenaires pour l'acquisition de 3,109 millions doses de vaccins et un besoin de financement. Mais, compte tenu de l'insuffisance des stocks de vaccins, aucun pays de la ceinture méningitique ne peut constituer un stock de plus de 500.000 doses de vaccins, selon le gouvernement. Selon le ministère de la Santé, le Burkina Faso a pu vacciner la population de Ouagadougou grâce à un million de doses qu'il a reçues. Les quantités ne peuvent être obtenues qu'en cas d'épidémie pour la conduite de campagnes réactives et sont fournies par l'intermédiaire du Groupe international de coordination pour l'approvisionnement en vaccins, affirme le ministère.
Le gouvernement burkinabé a décrété la gratuite des soins pour encourager les populations infectées à se rendre très vite au centre de santé le plus proche pour une prise en charge rapide des malades.
Par ailleurs, un nouveau vaccin monovalent, destiné à lutter contre les épidémies de méningite, a donné des résultats satisfaisants après des essais en Inde au Mali et en Gambie, affirme le Projet de vaccin contre la méningite (MVP) basé à Ouagadougou.
Après des tests aux résultats “très encourageants” au Mali et en Gambie en 2006, d'autres essais sont prévus au cours de cette année en Ethiopie, au Ghana et au Sénégal, selon le MVP.
Tous les pays de la ceinture méningitique sont prioritaires, mais les premiers à bénéficier du vaccin sont ceux du “noyau dur” en Afrique de l'ouest, dont le Burkina Faso, le Mali, le Niger le Tchad et le nord du Nigeria, touchés souvent par les épidémies les plus virulentes.
L'Afrique subsaharienne — entre le Sénégal à l'ouest et l'Ethiopie à l'est — est connue pour être la “ceinture de la méningite”. Cette zone est caractérisée par une saison sèche entre décembre et juin, avec des vents chargés de poussière favorable au développement de la maladie. Ce sont 450 millions d'habitants qui sont ainsi exposés à la méningite chaque année.
Selon le MDSC, une quinzaine de pays dont le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la Centrafrique, la Côte d'Ivoire, l'Ethiopie, le Ghana, le Mali, le Niger, le Nigeria, la RD Congo, le Tchad, et le Togo sont touchés par la méningite depuis janvier 2007. Au total 2.300 personnes ont été tuées par la maladie sur 30.000 cas enregistrés, dont la majorité au Burkina Faso.

