GABORONE, 4 mai (IPS) – Les Batswana (Botswanais) sont partagés sur la viabilité des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) des Nations Unies. Dans des interviews de micro-trottoir, IPS a constaté que certains estiment que les OMD sont des idées élitistes en réalité tandis que d'autres soutiennent que les OMD peuvent être utilisés pour régler des problèmes socio-économiques.
En 2000, des gouvernements ont convenu de réaliser huit objectifs de développement allant de "l'éradication de l'extrême pauvreté et de la faim", à l'élaboration "d'un partenariat global pour le développement". L'année 2015 est la date prévue pour la réalisation de la plupart des objectifs.
Pour Kago Pelopedi (19 ans), un bachelier de Mochudi, un village situé à environ 25 kilomètres au nord de Gaborone, la capitale botswanaise, les OMD sont importants pour les Batswana puisqu'ils abordent des questions pertinentes pour cette nation d'Afrique australe. Ces questions sont, entre autres, le VIH/SIDA, la pauvreté et l'accès à l'éducation. "Ces questions sont cruciales pour nos vies en tant que citoyens de pays en développement", souligne Pelopedi.
La question est plus compliquée pour le chômeur Neo Kelaile (25 ans). Après avoir écouté l'explication de IPS sur les OMD, elle éclate de rire de façon incontrôlée. "Des rêves", affirme-t-elle. "Ce sont des rêves". Elle est pessimiste au sujet des OMD.
"Comment les OMD vont-ils mettre de la nourriture sur ma table", demande-t-elle. Son amie, Koketso Moreri, s'interroge : "Ils ont l'air d'être une bonne idée, mais sont-ils réalistes?" Kelaile n'a pas d'idée claire sur ce que sont les OMD. "A partir des bribes que j'ai eues dans les médias, ils nous aideront à nous développer, en particulier des pauvres comme nous. Je veux un emploi et si ces OMD vont m'aider à en obtenir un, je serai reconnaissante", déclare Kelaile, plaisantant un peu.
Michael Tshabadira, un habitant de Old Naledi, un bidonville de Gaborone, a une image sombre des OMD. Tshabadira, un chômeur de 49 ans, père de deux enfants, affirme que rien ne sortira des OMD.
"Cela concerne juste un groupe de riches issus de pays riches ayant trouvé amusant de romancer les maux des pauvres. Ils nous mentent simplement lorsqu'ils disent qu'ils nous sortiront de la pauvreté. Même notre gouvernement, qui est au courant de nos souffrances, est défaillant. Comment ces gars de l'ONU qui sont si loin réussiront-ils donc à combattre la pauvreté?", demande-t-il.
Pour Gloria Matlhare, une réceptionniste de 34 ans, les OMD semblent loin de la réalisation. "Elles sont assez impressionnantes, les promesses de lutte contre la pauvreté, de protection de l'environnement et de l'accès à l'éducation pour les jeunes enfants. "Cette insistance est la bienvenue au Botswana, en particulier concernant l'éducation parce qu'aujourd'hui, nous sommes contraints de payer des frais de scolarité pour nos enfants, alors que nous gagnons trois fois rien comme salaires. Mais je suis pessimiste quant aux possibilités de succès. On ne sait pas comment ils seront mis en œuvre et par qui exactement. Est-ce l'ONU ou les gouvernements?", demande Matlare à haute voix.
Ishmael Matshaba, chômeur âgé de 28 ans, dit qu'au Botswana l'objectif le mieux accueilli sera celui traitant de la lutte contre la pauvreté et de l'accès à l'éducation pour les enfants, qu'il considère comme étant d'un intérêt majeur.
Il a le sentiment que le Botswana est en train de gagner la lutte contre le VIH/SIDA "mais malheureusement, il y a des enfants là-bas qui ont perdu des parents à cause de maladie. Le taux de chômage, d'autre part, donne un sérieux coup à nos moyens de subsistance. Ces questions devraient être traitées d'urgence".
Katlego Kgosimore, une étudiante en économie à l'Université du Botswana, est consciente des OMD et du fait que le Botswana ne pourra pas atteindre tous les objectifs. Elle sait également que le Botswana a déjà réalisé l'éducation universelle au niveau primaire. "Nous faisons beaucoup mieux que la plupart des autres pays dans la région".
Son ami, Jackson Chimidza, un étudiant en administration publique, est de cet avis : "Nos dirigeants ont adopté des changements politiques majeurs au cours de ces six dernières années, avec une gestion macroéconomique et une politique commerciale qui ont aidé à soutenir la performance d’une croissance améliorée".
Mais Maureen Matenge, une employée de l'Université du Botswana, a une vision différente. Elle doute de l'engagement du gouvernement à réaliser les OMD. "Il faut un effort concerté et une coopération de toutes les parties prenantes. Le gouvernement a tendance à formuler et à mettre en œuvre des politiques sans consultation préalable".
Le conducteur de taxi Edwin Putswedi était dans l'ignorance lorsque IPS l'a interrogé sur les OMD. "Ceci est nouveau pour moi", dit-il avec une dose de curiosité. "Je n'en ai jamais entendu parler". Une brève explication provoque une pluie de critiques contre le gouvernement. "Nos dirigeants ne nous parlent pas de ces choses", déplore-t-il.

