SANTE: Chaque grossesse est à risque en Zambie

LUSAKA, 19 jan (IPS) – En Zambie, le taux de mortalité maternelle est de 728 décès pour 100.000 naissances vivantes. Le pays est loin d'atteindre l'un des Objectifs du millénaire pour le développement qui vise à réduire de trois-quarts d'ici à 2015 le taux de mortalité maternelle.

“Etre enceinte en Zambie, c'est comme être atteinte d'une maladie rare”, déclare Alice Tembo, une jeune maman, faisant allusion au manque de connaissances de base sur la grossesse et l'accouchement chez nombre de ses compatriotes.

“Le gouvernement devrait protéger les femmes qui attendent un enfant. Il faut les informer, leur donner suffisamment de ressources, construire des routes, des hôpitaux salubres et former du personnel qualifié”, estime-t-elle. Le taux de mortalité en Zambie est toutefois inférieur à la moyenne des pays d'Afrique subsaharienne. En 2000, la Division statistique des Nations Unies comptait, par exemple, 920 décès maternels pour 100.000 naissances vivantes dans cette région, plus du double au niveau mondial — 400 décès maternels pour 100.000 naissances vivantes. Alice Tembo a accouché sans complication dans l'un des plus grands hôpitaux de la capitale, le Centre hospitalier universitaire de Lusaka, ayant un personnel qualifié. Dans le pays, seules les femmes ayant de l'argent peuvent avoir accès à des soins appropriés dans un hôpital installé dans une grande ville, et être assurées de survivre aux difficultés de l'accouchement. En milieu rural, mettre un enfant au monde peut s'avérer extrêmement dangereux, car la majorité de la population n'a pas accès aux infrastructures. Dans les campagnes, les femmes sont pauvres et privilégient davantage les besoins de leur famille que leur propre santé. Bien souvent, elles font appel à l'aide médicale lorsqu'il est trop tard. Les accouchements sont pratiqués sous la supervision d'une assistante médicale ou d'une sage-femme locale et des complications peuvent être fatales, tant pour la mère que pour l'enfant. Près de 70 pour cent des décès en couche ont lieu en milieu rural, où les futures mères doivent parcourir plusieurs kilomètres avant d'atteindre un centre médical, souvent sous-équipé et composé de personnel peu qualifié. En cas de difficultés, ces infrastructures ne disposent pas d'ambulances prêtes à transporter la future maman vers un hôpital urbain. De nombreuses femmes enceintes décèdent sur les routes alors qu'elles tentent de rejoindre un centre de soins. Selon une étude menée par le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), 34 pour cent des décès en couche interviennent après des hémorragies abondantes. Celles-ci sont plus fréquentes en milieu rural : 27 femmes sur 48 décèdent dans les villages après avoir perdu énormément de sang à l'accouchement, contre cinq sur 14 en établissement hospitalier.

“Les femmes enceintes, qui n'ont pas pu atteindre un centre de soins, sont souvent dans un état déplorable. Il est presque impossible de les sauver”, explique Mulindi Mwanahamuntu, un consultant au Centre hospitalier universitaire de Lusaka, où il a dirigé une étude sur la mortalité maternelle. Angela Cifire, la ministre zambienne de la Santé, estime la situation inacceptable, car de nombreux décès pourraient être évités. Pour réduire le taux de mortalité maternelle, la Zambie aura besoin du soutien de ses partenaires internationaux au développement, dit-elle. Avec l'aide du projet “Maternité sans risque” de l'UNFPA, le gouvernement tente d'informer la population et d'impliquer davantage les communautés rurales. L'objectif est de préparer au mieux les femmes avant la naissance, d'impliquer davantage les pères et de permettre aux futures mères de pouvoir bénéficier d'une aide appropriée de la part de sages-femmes locales si elles ne peuvent être transportées vers un centre médical. Le projet tente également de promouvoir les soins prénataux, car ils peuvent considérablement réduire les risques liés à la grossesse.

L'UNFPA s'est également investi dans la construction d'infrastructures pouvant accueillir des femmes enceintes qui arrivent en avance dans les cliniques. Mais pour sauver des vies, ces centres médicaux doivent être équipés et leur personnel formé. Des kits de naissance ont donc été distribués et une ambulance a été fournie à chaque district. Toutefois, ces infrastructures restent encore largement insuffisantes dans les régions rurales.

Pour combler ce déficit, un prototype de bicyclette, baptisé “mama car” et destinée à transporter les femmes enceintes vers les centres médicaux, est actuellement testé dans le district de Solwezi, dans la province du nord-ouest.

“Le manque de soins obstétricaux est particulièrement inquiétant dans certaines zones rurales. Nous avons donc décidé d'offrir aux sages-femmes locales une formation médicale complémentaire, car à l'heure actuelle, nombre d'entre elles ne sont pas préparées en cas de complications”, indique un porte-parole du ministère de la Santé. En 2000, un projet pilote avait été instauré à Lusaka. Il permettait à des femmes originaires des campagnes de bénéficier de soins médicaux à un prix abordable. L'initiative n'a cependant été renouvelée que récemment par le gouvernement car le système de soins zambien a été soumis à d'énormes pressions et réductions budgétaires. En réduisant ses dépenses de soins de santé, l'Etat pouvait espérer atteindre les conditions fixées par le Fonds monétaire international (FMI) pour bénéficier d'un allégement de la dette. L'an dernier, le pays a été retenu pour bénéficier d'un allègement au titre de l'initiative du FMI en faveur des pays pauvres et très endettés, un objectif réalisé au prix d'énormes sacrifices en matière de santé.