CORRUPTION: La banque exclut une compagnie pour un vieux scandale de pots-de vin

LE CAIRE, 14 nov (IPS) – La Banque mondiale a exclu une compagnie allemande d'ingénierie des contrats financés par la banque pendant sept ans pour son rôle dans un cas de corruption impliquant un projet d'eau en Afrique, mais des groupes de contrôle de la banque estiment que l'initiative aurait dû être prise depuis longtemps.

La Banque mondiale, la plus grande institution de crédit public, a évoqué des activités corrompues en relation avec le 'Lesotho Highlands Water Project' (LHWP), décrit comme le plus grand aménagement d'eau d'Afrique australe, dans sa décision d'exclure la 'Lahmeyer International GmbH' (Lahmeyer) d'Allemagne.

En payant des pots-de-vin au directeur général de la 'Lesotho Highlands Development Authority', Masupha Sole, la compagnie d'ingénierie s'est lancée dans des activités punissables, a constaté le Comité de sanctions de la Banque mondiale.

Sole a été reconnu coupable en 2002 de 13 chefs d'accusation de corruption et condamné à 18 ans de prison pour avoir pris plus de deux millions de dollars de pots-de-vin pendant 10 ans aux agents représentant 12 des plus grandes firmes de construction au monde.

Lahmeyer International d'Allemagne a été accusée d'avoir payé à Sole un peu plus de 250.000 dollars.

La banque basée à Washington indique que la compagnie devra satisfaire certaines conditions pour que la période d'interdiction soit réduite, y compris dévoiler entièrement des cas de mauvaise conduite précédente.

Le LHWP est un énorme projet de transfert d'eau et d'hydroélectricité, de plusieurs milliards de dollars, mis en œuvre par les gouvernements du Lesotho et d'Afrique du Sud. Il a principalement pour but de transférer de l'eau des Montagnes Maluti dans l'est et le centre du Lesotho vers la Province de Gauteng en Afrique du Sud. C'est la deuxième fois que la banque exclut une compagnie pour corruption dans le projet. Il y a deux ans, elle avait exclu la firme canadienne Acres International des projets de la banque pendant trois ans après qu'elle a été reconnue coupable d'avoir payé des pots-de-vin dans le cadre du LHWP.

Mais des groupes de contrôle, qui ont tiré la sonnette d'alarme sur des pratiques corrompues dans le LHWP, disent que la décision de la banque est inexplicablement arrivée tard. Après tout, la banque a rouvert ses poursuites d'exclusion contre Lahmeyer en relation avec le LHWP en 2001. Le gouvernement du Lesotho avait annoncé des inculpations criminelles de Lahmeyer et Sole en 1999.

Bien que la politique de la banque sur la corruption indique qu'elle va rompre les liens avec toute firme reconnue coupable de corruption sur un contrat financé par la banque, elle autorisait la société à continuer par soumissionner pour des contrats soutenus par la banque jusqu'à la semaine dernière.

Lahmeyer a reçu au moins 18 contrats de la banque, d'un montant total de près de 15 millions de dollars, affirment des groupes de contrôle. Quatre contrats d'une valeur totale de 1,4 million de dollars ont été accordés depuis que la banque a rouvert son enquête sur Lahmeyer en août 2005.

"Même si nous nous réjouissons de cette décision, la réponse lente de la Banque mondiale n'a été qu'à l'avantage de Lahmeyer. Une action future doit venir plus rapidement", a déclaré Terri Hathaway de ‘International Rivers Network’, l'un des groupes suivant de près l'affaire. "La banque ne peut pas parler sérieusement de lutte contre la corruption si elle poursuit des sociétés criminelles, mais leur accorde un délai généreux". Patricia Adams d'un organisme de contrôle de l'aide étrangère basé au Canada — Probe International — a exprimé des préoccupations similaires.

"Cela envoie le mauvais signal à d'autres corrupteurs de sociétés", a indiqué Adams.

"Pendant ces sept années depuis la première mise en accusation, Lahmeyer a pu continuer normalement ses affaires. La banque aurait dû prendre des mesures rapides et suspendre le droit de la compagnie à faire des affaires avec la banque lorsqu'elle a été accusée pour la première fois — comme cela est autorisé conformément à la Loi américaine sur les pratiques de corruption à l'étranger — en attendant une décision des tribunaux du Lesotho", a-t-elle souligné.

La banque indique qu'elle avait dû attendre la fin des poursuites légales dans la nation africaine et qu'elle a rouvert sa propre procédure d'exclusion contre Lahmeyer en août 2005.

"Cette sanction reflète une réponse sérieuse aux pratiques corrompues", a déclaré Graeme Wheeler, directeur exécutif du Groupe de la Banque mondiale et président du Comité de sanctions de la banque.

"Au même moment, la sanction est structurée pour encourager Lahmeyer à démontrer que ses contrats et pratiques se conforment maintenant aux exigences qui sont essentielles pour le travail de la banque", a-t-il dit.

La banque finance des centaines de grands projets comme des centrales électriques, des routes à péage, des infrastructures de fourniture d'eau, des réseaux de fibre optique, des gares de ferry et des ports.

Selon Adams, le fait d’accorder à la compagnie la liberté dans le cadre du Programme de divulgation volontaire de la banque (VDP), nouvellement conçu, pourrait être un obstacle à une vraie justice puisque ces protections sont en fin de compte "mauvaises pour les citoyens et contribuables des pays en développement, et pour l'Etat de droit".

"Le programme VDP accorde aux 'confesseurs' une confidentialité et permet ainsi à la banque de couvrir sa propre négligence ou complicité, qui sape l'administration de la justice dans des pays où c'est une infraction criminelle de corrompre un responsable étranger", a souligné Adams. Lahmeyer International faisait partie du consortium qui a réalisé l'étude de faisabilité pour le LHWP en 1986. La première phase du projet est achevée, y compris le barrage de Katse, le barrage de Muela, 82 kilomètres de tunnels d'eau et 200 km de voies d'accès, à un coût total estimé à 2,5 milliards de dollars.

Lorsqu'il sera achevé, le projet détournerait environ 40 pour cent de l'eau pris dans le bassin du fleuve Senqu vers la région industrielle de Gauteng en Afrique du Sud.

A part la corruption, des groupes environnementaux avaient des préoccupations supplémentaires sur le ‘Lesotho Highlands Water Project’ parce qu'il a affecté directement quelque 27.000 personnes, déplaçant des centaines de ménages pratiquant une agriculture de subsistance, et dépossédant plusieurs individus de leur terre. Ils estiment que le LHWP a amené la population vulnérable de la région montagneuse à "perdre des champs, des pâturages et l'accès aux sources d'eau douce".