DEVELOPPEMENT: L'UE et l'Afrique débattent de la bonne gouvernance

BRUXELLES, 16 nov (IPS) – La bonne gouvernance est au centre des Journées européennes du développement, un large forum de rencontres entre l'Union européenne (UE) et l'Afrique, organisé pour la première fois cette semaine à Bruxelles.

La société civile, qui a constaté l'absence de représentants du Parlement européen, lors des débats, estime cependant que l'Europe est mal placée pour parler de responsabilité et de transparence vis-à-vis des pays en développement. Plus de 2.000 experts européens du développement, représentants de la société civile et des responsables de pays en développement — dont des chefs d'Etat et de gouvernement africains — sont réunis depuis mercredi dans la capitale de l'UE. Durant trois jours, ils auront l'occasion d'échanger leurs points de vue sur l'efficacité de l'aide européenne au développement et le renforcement de la bonne gouvernance dans les pays bénéficiaires.

La bonne gouvernance est l'un des principaux critères des donateurs européens en matière d'octroi d'aide publique au développement. Ces Journées européennes pour le développement se concentrent sur le continent africain, représenté à Bruxelles par une vingtaine de chefs d'Etat et de gouvernement.

“L'Afrique reçoit actuellement 60 pour cent de son aide au développement — soit 15 milliards d'euros (environ 18 milliards de dollars) — de l'Europe”, a déclaré le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, dans son discours d'ouverture. “La relation entre l'Europe et l'Afrique est trop souvent définie en termes de donateurs et de bénéficiaires. Mais, aujourd'hui, nous commençons à travailler ensemble en tant que partenaires et voisins”. Au cours de cette session d'ouverture, le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, a plaidé pour la mise en place d'un sommet annuel Europe-Afrique pour instituer un véritable partenariat entre les deux continents. “Il est inadmissible que l'Union européenne entretienne des partenariats privilégiés avec les Etats-Unis, la Russie, la Chine, l'Asem ou l'Amérique latine, mais qu'elle ne soit pas en mesure d'appliquer cette même politique pour l'Afrique”, a-t-il indiqué.

Du leur côté, des représentants de la société civile européenne se sont montrés très critiques, tant à l'égard de la thématique choisie que de l'organisation de ce forum. “Il faut mettre en pratique ce que vous prêchez”, souligne Mikaela Gavas, membre de la Confédération européenne des organisations non gouvernementales (ONG) d'urgence et de développement (Concord). “Le Parlement européen n'est, par exemple, pas impliqué dans cette conférence. Quelle image de responsabilité et de transparence cela donne-t-il?”, se demande la coupole d'ONG.

Une session plénière du Parlement européen se tient cette semaine à Strasbourg, en France.

En réponse à ces critiques, le responsable de l'organisation des rencontres Europe-Afrique, Patrice Lenormand, de la Direction générale pour le développement de la Commission européenne, explique que les dates de ces journées ont été choisies parce qu'il s'agissait d'une semaine durant laquelle peu d'événements et de réunions ministérielles étaient annoncées. “L'idée n'était pas d'en faire un événement de la Commission européenne”, dit-il, ajoutant que des réunions préparatoires ont été organisées avec le Parlement européen et qu'il a été proposé à son président, Josep Borrell, d'ouvrir et de clore ces Journées du développement.

Cette conférence a été organisée en trois mois, avec un budget d'environ 1,3 million d'euros (environ 1,5 million de dollars), a-t-il expliqué. “Cet argent provient d'une ligne budgétaire de la Commission, destinée à l'organisation de tels événements, et non de l'aide au développement”, indique-t-il, affirmant que réunir autant de spécialistes et de chefs d'Etat ou de gouvernement en si peu de temps est un “miracle d'organisation”.

Pour la coupole européenne des ONG, la société civile n'a pas été suffisamment impliquée dans les travaux préparatoires à ces rencontres. “Les organisateurs ont décidé, il y a seulement deux semaines, d'inclure un représentant de la société civile aux débats thématiques des différentes tables rondes”, déclare Agnès Philippart de Concord. “Nous avons proposé d'inclure dans le programme une table ronde sur la responsabilité des donateurs en matière de bonne gouvernance, mais l'idée a été rejetée”, dit-elle, qualifiant ces journées européennes de “tour de force publicitaire”.

Les organisateurs des journées précisent cependant qu'à l'agenda international, l'UE n'avait pas encore d'événement consacré au développement. “Il y a un décalage entre ce que l'on fait et la visibilité de ce que l'on fait”, indique Lenormand. Selon lui, l'objectif de ces rencontres est d'établir un dialogue franc et ouvert entre des parties qui ont davantage l'habitude de se retrouver autour de la table dans un contexte de négociation sur le commerce ou le développement.

Pendant les différentes tables rondes organisées au cours de ce forum Europe-Afrique, des représentants de la société civile ont l'occasion de confronter leurs points de vue avec des chefs d'Etat ou des décideurs du développement, ajoute Lenormand. “L'objectif était de cibler trois à quatre catégories d'acteurs du développement”, dit-il, indiquant que des réunions ont eu lieu avec les ONG. “Mais il y a une différence entre le dialogue et l'accord”.