ENVIRONNEMENT-AFRIQUE: Le climat change et bouleverse la vie quotidienne

NAIROBI, 13 nov (IPS) – "On ne chasse plus et on ne pêche plus comme avant, parce qu'il n'y a plus de poisson et que l'eau des rivières et des lacs s'assèche. Nous sommes presque délaissés comme des réfugiés du climat", déclare Anna Pinto, une déléguée indienne, à des journalistes, à Nairobi.

Dans la capitale kényane, où se tient jusqu'au 17 novembre la conférence des Nations Unies sur le changement climatique, des communautés marginalisées ont pu concrètement exposer les bouleversements qui affectent leur vie de tous les jours — dont ils accusent le changement climatique d'être à l'origine.

Dans le nord-est du Kenya, par exemple, prédire le temps est devenu pratiquement impossible, explique Hussein Abdullahi, membre d'une communauté pastorale de cette région.

“Avant, les bergers dépendaient des savoirs traditionnels pour prédire le temps. Je suis moi-même berger et je n'ai jamais eu besoin d'un météorologue pour me dire quand la pluie va arriver”, dit-il.

“D'habitude, les coassements des grenouilles me disent quelque chose…Nous avions le chant des oiseaux qui nous indiquent que la pluie est proche, et nous faisons alors paître nos animaux à temps, pour qu'ils ne succombent pas à la sécheresse”, souligne Abdullahi. “Mais c'est de l'histoire ancienne, car aujourd'hui, nous devons nous reposer sur des météorologues et des astrologues; et ce qu'ils nous disent n'est pas ce qui arrive”.

Selon lui, le changement climatique, qui se traduit par des périodes d'intense sécheresse, a poussé de nombreux bergers à abandonner leur activité traditionnelle de gardien de troupeau pour s'installer dans des villes. Beaucoup dépendent à présent de l'aide alimentaire pour survivre, tandis que certains sont morts des conséquences directes de la sécheresse.

Comme peu de services sont fournis dans le nord-est du Kenya, la population doit parfois marcher plusieurs jours avant d'atteindre un point d'eau. Selon les estimations de l'ONU, la moitié des cheptels a été décimée par les différentes sécheresses qui ont frappé la région au cours des dernières années.

La conférence internationale de deux semaines sur le changement climatique, qui s'est ouverte le 6 novembre, vise à renforcer les efforts engagés dans la lutte contre le réchauffement de la planète. Elle réunit dans la capitale kenyane plus de 6.000 représentants venus du monde entier.

Les pays pauvres, qui manquent de ressources pour affronter les effets du changement climatique, sont les plus exposés. Outre la sécheresse, ils risquent notamment de devoir faire face à des inondations et à des températures beaucoup plus élevées, ce qui entraînera une insécurité alimentaire et dans les ressources en eau.

Un rapport de l'ONU, publié à l'ouverture de la conférence, estime qu'entre 1993 et 2002, le nombre d'individus tués ou affectés par des catastrophes liées au changement climatique en Afrique, dépasse les 136 millions.

La conférence réunit les 189 pays signataires de la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique, signée en 1992. Parmi eux, 165 nations ont ratifié le Protocole de Kyoto, qui engage les pays industrialisés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, comme le méthane ou le dioxyde de carbone.

L'accumulation de ces gaz dans l'atmosphère — qui proviennent essentiellement de la combustion des énergies fossiles — fait qu'ils absorbent l'énergie reçue du soleil, l'empêchant d'être renvoyée dans l'espace après avoir atteint la surface de la terre. De nombreux scientifiques attribuent l'augmentation de la température terrestre à celle de la concentration de ces gaz dans l'atmosphère et au changement climatique.

Le Protocole de Kyoto, signé en 1997 dans cette ville japonaise, demande à 35 pays industrialisés de la planète de réduire, d’ici à 2012, leurs émissions cumulées de gaz à effet de serre de cinq pour cent en dessous des niveaux de 1990. Les Etats-Unis n'ont pas ratifié ce texte, alors qu'ils sont — sur l'ensemble des pays industrialisés — responsables de près de 25 pour cent des émissions. Sous la présidence de Bill Clinton qui avait signé le document, avec l'objectif d'une réduction des émissions de sept pour cent, mais l'administration de Georges W. Bush l'a rejeté, estimant qu'il est préjudiciable à l'économie américaine. “Nous avons besoin d'engagements en faveur du climat de la part de tous les pays, y compris des Etats-Unis”, indique à IPS, Jukka Uosukainen, un haut responsable du gouvernement finlandais, dont le pays assure la présidence de l'Union européenne (UE) — responsable de 14 pour cent des émissions de gaz à effet de serre dans le monde industriel.

“L'UE ne peut résoudre seule les problèmes liés au climat. Même si nous diminuons tous progressivement nos émissions, nous ne réduirons pas le changement climatique”, ajoute-t-il.

Un haut responsable américain, qui s'exprimait en marge de la conférence, faisait remarquer que son pays encourageait la diminution des gaz à effet de serre par l'utilisation de technologies plus propres, à partir du moment où celles-ci ne mettent pas en danger l'industrie et n'entraîne pas de pertes d'emplois.

Un certain nombre de pays, qui soutiennent la position américaine, se sont également tournés vers ces technologies, et encouragent les nations en développement à planter davantage d'arbres pour absorber les excès de dioxyde de carbone.

Cette stratégie est également prônée par Wangari Maathai, célèbre figure de la protection de l'environnement au Kenya et Prix Nobel de la paix. Elle a apporté récemment son soutien au Programme des Nations Unies pour l'environnement dans le cadre d'une campagne lancée le 8 novembre, et qui vise à planter un milliard d'arbres en 2007.

“Nous connaissons les chiffres et les signes du changement climatique. Nous pouvons parler aux gens de la sécheresse, des inondations, ainsi de suite. Mais la grande question reste 'que fait-on?'. Au moins, nous pouvons l'atténuer en plantant des arbres. Tout le monde peut creuser un trou, y planter un arbre et l'arroser pour être certain qu'il survivra”, a-t-elle déclaré aux journalistes.

Aujourd'hui, beaucoup de pauvres d'Afrique utilisent les arbres comme source d'énergie ou de revenus, et seront peut-être plus enclins à les arracher qu'à en planter.

Mais Maathai croit à l'élan prôné par cette campagne. “Nous pouvons investir dans d'autres options, comme l'énergie solaire ou hydraulique, de manière à ce que les pauvres n'aient pas à couper des arbres pour se fournir en combustible”, ajoute-t-elle.