DEVELOPPEMENT: Un rapport énumère les victimes du manque d'eau et d'installations sanitaires

JOHANNESBURG, 10 nov (IPS) – Le Rapport sur le développement humain 2006, 'Au-delà de la pénurie : Pouvoir, pauvreté et crise mondiale de l'eau', se focalise sur les problèmes actuels qui entourent la fourniture de l'eau potable et des installations sanitaires. Le document a été lancé jeudi au Cap, en Afrique du Sud, par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

Des statistiques globales présentées par les auteurs du rapport sont déprimantes : actuellement, plus d'un milliard de personnes se voient refuser le droit à l'eau potable, tandis que 2,6 milliards n'ont pas d’installations sanitaires adéquates.

"Chaque année, 1,8 million d'enfants meurent de diarrhée qui pourrait être évitée avec l'accès à l'eau potable et à une toilette; 443 millions de jours de scolarité sont perdus à cause de maladies liées à l'eau; et presque 50 pour cent de toutes les personnes se trouvant dans des pays en développement souffrent à un moment donné d'un problème de santé causé par une pénurie d'eau et d'installations sanitaires", note le document.

"Pour en rajouter à ces coûts humains, la crise de l'eau et des installations sanitaires freine la croissance économique, avec l'Afrique subsaharienne perdant cinq pour cent de son produit intérieur brut par an — beaucoup plus que ce que la région reçoit en aide", ajoute-t-il.

Certains ont déjà émis des doutes que l'étude puisse changer quelque chose dans la vie des pauvres.

"La plupart des rapports, comme celui qui est en train d'être lancé par le PNUD cette semaine, sont faits au niveau supérieur. Ceux qui les écrivent n'ont pas la moindre idée de la manière dont les pauvres souffrent des pénuries d'eau", a déclaré S'bu Zikode, président du ‘Shack Dwellers Movement’ (Mouvement des habitants de cabanes), basé à Durban, la ville côtière d'Afrique du Sud.

Il faisait sombre lorsque Zikode parlait à IPS, mais il pouvait encore voir une vraie ruche autour d'un point de collecte d'eau à côté. "Il y a environ 20 personnes en rang pour prendre de l'eau dans un grand espace ici, maintenant", a-t-il indiqué. "Et il est déjà tard. Il est environ 20 heures (18H.00 GMT)".

"Ces gens n'ont pas la chance de prendre de l'eau le matin lorsque la queue est longue. Ils vont au travail et reviennent tard dans la soirée. Ils ont besoin d'eau pour la cuisine, la lessive, le bain et la boisson".

Zikode et ses voisins sont pauvres. Ils sont venus dans la ville à la recherche de cieux plus cléments et vivent à Kenneby, une installation informelle à cinq kilomètres de Durban. "Environ 7.000 personnes vivent ici. Ils partagent cinq colonnes d'alimentation d'eau (et) six toilettes", a-t-il souligné. A Foreman tout près, une installation informelle à sept kilomètres de Durban, 8.000 personnes se débrouillent avec deux colonnes d'alimentation d'eau et deux ensembles de latrines pour hommes et femmes respectivement, a ajouté Zikode.

Durban, avec une population de trois millions, compte plus de 180.000 habitants de cabanes ayant cruellement besoin d'eau, selon Desmond D'sa, chef de la ‘South Durban Community Environmental Alliance’ (Alliance environnementale communautaire du sud Durban), une organisation non gouvernementale.

"Les gens font la queue pour l'eau depuis cinq heures du matin (03H GMT), certains toute la journée", a-t-il dit à IPS. "Et les queues sont longues".

"L'eau est un grand problème dans les quartiers informels, il en est de même pour les installations sanitaires. Les gens perdent leur dignité en déposant des matières fécales partout. Ce n'est pas hygiénique. La puanteur et les maladies qui vont avec cela sont préoccupantes", a ajouté Zikode.

Depuis octobre, a-t-il indiqué, 18 personnes — dont huit d'une même famille — sont mortes après que leurs huttes ont pris feu : "Il n'y avait pas d'eau pour étendre le feu. Les sapeurs-pompiers mettent des heures, et lorsqu'ils arrivent, vous auriez perdu vos biens ou même votre vie".

Cependant, "juste de l'autre côté de la rue, en face des huttes dans lesquelles nous vivons, il y un manoir appartenant à une famille de sept membres. La famille a sept robinets d'eau courante et trois toilettes. Vous voyez simplement le déséquilibre de la société. C'est inacceptable. La vie est si injuste".

De pareilles inégalités flagrantes attisent l'amertume. "Nous avons combattu ensemble durant l'apartheid. Nous avons tous contribué à la liberté dont jouit aujourd'hui l'Afrique du Sud. Malheureusement, la majorité de notre peuple a été oubliée. Nos voix ont été ignorées autour des questions d'eau et d'installations sanitaires", a déploré Zikode. Mais pendant le discours de présentation du budget devant le parlement en mars, le ministre des Finances Trevor Manuel a dit que l'infrastructure de fourniture d'eau parvient maintenant à 90 pour cent de la population d'Afrique du Sud. Le ministère des Gouvernements provinciaux et locaux indique que 165 sociétés de distribution d'eau approvisionnent actuellement 3,9 millions de ménages en eau gratuitement.

"En Afrique du Sud, chaque citoyen a droit à l'eau. Ceci fait partie intégrante de la constitution. Et l'eau est une question âprement débattue en Afrique du Sud. C'est ce que cela devrait être", a indiqué mardi aux journalistes à Johannesburg, la capitale économique sud-africaine, Kevin Watkins, auteur principal du Rapport sur le développement humain 2006.

Le rapport a loué la politique sud-africaine en matière d'eau. "L'Afrique du Sud a déjà prévu dans sa législation que chaque individu devrait avoir un minimum de 25 litres d'eau potable par jour". Toutefois, il a noté que des défis demeuraient avec des "installations informelles…non connectées au service ou là où les ménages n'ont pas de mesures installées".

Zikode a dit que des gens avaient l'habitude d'acheter 25 litres d'eau à 30 centimes jusqu'en 2000. "Maintenant, nous ne payons plus pour l'eau. Notre problème est comment venir à bout du manque d'eau et des longues queues", a-t-il souligné.

Mais, Orlene Naidoo — présidente de ‘Westcliff Flat Residents Association’ (Association des habitants d'appartements de Westcliff) — croit que l'allocation accordée pour l'eau est simplement trop petite. L'association est une organisation financée par la communauté qui aide les pauvres à avoir accès à l'eau et à l'électricité.

"Vous ne pouvez pas vous attendre à ce qu'une famille de huit membres, par exemple, vive avec 200 litres d'eau par jour. Ceci n'est pas assez bon. Le système est cruel, brutal", a-t-elle dit à IPS.

"Si vous avez des arriérés, ils vous coupent l'eau. Si vous n'avez pas un revenu, comment pouvez-vous payer les arriérés?" "Nous n'avons pas entendu parler du rapport", a déclaré Naidoo, en référence au Rapport sur le développement humain 2006. Lorsque IPS lui a épelé le lien Internet où elle pourrait télécharger le document, elle a ajouté : "Les pauvres n'ont pas accès à l'Internet. Ils n'ont pas d’adresse électronique. Ils ne peuvent pas avoir accès au rapport".