PORT LOUIS, 13 nov (IPS) – Le gouvernement mauricien s'est lancé dans une campagne pour transformer son industrie du sucre au moment où les prix du sucre chutent sur le plan international, conduisant à une perte de recettes de devises étrangères pour le pays.
Les prix du sucre devraient chuter de 36 pour cent dans les trois prochaines années. En réponse, le ministre de l'Industrie agricole, Arvin Boolell, essaie de convaincre de grands et petits exploitants agricoles, des propriétaires d'usines et des institutions dans l'industrie sucrière qu'ils n'ont d’autre choix que celui de réformer leurs pratiques.
Boolell est en train de faire pression pour une réduction des coûts de production tout en encourageant les économies d'échelle. Il espère atteindre ces dernières en regroupant de petites fermes pour améliorer la productivité.
Au même moment, le gouvernement fait la promotion de la production d'électricité à partir de la bagasse, un résidu de la canne à sucre, et la production de l'éthanol qui est mélangé avec du pétrole pour être utilisé dans des véhicules.
"Il faut une croisade nationale pour sauver notre industrie", a déclaré Boolell. "Nous perdons environ quatre milliards de roupies (à peu près 125 millions de dollars) par an en devises étrangères à cause de la baisse des prix".
En moyenne, l'industrie apportait précédemment autour de 306 millions de dollars de devises étrangères par an.
Aujourd'hui, Maurice exporte environ 505.000 tonnes de sucre brut vers l'Union européenne dans le cadre d'un accord commercial préférentiel, à peu près 30.000 tonnes vers les Etats-Unis et quelque 54.000 tonnes d'autres produits dérivés du sucre vers des acheteurs dans des pays européens.
Le gouvernement a bien fait comprendre aux producteurs que, sur le plan international, le marché du sucre n'est plus un marché de vendeur, mais un marché d'acheteur. Cela signifie que les acheteurs dictent les prix.
Si l'industrie n'arrive pas à avoir de bons résultats et à devenir compétitive, ajoute Boolell, les concurrents de Maurice vont prendre la tête. L'industrie du sucre, qui a été l'épine dorsale de l'économie mauricienne pendant des décennies, va s'effondrer — quand bien même les exportations pourraient continuer à apporter des devises étrangères pendant plusieurs années à l'avenir. Le gouvernement est également préoccupé au sujet des 60.000 personnes qui tirent leur revenu directement ou indirectement de cette industrie.
Par conséquent, il envisage de soutenir l'industrie du sucre tout en faisant la promotion de produits alternatifs liés à la production sucrière. Les années précédentes, seul le sucre était produit à partir de la canne et l'électricité générée de la bagasse était juste suffisante pour faire tourner les fabriques de sucre.
Depuis 2002, l'industrie produit de l'électricité pour le réseau national du pays. Actuellement, elle fournit environ 40 pour cent de la consommation électrique totale sur l'île, en utilisant de la bagasse combinée avec du charbon importé de Mozambique.
Avec l'ouverture l'année prochaine d'une deuxième centrale électrique, actuellement en construction dans le sud de l'île, entre 60 et 70 pour cent de l'électricité seront générés de la bagasse et du charbon. La mélasse, créée à partir du sucre durant le processus de raffinage, est actuellement utilisée pour produire de l'éthanol. Une distillerie dénommée Alcodis a augmenté sa production annuelle d'éthanol de quelques millions de litres à 30 millions de litres pour le marché de l'exportation.
L'éthanol est en train d'être mélangé avec du pétrole pour faire tourner des voitures sur l'île. Une autre distillerie sera commandée bientôt.
L'autre initiative est de centraliser et de moderniser des usines de fabrication de sucre pour réduire leur nombre de 11 à un maximum de cinq au cours des prochaines années. Pour rendre cela possible, un projet de retraite volontaire a été lancé pour des travailleurs ayant plus de 50 ans. Jusqu'ici, environ 8.000 travailleurs ont accepté cette offre.
Une idée analogue est de réunir les 28.000 petits agriculteurs qui produisent environ 30 pour cent du sucre pour les rendre plus compétitifs. "L'avenir de l'industrie dépend de ces petits fermiers puisque les grandes terres de production de sucre ont déjà atteint leur maximum en terme de productivité", affirme Guirdharry Jugessur, un petit fermier qui est également président de la Fédération des coopératives agricoles de Maurice. Les petits fermiers utilisent actuellement 21.000 sur les 72.000 hectares de terre de culture de canne. Leurs produits vont du sucre à l'électricité en passant par l'éthanol.
Déjà lancé, le projet de rassemblement vise à regrouper des lopins de terre allant jusqu'à 10 hectares en parcelles plus grandes, de 20 hectares ou plus. L'idée est d'améliorer les économies d'échelle dans la production de canne et de sucre. La superficie ciblée est de 12.000 hectares.
Ce projet implique la mécanisation de toutes les pratiques, y compris la récolte de la canne, l'irrigation et la préparation du sol. Les champs seront repiqués avec des variétés de canne ayant des rendements plus élevés. Tous les intrants, y compris les engrais, l'herbicide et d’autres composantes, seront fournis gratuitement.
L'accroissement attendu en production de canne et de sucre est autour de 20 pour cent, tandis que le coût de production diminuera de 20 pour cent.
De petits fermiers devront s'engager eux-mêmes à continuer par produire de la canne sur leurs terres pendant un cycle de culture de sept ans. La propriété des terrains individuels dans la zone regroupée sera conservée durant le premier cycle de culture de sept ans.
Le sucre a été associé à Maurice pendant 367 ans et a façonné l'histoire et la culture de l'île. Couvrant plus de 40 pour cent de la superficie de l'île, cette industrie a fait de l'île ce qu'elle est aujourd'hui.
Pendant plusieurs années, l'île a bénéficié d'un prix élevé du sucre dans le cadre des accords commerciaux préférentiels avec l'Europe. Le prix du sucre était trois fois supérieur au prix sur le marché mondial. Les recettes ont été utilisées pour diversifier l'économie mauricienne en pénétrant le tourisme, les textiles et les services financiers.
Mais, Boolell soutient que les Mauriciens "devraient arrêter de regarder en arrière. Nous devons aller de l'avant et changer nos mentalités. Nous avons besoin de tout le monde dans cette industrie, non seulement pour sauver le secteur, mais pour transformer le sucre en un véritable or vert’’.

