MAPUTO, 10 nov (IPS) – Avec un manque de confiance dans la police qui semble avoir augmenté dans certaines banlieues de la capitale mozambicaine, Maputo, des citoyens se sont fait justice dernièrement, et ont administré une justice sommaire à des criminels présumés. Ceci a entraîné la mort de plus 20 personnes depuis août.
Les façons dont les lynchages sont perpétrés vont des bastonnades aux incendies, avec des images de corps horriblement brûlés devenant une manchette régulière dans des journaux et sur des chaînes de télévision.
Toutefois, l'incendie semble être la méthode de choix pour la justice sommaire à Zimpeto, au nord de Maputo, où la plupart des cas de vindicte populaire ont eu lieu. Les habitants de cette banlieue affirment qu'ils ont eu recours au lynchage parce que la police ne prend pas des mesures appropriées contre des criminels présumés. Des citoyens auraient arrêté et livré des criminels à la police, seulement pour voir les malfrats présumés revenir dans les rues — où certains ont apparemment harcelé et même tué ceux qui les avaient amenés aux postes de police pour la première fois.
Tout porte à croire également que certains membres de la police ont aidé et encouragé des criminels, leur louant leurs armes et même en participant aux infractions. Des agents de police ont été arrêtés en train de perpétrer des attaques dans des bureaux de change et des magasins. Récemment, des agents de police ont apparemment fusillé deux de leurs collègues qui escortaient un civil transportant une grosse somme d'argent à la frontière avec le Swaziland. Les policiers non identifiés sont ensuite partis avec l'argent, et sont encore recherchés.
Mais à la fin du mois dernier, une opinion plus positive de la situation sécuritaire a été présentée au parlement, avec le ministre de l'Intérieur José Pacheco affirmant aux législateurs que "d'une manière générale, la criminalité est sous contrôle". Interrogé par des parlementaires sur l'avalanche de crimes récents où même des agents de police ont été ciblés, Pacheco a déclaré que ces incidents pourraient avoir débouché sur une "fausse idée de l'insécurité".
"En fait", a-t-il ajouté, "notre pays est stable et sûr, malgré des situations qui pourraient survenir de façon sporadique".
La seule référence que Pacheco ait faite à la récente vague de lynchages à Maputo a été d'observer que "personne n'est autorisé à se faire justice lui-même".
Cependant, des législateurs et des citoyens ordinaires ne semblent pas être d'accord avec la déclaration du ministre.
Eduardo Namburete du principal parti d'opposition, Renamo, a qualifié les statistiques données par Pacheco de tentative "pour nous faire croire que la criminalité est en train de baisser, mais ce que nous voyons est que tous les jours, il y a des gens qui sont fusillés — des gens qu'on retrouve morts dans les rues".
"Le gouvernement est incapable de contrôler la criminalité", a-t-il ajouté.
Alice Mabota, présidente de la Ligue des droits de l'Homme (LDH), est de cet avis. "Tout indique que les autorités ont perdu le contrôle de la situation", a-t-elle noté, ajoutant que les citoyens "ne croient plus que les pouvoirs actuels puissent garantir la sécurité des populations et punir les délinquants".
Mabota ne voit pas la situation comme étant désespérée. "Nous croyons qu'il est possible de persuader les gens de ne pas se faire justice", a-t-elle dit.
Mais, mettre en place une politique de sécurité publique, qui s'occupe vraiment des besoins de tous les citoyens, nécessiterait une importante restructuration des organes en charge de l'administration de la justice, a souligné Mabota. Elle a également indiqué que la LDH voulait que le gouvernement retire les brebis galeuses des forces de police.
Pour ceux qui vivent à Zimpeto, la solution est claire : les autorités doivent y installer un poste de police là et aider à former des unités de patrouille communautaires, ont souligné plus de 300 habitants à la police au cours d'une récente rencontre dans la banlieue. Autrement, ils ne mettraient pas fin aux lynchages.

