COTONOU, 9 nov (IPS) – Les Béninois espèrent que les 307 millions de dollars offerts à leur pays par les Etats-Unis sur cinq ans, sous le couvert du 'Millenium Challenge Account', pourraient financer des projets de développement pour réduire la pauvreté, en réglant notamment les problèmes fonciers et de crédits bancaires.
"C'est une sorte de plan Marshall que l'Amérique offre au Bénin pour lui permettre de sortir de la pauvreté", affirme Henri Gouthon, président du Conseil national des exportateurs du Bénin, membre du comité technique d'élaboration du programme béninois du Millenium Challenge Account (MCA). Selon le gouvernement béninois, les fonds mis à la disposition de l'Etat lui permettront de faire face aux grandes contraintes économiques pour lesquelles il n'a pas de moyens propres. Le premier volet du MCA-Bénin dénommé "Accès aux marchés", prévoit environ 169 millions de dollars pour désensabler le bassin portuaire de Cotonou afin de permettre au port de Cotonou d'accueillir les plus gros bateaux du monde, acheter un remorqueur plus moderne. Il prévoit également la mise en œuvre des normes internationales de sécurité comme la vidéo surveillance des quais du port. L’objectif est de capter la majorité du trafic maritime sous-régional et d'ouvrir le Bénin aux marchés extérieurs. Dans le deuxième volet "Accès au foncier", le programme MCA réserve 36 millions de dollars pour permettre aux Béninois disposant d'une propriété foncière d'obtenir presque gratuitement des titres fonciers négociables auprès des banques pour obtenir un crédit et mettre leurs domaines en valeur. Ce volet pourrait aider à régler, en même temps, l'épineux problème de l'insécurité foncière qui empêche tout investissement durable. Seuls les détenteurs de titres fonciers peuvent dire qu'ils ont une propriété au Bénin.
Luc Gnacadja, ancien ministre de l'Environnement, architecte et expert auprès du programme, trouve positif que des fonds aient été prévus pour l'accès des pauvres à la micro-finance. "J'ai aimé également que ce programme permette à chaque Béninois, qui a une propriété, de pouvoir l'utiliser auprès des banques pour accéder au crédit car nos banques sont en sur-liquidité. Ceux qui ont besoin d'argent n'ont pas de garanties fiables à leur offrir". Le volet "Accès aux services financiers" devrait aider à renforcer, avec 19,6 millions de dollars, les institutions de micro-finance pour leur permettre d'octroyer à leurs clients des prêts à un taux très bas, près du taux zéro — c'est le rêve du gouvernement — afin que les plus petits épargnants béninois puissent initier des activités génératrices de revenus ou démarrer leurs propres micro-entreprises. Le quatrième et dernier volet du programme MCA, lancé à Cotonou, la capitale économique béninoise, le mois dernier, est dénommé "Accès à la justice". Il est doté d'un fonds de 34 millions de dollars qui serviront à construire huit tribunaux de première instance, une Cour d'appel, un centre d'information juridique. Il prévoit notamment la mise en place d'un fonds d'aide et d'accès à la justice, pour permettre aux plus pauvres d'accéder aux services judiciaires à moindre frais. En concevant ce programme, explique Gouthon, les experts béninois se sont interrogés sur les principales entraves au développement de ce pays d'Afrique de l'ouest, et sur les produits qui sont capables de soutenir l'investissement. Avant l'adoption de ce programme par les Américains, le Bénin a dû démontrer qu'il pourrait augmenter les revenus d'environ 80 pour cent de sa population, confie Gouthon. "C'est en termes d'impact économique que nous avons travaillé. Nous avons dû justifier de la rentabilité du programme sur chaque point, sinon, les Américains ne nous auraient jamais donné les fonds". Il a été élaboré par quatre grandes composantes de la nation béninoise : le secteur privé, le gouvernement, les syndicats et la société civile. "Ce programme est conçu pour permettre à près d'un million de ménages béninois de sortir de la pauvreté", déclare Simon Pierre Adovèlandé, coordonnateur national du programme. Selon le rapport sur le développement humain de 2005 du Programme des Nations Unies pour le développement, plus de 33 pour cent des Béninois vivent encore en dessous du seuil de pauvreté avec moins d'un dollar par jour.
Pour sa part, le chargé d'affaires des Etats-Unis au Bénin, Richard Holtzapple, a qualifié ce programme "d'effort accru dans la réduction de la pauvreté au Bénin dans les cinq prochaines années". Le 'Millenium Challenge Account', a-t-il souligné, se fonde sur le fait que l'aide au développement réussit mieux dans les pays qui font des réformes efficaces dans le sens de la réduction de la pauvreté, notamment une gouvernance équitable, les garanties d'une liberté économique, et l'investissement dans le potentiel humain. Mariam Aladji Boni-Diallo, ministre des Affaires étrangères du Bénin, se déclare "convaincue que même avant les cinq années, la vie des Béninois à la base va changer car le gouvernement va œuvrer pour qu'à travers ce programme, les plus pauvres…aient accès au financement à un taux très réduit, pour ne pas dire à un taux zéro". La facilité promise de l'accès au crédit suscite un grand espoir chez Souriath Badarou, propriétaire d'une boutique de vente de divers produits de première nécessité à Cotonou. Avant d'ouvrir sa boutique, elle avait fait un prêt de 2,5 millions de francs CFA (environ 5.000 dollars) à un taux de 18 pour cent auprès d'une institution de micro-finance de la place, en 2001. "C'est ce prêt qui va me tuer, car les paiements sont trop rapprochés et le taux est trop élevé. Nous, les commerçantes, attendons du président du Bénin Yayi Boni qu'il vienne nous sauver. Si ce MCA peut nous venir en aide, nous allons enfin respirer", souligne-t-elle. La réussite de ce projet sera dans l'utilisation judicieuse des fonds, estime Reckia Madougou, présidente du Front des organisations de la société civile pour le MCA. "La société civile sera dans le dispositif de suivi pour que ce qui a été prévu soit réellement ce qui sera fait". Selon Gouthon, la première richesse du Bénin étant l'agriculture, les experts ont misé sur le programme pour faire décoller les produits porteurs de croissance, qui peuvent enrichir le pays. Ce sont notamment la noix de cajou et le karité qui sont cultivés dans tout le nord et une partie du centre; l'ananas, qui couvre tout le sud; et les crevettes qu'on trouve dans toute la zone lagunaire du sud du Bénin. Une fois les goulots d'étranglement levés par la mise en œuvre du programme, spécialement avec le règlement de la question foncière et la modernisation du port de Cotonou, toutes les autres cultures comme le manioc, l'igname, le palmier à huile, et même le coton, vont également se développer et s'exporter aisément, affirme-t-il. Selon lui, chacun de ces produits de base sera transformé dans des industries locales pour leur donner de la valeur ajoutée. Ainsi, les paysans, comme les autres opérateurs économiques et l'Etat, pourraient tous y gagner. L'enjeu, ajoute Gouthon, "c'est de sortir le Bénin de sa situation de pays de transit et de trafics de tous genres pour le transformer en un pays de production et de transformation afin que nous aussi ayons quelque chose à consommer et à vendre aux autres".

