BROOKLIN, Canada, 8 nov (IPS) – Le changement climatique dévastera l'Afrique sans une aide substantielle de la communauté mondiale, selon un nouveau rapport publié à l'ouverture d'une grande conférence de l'ONU sur le changement climatique à Nairobi, au Kenya, lundi.
"L'Afrique est le continent le moins responsable du changement climatique, mais il sera le plus durement touché", a déclaré Nick Nuttall, porte-parole du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE).
De nouvelles données scientifiques montrent que l'Afrique est plus vulnérable aux impacts qu'on ne le pensait précédemment, a indiqué Nuttall à IPS depuis Nairobi.
Soixante-dix millions de personnes et 30 pour cent de l'infrastructure côtière de l'Afrique sont menacés d'inondation côtière d'ici à 2080 en relation avec des niveaux croissants de la mer, a révélé le rapport. Plus d'un tiers des habitats qui soutiennent la faune et la flore africaine pourraient disparaître. Les rendements agricoles chuteront à cause des températures plus élevées et des sécheresses plus intenses.
D'ici à 2025, quelque 480 millions de personnes en Afrique pourraient vivre dans des régions où l'eau manque ou fait l'objet d'une forte pression. "Si le climat de l'Afrique devient davantage changeant, alors elles ont de sérieux problèmes", a indiqué Steve Sawyer de 'Greenpeace International'. Sawyer fait partie des 6.000 personnes prenant part à la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique, à Nairobi.
L'Afrique de l'est est en train de perdre la neige de ses montagnes comme le Mont Kenya et le Mont Kilimandjaro, ce qui signifie que les fleuves et les cours d'eau alimentés par ces montagnes sont en train de s'assécher. Les agriculteurs devront se réinstaller et ils ont besoin d'aide tout de suite, a affirmé Sawyer à IPS.
"Le changement climatique est en cours et la communauté internationale doit réagir en offrant une assistance bien ciblée à ces pays de la ligne du front qui risquent la destruction", a déclaré Achim Steiner, directeur exécutif du PNUE.
L'Afrique est également le continent le moins préparé et aura besoin d'une aide substantielle des nations développées pour faire face aux impacts du changement climatique, a souligné Nuttall.
"C'est la première grande conférence sur le changement climatique en Afrique. On s'intéresse beaucoup à la manière d'aider l'infrastructure africaine 'à l'épreuve du climat',", a-t-il indiqué.
L'Afrique est en train de se développer sur le plan économique, de construire des routes, des chemins de fer et des infrastructures portuaires, mais ces choses doivent être construites de façon à ce qu'elles ne disparaissent pas dans 30 ou 40 ans à cause des impacts du changement climatique, a-t-il souligné.
Ces impacts pourraient également dévaster l'économie mondiale, a rapporté le gouvernement britannique la semaine dernière. L'économie mondiale pourrait reculer de 20 pour cent dans la pire des hypothèses, mais Sir Nicholas Stern, un ancien économiste principal de la Banque mondiale, a constaté que des impacts économiques majeurs sont une certitude dans tous les cas. Et son rapport a révélé également que les régions en développement seront les plus durement touchées.
Des scientifiques estiment que les réductions globales de gaz à effet de serre (GES) de 80 pour cent sont nécessaires avant 2050 pour éviter des impacts pires et irréversibles. Dans le cadre du Protocole de Kyoto, 25 pays développés, à l'exception des Etats-Unis et l'Australie, ont promis de réduire leurs émissions de cinq pour cent en dessous des niveaux de 1990 d'ici à 2012. Toutefois, les émissions dans certains pays signataires du Kyoto comme l'Espagne et le Canada ont monté en flèche au lieu de baisser. Le Canada a déjà déclaré qu'il n'atteindra pas son objectif. Des délégués seront à Nairobi pendant les deux prochaines semaines pour ce qui est officiellement appelé la 12ème Conférence des parties (COP 12) à la Convention cadre de l'ONU sur le changement climatique et la deuxième Conférence des parties servant de Rencontre des parties au Protocole de Kyoto (COP/MOP2).
Ils espèrent continuer à avancer dans la mise en œuvre du Protocole de Kyoto, mais plus important encore, trouver de l'argent pour l'adaptation et l'examen de moyens futurs de réduire les émissions.
Le Protocole de Kyoto dispose d'un Fonds d'adaptation où les ressources sont déposées par des pays développés achetant des crédits de carbone dans le cadre du Mécanisme de développement non polluant du traité. Ce n'est pas beaucoup d'argent — 30 à 40 millions de dollars par an à partir de 2008 — il faudra déterminer qui reçoit l'argent et pour quoi faire, a déclaré Sawyer.
"L'adaptation va coûter plusieurs milliards de dollars", a-t-il ajouté.
Les Pays-Bas ont estimé qu'il leur faudra dépenser un à trois pour cent de leur PIB (produit intérieur brut) par an pour s'adapter aux nouvelles conditions conformément au changement climatique. Le Bangladesh, un autre pays à basse altitude, aura besoin d'une aide similaire pour conjurer les pires impacts, a expliqué Sawyer. Mais sans de fortes réductions dans les émissions de GES, ces coûts vont rapidement monter à des niveaux difficiles à gérer.
"Les obligations légales, morales et politiques des pays riches sont claires : ils doivent réduire considérablement leurs émissions et au même moment être prêts à fournir une assistance massive pour aider les pays les plus pauvres", a souligné Sawyer.
Toutefois, personne n'attend que les Etats-Unis, le pays qui émet le plus de GES au monde, fassent beaucoup avant l’arrivée d'une nouvelle administration à la Maison Blanche. Après cela, tout est possible, affirme Sawyer.
Avec les bons signaux venant d'un gouvernement fédéral engagé à prendre des mesures agressives, l'esprit d’entreprise et le dynamisme des firmes sociétés américaines pourraient accomplir de grandes choses comme elles l'ont fait par le passé, croit-il, ajoutant que la chance est en train de tourner et que le public américain veut des actes.
"Les générations futures ne nous pardonneront pas si nous prenons du retard", a déclaré Sawyer.

