ENVIRONNEMENT: L'Afrique vulnérable face aux changements climatiques

BRUXELLES, 7 nov (IPS) – Les conséquences du réchauffement climatique sont particulièrement désastreuses en Afrique, estime un nouveau rapport de l'ONU. Par manque de moyens en matière de surveillance climatique et météorologique, le continent ne peut agir.

Cette préoccupation doit être au centre des discussions de la 12ème Conférence internationale sur le climat qui se tient, du 6 au 17 novembre, à Nairobi, la capitale kényane, estime Achim Steiner, secrétaire général adjoint de l'ONU et directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE).

L'objectif du sommet est de renforcer les efforts engagés pour lutter contre le réchauffement de la planète, mais cette conférence devra également prendre en compte des stratégies d'aide adaptées aux besoins du continent africain, a-t-il indiqué peu avant l'ouverture du sommet.

Certaines estimations indiquent en effet que le niveau des mers augmentera de 15 à 95 pour cent d'ici à 2100. En Afrique, le nombre de personnes menacées par des inondations côtières sera de 70 millions en 2080, affirme le PNUE.

Selon ce nouveau rapport, rendu public par le secrétariat de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), 30 pour cent des infrastructures côtières d'Afrique, y compris les aménagements humains le long du Golfe de Guinée et des côtes sénégalaises, gambiennes et égyptiennes, risquent d'être submergées.

D'après ce document, le rendement des cultures céréalières baissera de cinq pour cent d'ici les années 2080. La vie des quelque 812 millions d'habitants du continent, dont la plupart dépendent essentiellement de l'activité agricole, se trouve ainsi menacée par de nouvelles catastrophes naturelles, qu'il s'agisse de sécheresse ou d'inondations.

“L'agriculture génère 20 à 30 pour cent du PNB de l'Afrique subsaharienne et représente 55 pour cent de l'ensemble des exportations du continent”, rappelle l'étude, basée sur des données obtenues auprès de plusieurs organismes, dont le PNUE et l'Organisation météorologique mondiale (OMM).

Pour Steiner, le continent africain a donc besoin de moyens appropriés en matière de surveillance climatique et météorologique, afin d'adapter sa réponse dans les domaines de l'agriculture ou de la santé.

“L'Afrique est le plus vaste bloc continental tropical et rassemble, sur 30 millions de kilomètres carrés, près d'un cinquième de la superficie terrestre globale. Et pourtant en Afrique, le système d'observation du climat est dans un état plus piteux que tout autre continent et il continue de se détériorer”, notait, de son côté, Michel Jarraud, secrétaire général de l'OMM, à l'occasion de la publication de ce rapport.

Jarraud estime que, dans l'ensemble, l'Afrique a besoin de 200 stations climatiques automatiques.

Un autre rapport, publié cette fois par l'Organisation de conservation de la nature (WWF), démontre que l'Afrique s'est réchauffée de 0,7°C au cours du siècle dernier. Si la tendance actuelle se poursuit, on peut s'attendre à une augmentation de température de 0,2°C à 0,5°C tous les dix ans, au cours du siècle à venir, estime le WWF.

“Puisque les pays les plus pauvres finissent par subir la pollution émise par les pays développés, il est juste que les pollueurs nous aident à construire nos défenses contre le changement climatique”, déclare Taye Teferi, directeur de la conservation au bureau du Programme régional d'Afrique orientale du WWF.

“Il est temps de passer à l'action sur le terrain”, note Yvo de Boer, secrétaire exécutif du secrétariat de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.

Il estime qu'il est nécessaire d'entreprendre des recherches supplémentaires afin de mieux comprendre le lien entre d'une part, l'adaptation des moyens du continent africain pour faire face aux bouleversements climatiques, et d'autre part, la lutte contre la pauvreté, en particulier dans le cadre des Objectif du millénaire pour le développement (OMD).

En tête de huit OMD, retenus en 2000 par les Etats membres de l’ONU dans leur Déclaration du millénaire, figure la lutte contre la pauvreté, l'objectif étant de réduire de moitié d'ici à 2015 le nombre d'individus vivant dans l'extrême pauvreté sur la planète, soit au total plus de 852 millions de personnes à l'heure actuelle.