POLITIQUE-RDC: Des responsables électoraux très durs avec les fabricants de rumeurs

KINSHASA, 3 nov (IPS) – Pendant que les bulletins de vote du scrutin historique de dimanche en République démocratique du Congo (RDC) sont en train d’être dépouillés, la rhétorique des candidats ainsi que de faux résultats de l'élection circulant par Internet et textes ont donné lieu à des avertissements venant des responsables de la commission électorale.

Les autorités craignent une répétition des violences du premier tour du scrutin, liées aux informations sur les résultats.

Le vote du week-end décidera qui du président sortant Joseph Kabila ou du vice-président Jean-Pierre Bemba deviendra le premier dirigeant démocratiquement élu dans ce pays ravagé par la guerre pendant plus de quatre décennies. Avant le scrutin, des diplomates occidentaux et l’ONU, qui a sa plus grande mission de maintien de paix déployée en RDC, ont à plusieurs reprises mis en garde contre la publication de résultats faux et non officiels qui pourraient inciter les partisans des deux candidats à la violence. Les résultats du premier tour de l'élection, publiés en août, ont déclenché trois jours de combats acharnés entre des troupes loyales à Kabila et Bemba dans les rues de la capitale congolaise, Kinshasa — faisant au moins 40 morts.

Cette violence a été la pire dans ce pays d'Afrique centrale depuis la fin des guerres civiles qui ont eu lieu entre 1996 et 2002, faisant des millions de morts. Des accords de paix ont mis fin à la plus récente guerre civile (1998-2002) en attribuant aux rebelles belligérants de hauts postes dans un gouvernement de transition, qui devrait être remplacé par une administration permanente après les élections.

Le président de la Commission électorale indépendante (CEI), Apollinaire Malu Malu, a exprimé sa préoccupation au sujet des "fausses déclarations prématurées sur…des résultats", affirmant que la diffusion de faux résultats pourrait "créer un climat de tension inutile et dangereux".

En fait, des rumeurs de truquage de vote étaient en train d'être répandues avant même que les citoyens n'aillent aux élections dimanche. Une semaine avant le second tour, un message électronique circulait avec des résultats présumés de l'élection, indiquant que le scrutin avait déjà été truqué en faveur de Kabila.

Les porte-parole de la CEI ont déclaré que le résultat officiel sera connu le 19 novembre. Le décompte des voix est un processus qui prend beaucoup de temps en RDC, puisque les bulletins doivent être acheminés de provinces rurales éloignées, dans des conditions difficiles, et ensuite triés et comptés. Des années de mauvaise gestion sous le chef de l'Etat Mobutu Sese Seko, resté longtemps au pouvoir, renversé en 1997, a laissé le pays avec peu de réseaux de transports ou de télécommunications. A ce jour, les médias congolais ont été relativement prudents sur la question des résultats du scrutin, contrastant nettement avec la situation qui a prévalu après le vote du 31 juillet, où des journaux, des stations de radios et des chaînes de télévision avaient annoncé leurs propres résultats. Des représentants de Kabila et de Bemba ont signé un accord interdisant l'usage de la violence pour régler les contestations électorales; mais des tensions entre les deux camps sont évidentes, avec des partisans de Bemba ayant déjà accusé Kabila d'un truquage de vote à grande échelle.

"Nous avons la preuve d'une fraude massive", a déclaré François Muamba, un haut responsable dans le parti de Bemba, qui a affirmé que le parti de Kabila avait utilisé de fausses cartes d'identité, payé des électeurs pour leur soutien et bourré des urnes. "Nous suivrons les procédures officielles et légales pour contester de telles irrégularités. Pour l'instant, nous suivons de près la situation et attendons". Un collaborateur de Kabila a rejeté ces allégations.

"Les urnes parleront, et nous devrions nous abstenir de telles déclarations et affirmations préventives", a souligné Chikaya bin Karubi. "Les hommes de Bemba s'engagent précisément dans le genre de discussion que nous devons éviter si notre pays veut avancer vers une démocratie". La violence après les élections du dimanche a conduit à une reprise du vote mercredi à Fataki, une ville de l'est, dans la région de l'Ituri, où un soldat a tué deux agents électoraux et provoqué une émeute qui a détruit 43 bureaux de vote et brûlé jusqu'à 25.000 bulletins de vote estampillés.

Le porte-parole de l'ONU, Leocadio Salmeron, a dit que le soldat semblait ivre, tandis que l'armée congolaise a annoncé qu'elle avait fait condamner le soldat à mort par un tribunal militaire. Les parties orientales de la RDC restent explosives, même si la fin de la guerre a été officiellement proclamée dans cette région.

Une autre reprise du vote due à la violence électorale a eu lieu à Bumba. Selon Radio Okapi, la radio de l'ONU, une personne a été tuée à Bumba et une autre à Lisala au cours de la violence électorale. Les affrontements étaient apparemment liés aux allégations de bourrages d'urnes en faveur de Kabila.

Les deux villes sont dans la province de l'Equateur, dans le nord, un fief de Bemba. Il avait été rapporté plus tôt que deux personnes avaient été tuées à Lisala, mais d'amples détails sur la violence dans l'Equateur n'ont été fournis que des jours après le scrutin.

Malgré ces incidents, des observateurs électoraux venus d'Afrique du Sud, qui a envoyé l'une des plus grandes missions d'observation en RDC, ont publié une déclaration mardi affirmant que le vote avait été "démocratique, paisible, crédible et transparent".

La mission a indiqué qu'elle "n'avait observé aucun incident majeur ou irrégularité dans le processus électoral", et que l'organe de régulation des médias, la Haute autorité des médias, avait plus réussi à freiner la rhétorique autour du vote de dimanche qu'elle ne l'avait fait durant le premier tour.

Egalement mardi, Javier Solana, le responsable des affaires étrangères de l'Union européenne (UE), a déclaré que les troupes européennes quitteraient Kinshasa le 30 novembre, comme prévu — malgré les avertissements des responsables onusiens et analystes soulignant que le retrait des soldats de la RDC trop vite, après le vote, pourrait compromettre la paix. L'UE a envoyé 2.000 hommes supplémentaires pour renforcer la sécurité pour l'élection, tandis que l'ONU a déployé plus de 17.000 soldats de maintien de la paix dans le pays.

Kabila a recueilli 45 pour cent de voix au premier tour, et Bemba 20 pour cent. Les règles électorales prévoient un second tour si aucun candidat n'obtient la majorité des voix au premier scrutin, mais Kabila reste le grand favori pour gagner l'élection.

Le président est populaire dans l'est d’expression swahili, qui a payé le plus lourd tribut au cours de la récente guerre civile, tandis que Bemba puise son soutien dans l'ouest d’expression lingala, dont il est originaire.

La majeure partie de l’activité électorale menée pour obtenir des suffrages durant le premier tour du scrutin était centrée sur des affirmations selon lesquelles Kabila, qui a passé une partie de sa jeunesse en exil en Tanzanie, n'était pas congolais.

Celui qui sera élu à la tête de la RDC héritera d'un pays possédant une richesse minière substantielle qui s'est révélée être plus un fléau qu'une bénédiction : la compétition pour contrôler les réserves d'or, de diamant, de coltan, de cuivre et d'autres ressources, a été au cœur des combats dans l'est du Congo au cours de ces dernières années.