NAIROBI, 27 jan (IPS) – Alors que les chances de retrouver encore des survivants dans l'immeuble qui s'est effondré au début de cette semaine à Nairobi s'amenuisent, le laxisme et la corruption sont cités comme causes de ce désastre.
"Ce n'est pas seulement un problème d'effondrement d'immeuble. C'est un problème beaucoup plus grave de manque de capacité à gérer l'énorme industrie de la construction", a déclaré Abonyo Erastus, vice-président de l'Association des architectes du Kenya (AAK), ajoutant que le Conseil municipal de Nairobi (NCC) avait très peu d'architectes dans son personnel pour faire respecter les normes de construction dans la capitale kenyane. "Si je soumettais un plan de construction au NCC pour approbation, c'est sûr que cela ne sera pas examiné par un architecte professionnel. Cela sera plutôt étudié par d'autres personnes qui peuvent ne pas avoir l'expertise pour déceler les imperfections dans le plan", a-t-il dit à IPS. "Ceci est dû au fait que le nombre des architectes est insuffisant, et que le conseil n'a donc pas la capacité de faire face au développement plus que jamais croissant dans la ville". Le béton utilisé pour l'immeuble effondré, encore en construction au moment où il s'est affaissé, n'avait apparemment pas séché correctement. Il est confirmé la mort de quatorze personnes dans l'incident, alors que plus d'une centaine seraient blessées. On ne sait toujours pas encore combien de gens étaient dans le bâtiment au moment de l'effondrement.
Les efforts pour retrouver des survivants ont été appuyés par des experts en sauvetage venus d'Israël, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis.
L'équipe israélienne est repartie jeudi lorsque les opérations sont passées de l'étape de secours à la récupération des corps, et au déblayage des décombres. La législation kenyane impose à toute personne ou compagnie désireuse de monter un édifice de faire élaborer un plan par un architecte ou un ingénieur. Le plan est soumis au conseil municipal pour approbation et ensuite présenté à la Commission de planification de la ville pour un examen supplémentaire. Au cas où la construction recevrait le feu vert, elle doit être inspectée par le conseil municipal à diverses étapes. Ces procédures d'inspection ne semblent pas avoir été suivies par le propriétaire de l'immeuble qui s'est effondré — un homme que la police recherche toujours. "Il était supposé avoir fait cela, mais il se peut qu'il n'ait pas invité (le conseil) pour l'inspection… Cependant, la loi est très claire sur les stades auxquels un bâtiment doit être inspecté", a dit à IPS, Peter Kibinda, directeur adjoint de la planification municipale au NCC.
Sept responsables du conseil municipal de Nairobi accusés de n'avoir pas supervisé la construction du bâtiment ont été suspendus de leurs postes.
Ceci intervient au milieu d'allégations de corruption généralisée au sein des responsables municipaux, qui accepteraient souvent des pots-de-vin contre des autorisations de construire — et fermeraient les yeux sur une construction non conforme aux normes. "En tant que responsable du ministère du Gouvernement local en charge du contrôle des constructions, j'assume la responsabilité de l'effondrement de l'immeuble. Manifestement, il y a eu une défaillance dans notre expertise et notre supervision. C'est quelque que nous allons examiner de façon très critique", a déclaré, mercredi, aux journalistes, le ministre du Gouvernement local.
Shabaan Isaac, vice-ministre du Gouvernement local, a également annoncé qu'une commission sera créée pour enquêter sur le désastre. Toutefois, des questions sont déjà posées sur l'efficacité réelle de la commission, étant donné que les recommandations faites par une précédente équipe qui a enquêté sur l'effondrement d'un édifice en 1996 attendent toujours d'être mises en œuvre. L'incident de 1996 s'est produit lorsque le mur d'un édifice s'est écroulé à Nairobi, tuant plus de 10 personnes. L'équipe enquêtant sur le désastre a conseillé, entre autres, qu'une Autorité de développement des constructions (BDA) soit mise en place pour réguler l'industrie de la construction. Cet organisme inclurait des professionnels du bâtiment et des représentants du gouvernement. Mais jusqu'ici, aucune autorité du genre n'a été créée.
"En décembre dernier, nous avons rencontré le secrétaire permanent du ministère des Travaux publics et nous lui avons rappelé l'urgence de la BDA. Jusqu'à présent, nous n'avons reçu aucune réponse", a souligné Erastus. "Tant que nous ne développerons pas des structures adéquates pour réguler l'industrie du bâtiment, beaucoup d'autres immeubles vont continuer par s'effondrer". Aussi important qu'il est d'améliorer les contrôles sur les futurs immeubles, les autorités doivent également apaiser les craintes qu'un grand nombre de ceux qui ont déjà été construits ne soient des désastres en attente, indique l'AAK. Alors que l'association n'a pas d'information précise sur le nombre de bâtiments dangereux dans le pays, elle croit que la plupart des immeubles des zones résidentielles à moyens et faibles revenus sont suspects. En 2003, un édifice résidentiel dans une banlieue densément peuplée à Nairobi s'est écroulé, blessant deux personnes. Pour le moment, les Kenyans ne peuvent pas faire grand-chose, si ce n'est parcourir ce qui reste de l'immeuble qui s'est effondré lundi — peut-être en se disant que les pertes en vies humaines auraient pu être beaucoup plus importantes. Au moment où le bâtiment s'est effondré, il était déjà couvert d'affiches invitant des locataires potentiels à venir y louer des espaces.

