DEVELOPPEMENT-COTE D'IVOIRE: Cultiver le riz pour l'autosuffisance alimentaire

BOUAKE, 29 jan (IPS) – La riziculture pratiquée par une partie de la population ivoirienne, est vulgarisée pour pallier la famine et faire face à une réduction considérable du riz importé en cette période de crise que traverse la Côte d'Ivoire coupée en deux depuis trois ans.

Un magasin coiffé de tôles rouillées, bondé à l'intérieur de sacs de riz, et situé au marché Koko de la ville de Korhogo, dans le nord de la Côte d'Ivoire, est le fruit des riziculteurs du nord qui ont été motivés par la coopération technique allemande appelée GTZ. Le riz est une céréale appréciée par les Ivoiriens, qui est produit un peu partout dans le pays : le nord, le centre, l'ouest montagneux, l'est et le sud. Pour Tamigué Soro, gérant de la coopérative des riziculteurs du nord, l'appui de la coopération allemande — pendant cette période cruciale où se nourrir était devenu un casse-tête chinois — est considérable. "Cette aide a permis de nourrir également les fonctionnaires dont les services ont été paralysés par le déclenchement de la guerre". Après une tentative de coup d'Etat infructueuse, le 19 septembre 2002, un groupe de militaires s'était insurgé contre l'exclusion présumée des populations du nord du pays. Et depuis plus de trois ans, plusieurs tentatives de médiation n'ont pas encore abouti à ramener la paix en Côte d'Ivoire et à réunifier le pays. La production du riz est pratiquée par huit pour cent de la population ivoirienne, sur une superficie moyenne d'environ de 0,8 hectare de riz irrigué, selon l'Association pour le développement de le riziculture en Afrique de l'ouest.

Le riz de montagne, dans l'ouest de la Côte d'Ivoire, est généralement cultivé pendant une seule saison ou dans une association avec d'autres récoltes vivrières. Dans des secteurs spéciaux du projet de riz-coton et riz-soja, la production de riz de montagne comporte une préparation mécanique des terres, suivie de l'ensemencement et de l'application d'engrais, a expliqué à IPS, Tuo Sériba, directeur adjoint d'un cabinet de formation lié à la coopération allemande.

Le sarclage est fait manuellement, et les fermiers n'ont pas les outils et l'équipement appropriés pour la moisson et le battage du riz. La durée de croissance des différentes variétés de riz en Côte d'Ivoire varie entre 105 et 130 jours, a indiqué, à IPS, Assoumane Konaté, chercheur retraité du Centre national de recherche agronomique, spécialiste de la production du riz. Selon Konaté, la Côte d'Ivoire compte 28 variétés de riz cultivées dans les différentes régions où se pratique la riziculture : l'ouest montagneux couvre 51,4 pour cent de la production nationale, le nord 20,5 pour cent, le centre 15,3 pour cent, le sud 9,5 pour cent, et l'est 3,2 pour cent.

Il existe, toutefois, plusieurs contraintes à une production soutenable du riz en Côte d'Ivoire, qui vont de la sécheresse en zones de savane à l'érosion du sol dans les régions de montagne, en plus des mauvaises herbes. On déplore également l'approvisionnement insuffisant ainsi que l'irrégularité des semences et d'autres facteurs de production. Une absence de politiques bien définies de la production du riz et un manque d'organisation des riziculteurs constituent d'autres faiblesses, souligne Ange Traoré, un cotonculteur qui a produit plus de riz traditionnel que le coton cette année dans la zone de Katiola, au centre.

Traoré déclare qu'il veut se reconvertir en riziculteur à cause de la baisse continue des prix du coton sur le marché international, encouragée par les subventions accordées aux cotonculteurs des pays occidentaux, notamment aux Etats-Unis. Les subventions européennes à l'exportation représentent seulement 3,5 pour cent du soutien total que l'Union européenne accorde à son agriculture, alors que les Etats-Unis représentent le plus important fournisseur de subventions à leurs cotonculteurs, avec plus 18 milliards de dollars entre août 1999 et juillet 2005, selon Oxfam, une organisation non gouvernementale (ONG) basée en Grande-Bretagne.

Les agriculteurs aux Etats-Unis ont produit presque 23,4 milliards de dollars de coton pendant cette même période, ce qui portait les subventions à 86 pour cent de la valeur totale. Le dernier sommet de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), en décembre à Hong-Kong, a abouti à un accord comprenant un engagement timide qui garantit le droit des pays en développement à protéger leurs produits vitaux pour leurs producteurs, une promesse d'éliminer, d'ici à 2013, les subventions à l'exportation et des paiements équivalents. Les principaux producteurs de coton ouest-africains touchés par les subventions — le Bénin, le Burkina Faso, le Mali et le Tchad — avaient demandé une réduction de 80 pour cent d'ici à la fin de 2006, de 10 pour cent à la fin de 2007, et une suppression totale dès le 1er janvier 2009.

Sur le coton, les Etats-Unis proposent d'éliminer toutes les formes de subventions à l'exportation, mais une décision de justice de l'OMC a déjà exigé cette mesure dont les paiements ne représentent que 10 pour cent du montant total concerné.

La production soutenable de riz dépend pour beaucoup d'une politique appropriée susceptible de fournir aux fermiers un appui, de l'approvisionnement en semences et en facteurs de production, et de la réalisation d'ouvrages agricoles pour l'irrigation. Kélémory Silué, un producteur du village Nahoualakaha, dans le département de Korhogo, lance un appel pour l'ouverture de barrages ou retenues d'eau sur des bas-fonds inondés exploitables sur tout le territoire ivoirien afin que les populations puissent s'orienter davantage vers la riziculture irriguée qui les nourrit mieux grâce à ces deux cycles de récoltes, avec la possibilité d'assurer une autosuffisance alimentaire.

De son côté, Donissongui Koné, un cotonculteur devenu riziculteur dans la zone de Bouaké (centre du pays), a déclaré à IPS : "Grâce à la culture du riz, non seulement la nourriture quotidienne est assurée, mais j'ai encore la possibilité d'en vendre pour régler d'autres besoins comme la santé des enfants, et je n'achète plus du riz importé". Il dit qu'il souhaite une organisation de ce secteur par les pouvoirs publics pour mieux aider les populations à s'intéresser à la production du riz.

Outre les activités d'entretien du réseau dont 25 prises d'eau ont été réhabilitées pour la production du riz irrigué au centre et au nord, la coopération technique allemande a également appuyé la construction de magasins de stockage et des aires de battage du riz.

Le développement de la riziculture a constitué un souffle de soulagement pour les populations du nord, du centre et de l'ouest de la Côte d'Ivoire, qui sont des régions occupées par les rebelles pendant la période de guerre. Plus de 3.000 hectares de terres ont été aménagées ou réhabilitées ces trois dernières années par la coopération technique allemande dans des bas-fonds ou à côté des retenues d'eau ou barrages dans les trois départements de la région des savanes (Korhogo, Ferkessedougou et Boundiali) qui sont des zones très pauvres du nord.

Ces aménagements de terres cultivables ont permis de produire deux fois l'année 27.000 tonnes de riz irrigué dans le nord, selon le bureau de formation en conseil de développement. Pour le chercheur Konaté, la riziculture est devenue plus sociale qu'une culture de rente. Mais, elle reste encore une activité de moindre intensité en Côte d'Ivoire par rapport aux autres cultures de rente comme le cacao, le café, le coton, l'ananas, sur lesquelles repose l'économie de ce pays d'Afrique de l'ouest.