CHALLENGES 2005-2006: Le Swaziland aborde sa dixième année consécutive decroissance négative

MBABANE, 30 déc (IPS) – Comment un petit pays pauvre peut-il être compétitif sur un marché mondial où seule la taille compte? L'exemple type est le minuscule Etat d'Afrique australe qu'est le Swaziland, niché entre les géants géographiques que sont l'Afrique du Sud et le Mozambique.

Ces pays voisins ont également des économies prospères, tandis que le Swaziland est embourbé dans sa dixième année de croissance économique négative. De nouvelles idées doivent entrer en jeu si le petit royaume veut survivre en tant qu'Etat viable. "Sur le plan économique, l'année 2005 a été jugée décevante ou carrément désastreuse, selon différents points de vue. Personne n'avait une appréciation positive. Nous avons appris que les choses ne pouvaient plus continuer comme d'habitude, parce qu'il n'y a pas cette chose qui reste figée dans un monde en mutation", a déclaré Richard Dube, propriétaire d'une société de transport en commun. Les deux piliers qui soutenaient l'économie du pays, les textiles dans le secteur industriel et le sucre dans le secteur agricole, ont connu d'énormes pertes en 2005, entraînant des licenciements massifs qui ont supprimé les emplois créés ces cinq dernières années. Même des entreprises "à l'épreuve de la récession" comme la société de bus de Dube ont pris un coup lorsque, les coûts de transport ayant augmenté en réaction à la forte hausse des prix du pétrole, le nombre de passagers a diminué. Aussi, avec près de la moitié des sociétés de fabrique de vêtements fermées depuis 2004 et des milliers de travailleurs licenciés, dans la zone de production du sucre, moins d'employés signifie moins de patrons. "Les difficultés dans les principaux secteurs de l'économie affectent les petites entreprises, comme les fournisseurs de biens et services, et répandent la misère. Il est impérieux de redéfinir de nouvelles priorités pour relancer à nouveau l'économie", a déclaré un économiste travaillant à la Banque centrale du Swaziland. Un rapport de la banque indique que des estimations officielles réévaluent le PIB (Produit intérieur brut) à 2,1 pour cent. Etant donné le taux de croissance de la population de 2,9 pour cent, l'insignifiante croissance économique implique une baisse du niveau de vie comme l'indique le revenu par tête d'habitant. La tendance à la baisse de la performance économique – la croissance du PIB de l'année dernière était de 2,9 pour cent – a été attribuée à un faible taux de croissance de l'investissement direct étranger, une mauvaise performance du secteur industriel et une production agricole en baisse. Dans un pays où 70 pour cent de la population vit grâce à l'agriculture, la contribution de l'industrie à l'économie nationale est tombée à 8,6 pour cent, alors qu'elle était de 8,7 pour cent l'année dernière. Les mines, la production industrielle et la construction ont également contribué un peu moins au PIB. Les exportations swazies étaient, en général, moins attrayantes, en particulier les vêtements produits par des usines possédées pas des Asiatiques, qui ont commencé par fonctionner à la fin des années 1990, pour tirer profit des avantageux traités commerciaux du Swaziland avec les Etats-Unis et l'Europe. Le solide rand sud-africain, auquel est rattachée la monnaie swazie, le lilangeni, a rendu les exportations swazies moins compétitives qu'elles l'étaient autrefois. L'introduction des vêtements chinois bon marché a provoqué la fermeture de certaines grandes fabriques de vêtements. Le rand fort a également rendu le sucre swazi moins compétitif, à un moment où l'Union européenne a dit qu'elle payerait 36 pour cent en moins le sucre qu'elle était obligée d'acheter au Swaziland à travers un traité destiné à relancer l'économie de la petite nation. La mauvaise performance de l'agriculture, a rapporté la Banque centrale, "a aggravé le problème de fort taux de chômage, d'inégalité des revenus et de pauvreté". Le gouvernement avait espéré que les sociétés de textile allaient ouvrir la voie à une nouvelle ère de création d'emplois. Mais la banque centrale a constaté l'inverse sur le plan de l'emploi où des dizaines de milliers de Swazis avaient trouvé des jobs dans les usines de vêtements aussi récemment qu'en 2002. "Une autre cause de la baisse des opportunités d'emplois, c'est la perte de compétitivité des produits swazis sur les marchés internationaux, qui a entraîné la fermeture d'un certain nombre d'usines textiles. Les opportunités d'emplois étaient par ailleurs minées par l'investissement limité dans d'autres industries à haute intensité de main d'œuvre. En outre, les sociétés existantes continuaient de licencier des ouvriers et de sous-traiter des activités non essentielles", a rapporté la banque. Alors, les économistes et les planificateurs du gouvernement se demandent à la fin de l'année, que faut-il faire? Une initiative qui a fait naître de l'optimisme cette année a été 'le Sommet de l'emploi', convoqué par le roi Mswati en juillet. Pour recueillir de nouvelles idées, des centaines de représentants des plus grandes compagnies de la nation se sont rencontrés à la Foire commerciale internationale à Manzini, la capitale économique du Swaziland, située à 35 kilomètres à l'est de Mbabane. Il en a résulté un consensus selon lequel les petites et moyennes entreprises devraient être "renforcées" par un accès aux capitaux. Au cas où cela réussirait, ces petits hommes et femmes d'affaires swazis deviendraient des titans de l'industrie, et diverses sociétés ont promis leur assistance financière. C'est seulement après que l'atmosphère bon enfant qui a prévalu au cours de la conférence s'est dissipée qu'on a découvert qu'en réalité, ces institutions financières n'accorderaient des crédits qu'à des entreprises qualifiées, comme ils l'avaient toujours fait, et qu'aucune nouvelle ressource n'était disponible. Pendant des années, le gouvernement a cherché à amener les agriculteurs, petits propriétaires terriens, à se départir de l'agriculture strictement de subsistance pour la production de cultures de rente destinées à l'exportation. Jusqu'à la chute des fortunes bâties sur le sucre, les petits exploitants agricoles étaient encouragés à former des coopératives pour cultiver la canne à sucre. "Nous avons appris que la dépendance excessive d'une seule culture peut être désastreuse. Nous avons dit aux agriculteurs de ne pas produire une seule culture – le maïs, qui est l'aliment de base des Swazis – simplement pour les amener à dépendre d'une autre culture, le sucre. Maintenant nous encourageons la flexibilité, et plus de sensibilité aux demandes du marché.

L'année 2006 verra la production de plus de fruits, de légumes et du coton dans les régions sujettes à la sécheresse", a déclaré Sandile Kunene, un ingénieur agronome dans la région australe de Shiselweni. Le même besoin de diversification guide maintenant la croissance industrielle, tout en maintenant l'investissement direct étranger déjà dans le pays. "Nous devons attirer de nouvelles entreprises, tout en gardant celles qui sont déjà ici", a déclaré Bhekie Dlamini, président directeur général de la Swaziland Investment Promotion Authority (Autorité pour la promotion de l'investissement au Swaziland – SIPA). Une meilleure infrastructure routière, une fourniture électrique plus fiable, et la lutte contre le SIDA, qui est en train de décimer la main d'oeuvre, sont citées comme des nécessités pour attirer les investisseurs. "C'est un monde très compétitif, et le dilemme pour toutes les petites nations est de se faire une place, de créer quelque chose d'unique, parce qu'elles n'ont pas la taille et beaucoup de ressources en leur faveur", a déclaré l'économiste de la banque centrale. Pour le Swaziland, cela signifie qu'il faut tourner à son avantage son unique identité de royaume traditionnel africain. Du tourisme (des visiteurs étrangers sont actuellement attirés par un marketing les amenant vers "l'Expérience royale"), jusqu'à la trouvaille de nouvelles utilisations pour des produits indigènes – une ligne de produits cosmétiques lancée par la Reine mère et qui sera vendue dans le monde entier – est créée à base d'un fruit local, le 'marula'.