JOHANNESBURG, 29 déc (IPS) – Les institutions de micro crédit d'Afrique du Sud sont confrontées à la compétition des usuriers qui abusent des personnes vulnérables, en particulier dans les townships où vit une majorité de pauvres, affirment des experts de la micro finance.
"Il y a toujours des usuriers dans les townships. Ils font des prêts à des taux ridicules comme 100 pour cent d'intérêt par semaine. Mais beaucoup d'initiatives sont prises pour y remédier" affirme Hennie Ferriera, président directeur général de Micro Finance South Africa, basée à Pretoria. Les prêteurs sur gages profitent de la pauvreté et de l'analphabétisme des gens. Quarante pour cent de la population d'Afrique du Sud sont pauvres.
Les gens contractent des prêts pour tout, même une boisson dans un shabeen (un bar non autorisé) dans les townships, selon Ferriera. "Vous allez boire dans un shabeen – vous êtes à court d'argent et vous demandez un prêt. Ils vous l'accordent à un taux d'intérêt de 100 pour cent la semaine. Si vous demandez 100 Rands (15 dollars), vous remboursez 200 R (30 dollars)", explique-t-il. Les institutions de micro finance d'Afrique du Sud sont accusées de ne prêter l'argent qu'aux ouvriers et aux petits entrepreneurs. Mike Gumede, un colporteur dans la capitale économique sud-africaine, Johannesburg, qui n'a pas pu obtenir un prêt, affirme : "Elles doivent s'ouvrir aux pauvres. Ceux qui démontrent la capacité de rembourser un crédit ont toujours plus de chance d'obtenir un prêt". Des opinions comme celles de Gumede sont courantes en Afrique du Sud. Par exemple, un domestique qui gagne un salaire minimum de 125 dollars par mois aura du mal à obtenir un prêt. Selon FinScope 2005, une enquête nationale des ménages sur les services financiers, les besoins et les habitudes, seulement six (6) pour cent des Sud-africains empruntent de l'argent pour démarrer une entreprise. Un énorme lot de 13 pour cent font des prêts pour acheter de la nourriture. Dans le cadre de leur stratégie pour inculquer de la discipline financière aux pauvres, les institutions d'Afrique du Sud ont introduit en 2005 un nouveau compte bancaire dénommé Mzansi pour les personnes à revenus faibles et celles qui n'ont pas de services bancaires à proximité. Mzansi, une expression familière sud-africaine pour dire "sud", cherche à encourager l'épargne et à amener les 16,5 millions d'individus n'ayant pas de compte en banque – presque la moitié de la population adulte du pays – dans le système bancaire officiel. Depuis lors, le nombre de détenteurs de compte bancaire a augmenté de 4 pour cent, soit 500.000 nouveaux comptes, selon FinScope. L'augmentation du nombre de comptes bancaires est attribuée à Mzansi. Mais les économistes préviennent que le Mzansi doit être amélioré pour le rendre plus viable et durable. "Je m'attends à ce que cela se développe et décline ensuite à moins que les banques n'améliorent la fonctionnalité de leurs services", a dit à IPS, lors d'un entretien téléphonique, Gerhard Coetzee, directeur du Centre de micro finance de l'Université de Pretoria. "Mais je vois un marché prospère dans l'avenir", ajoute-t-il. L'un des principaux défis auxquels est confronté le secteur est l'éducation des consommateurs. "Le défi consiste à mettre beaucoup d'effort dans l'éducation des consommateurs", affirme Coetzee. "Si les gens savent quels sont leurs droits, ils seront protégés. S'ils ne les connaissent pas, ils seront exploités". Mise à part l'éducation des consommateurs, le secteur est également confronté à l'image négative des petits prêteurs. Dans son enquête, FinScope dit avoir noté que 30 pour cent des Sud-africains ne comprennent pas comment fonctionnent les petits prêteurs.
Dix sept pour cent se plaignent d'avoir trop de crédits et des taux d'intérêt trop élevés. Et 54 pour cent disent qu'ils n'ont jamais entendu parler du Mzansi. "L'éducation des consommateurs est une question d'intérêt national. Elle doit être menée comme la campagne pour la vie contre le SIDA", affirme l'économiste Ferriera. "C'est un problème sérieux". Le Fonds international pour le développement agricole (FIDA), basé à Rome, est également favorable à l'octroi de prêts aux pauvres. A ce jour, le fonds a décaissé 8.799 milliards de dollars pour financer 695 projets et programmes dans le monde entier. En 2004, 82 des 192 projets du FIDA étaient en Afrique, sans compter les pays d'Afrique du Nord. En novembre, le FIDA a organisé un atelier sur la micro finance pour des journalistes de l'Afrique orientale et australe à Johannesburg. Dans son exposé, Farhana Haque Rahman du FIDA a déclaré : "Un prêt, aussi petit que 50 dollars, peut donner aux pauvres une chance de créer leur propre mini entreprise, et probablement plus d'emplois. Cela peut également aider à garantir à une famille la nourriture, acheter des médicaments et payer l'éducation des enfants". En Afrique du Sud, la taille du secteur de la micro finance est estimée à environ 3,6 milliards de dollars, qui profite à environ 8 millions de personnes ou plus, selon Ferriera. "La croissance est possible", ajoute-t-il. "L'Inde, le Bangladesh et l'Ouganda ont réussi à faire des prêts aux pauvres. Ceci peut également se faire en Afrique du Sud". Il en appelle à une réforme du secteur. "Il n'y a pas assez de motivation de la part du gouvernement pour soutenir un partenaire qui voudrait investir dans le secteur", explique-t-il. Une nouvelle loi votée par le parlement ce mois-ci entrera en vigueur en 2006. Elle contrôlera et ramènera un peu d'ordre dans le secteur.

