BRUXELLES, 22 déc (IPS) – Des députés européens sont en train de demander des "sanctions ciblées" contre le gouvernement éthiopien sauf si la situation actuelle des droits de l'Homme dans le pays s'améliore de façon significative.
Des membres du parlement européen conseillent vivement à la Commission européenne, la branche exécutive de l'Union européenne (UE), et au Conseil européen, composé des chefs de gouvernement et d'Etat de l'Europe, de réfléchir à la prise de sanctions ciblées contre des membres du gouvernement éthiopien suite à la récente violence politique qui a paralysé le pays.
Dans une résolution remarquable – en 15 points – votée à l'unanimité à Bruxelles la semaine dernière (16 décembre), les législateurs de l'UE ont demandé "la création immédiate d'une commission d'enquête internationale indépendante, sous la responsabilité de l'ONU, pour enquêter sur les abus des droits de l'Homme et pour identifier et traduire en justice ceux qui en sont responsables".
La résolution est la troisième votée par le parlement européen depuis juillet dernier. Les eurodéputés ont exprimé leurs préoccupations à propos de la situation en Ethiopie et des violations des droits de l'Homme à l'encontre de ceux qui ont survécu aux massacres perpétrés par les forces de sécurité du régime en juin et début-novembre.
Le parlement a indiqué qu'il était "troublé par de récentes informations sur les importants abus des droits de l'Homme suite à une répression massive et sans précédent, au cours de laquelle des leaders politiques, des défenseurs des droits de l'Homme, des journalistes indépendants, des travailleurs d'ONG et des jeunes ont été arrêtés à Addis Abeba et dans différentes parties du pays".
Quelque 131 leaders de l'opposition, journalistes et travailleurs humanitaires détenus ont été accusés de crimes allant de la trahison au génocide. Aux termes de la loi éthiopienne, certains des délits sont passibles de la peine de mort. Les charges ont rapport aux manifestations du mois dernier à propos d'une fraude présumée dans les élections de mai qui ont vu le 'Ethiopian Peoples Revolutionary Democratic Front' de Meles Zenawi prendre le contrôle des deux tiers du parlement du pays. Depuis les premières élections libres du pays, il y a eu deux grandes émeutes, qui ont fait plus de 80 morts.
Jusqu'à 130 personnes, principalement du parti d'opposition du pays, la 'Coalition for Unity and Democracy', ainsi que des journalistes et des travailleurs humanitaires sont toujours en détention après les derniers incidents en novembre. Malgré la condamnation internationale de la démarche du gouvernement éthiopien pour inculper plusieurs des prisonniers de trahison, les autorités ont déclaré que les poursuites continueraient et qu'ils comparaîtraient devant un tribunal le 21 décembre.
La résolution indiquait que les eurodéputés étaient également troublés par "des allégations de trahison non prouvées contre des députés, des journalistes, des fonctionnaires, des avocats, des travailleurs humanitaires et des membres d'ONG". Elle a exprimé une inquiétude à propos de la détention massive de jeunes gens à Dedessa dans des conditions dégradantes et de l'incapacité du gouvernement à dévoiler le nombre total de détenus et leur lieu de détention.
Elle a exhorté le gouvernement éthiopien à "libérer immédiatement et sans conditions tous les prisonniers politiques et les journalistes et à s'acquitter de ses obligations par rapport au respect des droits de l'Homme, des principes démocratiques et de l'Etat de droit".
Les députés ont demandé qu'on autorise les prisonniers à avoir accès à leurs familles, aux conseils d'un avocat et à tout soin médical que la situation de leur santé peut nécessiter.
Le parlement européen a également demandé à l'UE d'acheminer l'aide humanitaire pour la population de l'Ethiopie, principalement à travers des organisations non gouvernementales (ONG) et des agences de l'ONU afin de fournir une assistance directe à la population.
La députée socialiste Ana Gomes, la chef de la mission européenne d'observation des élections en Ethiopie, estime que les dirigeants européens ont négligé la population éthiopienne.
"Bien qu'ils aient été élus par le people éthiopien, ils sont maintenant en prison, en grève de la faim, et encourent une probable peine de mort, et sont pourtant négligés par des dirigeants européens. Ceci en dépit du fait qu'en début-septembre, j'ai averti les gouvernements européens et la Commission européenne, le gouvernement américain et le secrétaire général de l'ONU que le régime pourrait être en train de préparer une répression sélective des leaders de l'opposition éthiopienne", a-t-elle déclaré à IPS lundi (19 décembre).
"Comment des dirigeants européens peuvent-ils manquer d'agir après des appels répétés de ce parlement lorsque la vie de prisonniers éthiopiens est en danger? Comment des gouvernements européens peuvent-ils décevoir si lamentablement ceux qui faisaient confiance à l'UE? Ceux qui ont combattu et luttent pour la démocratie en Ethiopie?", a-t-elle demandé.
Gomes craint également qu'une telle incapacité à imposer des conditions plus strictes à l'Ethiopie n'alimente des tensions croissantes dans la région. "Comment le secrétaire général de l'ONU et le Conseil de sécurité peuvent-ils continuer à fermer l'œil sur des violations massives des droits humains en Ethiopie, négligeant la manière dont ceci pourrait contribuer à provoquer une autre guerre dévastatrice avec l'Erythrée voisine?", a-t-elle affirmé.
La semaine dernière, des ministres des Affaires étrangères de l'EU ont convenu d'envoyer une mission diplomatique urgente de l'union en Ethiopie et en Erythrée pour faire baisser les tensions aux frontières et éviter une nouvelle guerre entre ces deux nations d'Afrique de l'est. Des inquiétudes augmentent dans le monde entier ces dernières semaines faisant état d'une probable reprise d'un conflit armé entre les deux nations africaines, qui ont mené une guerre entre 1998 et 2000 pour un territoire, qui a fait des dizaines de milliers de morts. Leurs revendications territoriales concurrentes n'ont jamais trouvé de solution et au cours de ces derniers mois, les deux pays ont massé des troupes non loin de la frontière, et l'Erythrée a limité le travail des soldats de la paix de l'ONU.

