ABUJA, 24 déc (IPS) – Mariam Abdalla Omar s'est faite une réputation à la fois de combattante et d'artisan de la paix dans la région agitée de l'ouest du Soudan, le Darfour.
La brave femme de 55 ans marche en boitant sensiblement. Le handicap n'est pas congénital, il a été causé par une balle qui a lui a transpercé la jambe droite alors qu'elle combattait des milices arabes soutenues par le gouvernement. Les milices, dénommées janjaweed, ou cavaliers, ont attaqué des villages où vivent des Africains de peau noire comme Omar. Des groupes de défense de droits de l'Homme ont accusé les milices de brûler des huttes, détruire des cultures, violer des femmes, voler du bétail et massacrer ceux dont la couleur de la peau ne ressemble pas à la leur. "J'ai rejoint le mouvement rebelle et j'ai appris à tirer. J'ai pris les armes et tiré sur l'ennemi en me cachant dans la brousse touffue. Ce n'était pas facile. J'ai également reçu des balles à l'occasion", a déclaré Omar à IPS, en montrant sa jambe qui porte de profondes blessures de balles. Comme la plupart des combattants du Darfour, Omar a une raison valable qui l'a amenée à rejoindre la rébellion. "La colère m'a poussée à devenir un soldat rebelle. L'armée a tailladé au couteau tout le corps de mon mari avant de le tuer. Je suis devenue veuve et je devais m'occuper de nos cinq enfants et de huit autres enfants dont les parents – tous des proches à moi – ont été massacrés par l'armée", a-t-elle déclaré, alors que des larmes coulaient sur ses joues. Omar, qui a été arrêtée plusieurs fois par des agents de sécurité, s'est retrouvée hors de prison. "Je n'allais pas abandonner si rapidement. Je ne pouvais pas laisser la pensée de la mort de mon mari disparaître si facilement. J'ai donc continué la lutte et plus je combattais, plus je risquais d'être arrêtée", a-t-elle dit, entonnant un chant de guerre. Commandant du Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A), l'un des deux mouvements rebelles combattant l'armée et son allié, le janjaweed, au Darfour, Omar ne parle plus de guerre. Elle fait campagne pour la paix.
"Nous sommes ici pour la paix et nous voulons une paix véritable. Nous avons fait tout ce chemin pour chercher la paix. La paix vaut mieux que la guerre", a-t-elle dit à IPS à Abuja, au Nigeria, la semaine dernière. Le conflit du Darfour a commencé en 2003 lorsque le SLM/A et le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) ont pris les armes pour lutter contre leur marginalisation par le gouvernement. La guerre a déplacé environ deux millions de personnes à l'intérieur du Darfour et plus de 200.000 autres ont fui vers le Tchad voisin, selon les Nations Unies. Aucun chiffre clair n'existe sur le nombre de décès dus à la guerre, mais selon des statistiques informelles, environ 300.000 personnes sont mortes depuis 2003. Omar est l'une des quatre femmes choisies par le SLM/A pour faire partie de son équipe aux pourparlers qui ont démarré le 21 novembre. Maintenant à leur septième round, les discussions se déroulent à Abuja depuis l'année dernière. Les négociations, entre le gouvernement du Soudan et les deux groupes rebelles, sont facilitées par l'Union africaine (UA). La participation des femmes aux pourparlers de paix est historique. Ce n'était pas le cas lors des précédents rounds de discussions. Leur implication fait suite à un appel de Salim Ahmed Salim, l'envoyé spécial de l'UA pour les pourparlers de paix sur le Darfour, demandant à toutes les parties d'inclure des femmes dans leurs délégations. Salim a lancé cet appel durant le sixième round des négociations qui s'est déroulé à Abuja entre le 15 septembre et le 20 octobre. Le JEM a amené cinq femmes et le régime islamique de Khartoum a choisi deux femmes comme membres de sa délégation. "Toutes les parties ont inclus des femmes dans ce round des pourparlers et c'est un bon signe. Nous espérons que les questions des droits des femmes ne seront pas foulées aux pieds et qu'elles figureront dans l'accord final qui sera acceptable pour toutes les parties", a dit à IPS à Abuja, Sam Ibok, chef de l'équipe de médiation de l'UA. En plus de ces femmes, il y avait 15 activistes de genre du Darfour qui ont fait le voyage sur Abuja le 9 décembre pour débattre des questions affectant les femmes qui pourraient être abordées aux pourparlers. Les femmes, qui ne sont associées à aucune des parties en conflit devraient présenter leurs recommandations aux pourparlers cette semaine. Elles ont été envoyées à Abuja par le Fonds des Nations Unies pour la femme (UNIFEM). "C'est pour montrer au monde que les femmes du Darfour ne sont pas des victimes, mais qu'elles font partie du processus qui doit conduire à la paix. C'est une histoire positive des femmes du Darfour cherchant à trouver une paix durable même si elles ont été très affectées par la guerre", a déclaré Nyaradzai Gumbonzvanda, directrice régionale de l'UNIFEM pour la Corne de l'Afrique et l'Afrique orientale. Au cours du présent round des négociations, les délégués discutent des questions clés comme le partage des richesses et du pouvoir, ainsi que des questions de sécurité. Les femmes déléguées sont particulièrement préoccupées par l'insécurité au Darfour. "Il faut que les deux parties signent d'urgence un cessez-le-feu général, qui serait entièrement appliqué pour s'assurer que les civils, en particulier les femmes, sont protégés. Les femmes sont violées à l'intérieur et en dehors des camps lorsqu'elles vont chercher du bois ou puiser de l'eau", a noté Neimat Adam Ahmadi du SLM/A. Selon Ahmadi, qui apporte son soutien aux victimes de viol au Darfour, au moins dix cas de viol sont rapportés chaque jour. Les statistiques augmentent à chaque attaque des parties en conflit, a-t-elle affirmé. Les belligérants du Darfour ont continué à s'attaquer et à attaquer des civils en dépit d'un cessez-le-feu fragile signé en novembre 2004. Des appels sont également lancés pour inclure des femmes dans la force de protection de l'UA, qui a pour mandat de surveiller les violations des droits. "Nous voulons que les femmes fassent partie de la communauté de protection. Les femmes seraient plus promptes à prendre note de toutes les violations et ceci minimiserait les abus des droits de l'Homme contre les civils, en particulier les femmes. Les femmes ont payé le plus lourd tribut à la guerre au Darfour", a souligné Halima Hasaballa, l'une des femmes de la délégation gouvernementale. La mission de l'UA au Soudan (AMIS) compte environ 7.000 soldats qui, selon des analystes, est trop petite pour surveiller le Darfour, un territoire qui a la taille de la France. Alors que grandit l'espoir d'une paix durable au Darfour, on ne sait toujours pas quand les tueries s'arrêteront. "Les pourparlers de paix ne sont jamais courts, ils prennent toujours du temps. Si vous obtenez la paix rapidement, elle ne durera pas. Il vaut mieux prendre du temps et négocier une paix durable", a noté Ibok.

