LAGOS, 21 déc (IPS) – A la fin d'une année qui était censée régler les problèmes chroniques du Nigeria en matière d'électricité, une fourniture en énergie électrique assurée est toujours un rêve lointain dans cette nation riche en pétrole.
La 'National Electric Power Authority' (Société nationale de l'énergie électrique – NEPA), une entreprise publique très inefficace a été cédée à la 'Power Holding Company Nigeria Ltd' (PHCN) en avril de cette année. Au total, 18 nouvelles compagnies ont été créées pour la production et la distribution; et pour assurer un courant effectif, efficace, et stable.
Mais les changements n'ont été que superficiels. Les pannes d'électricité sont générales partout dans la plus grande ville du pays, Lagos, et dans la capitale, Abuja. Et les consommateurs sont accablés de factures exorbitantes, ce qui, en langage local est appelé "factures folles". En effet, selon la plupart des consommateurs, les choses n'ont fait qu'empirer.
La corruption est endémique dans les nouvelles sociétés d'électricité – six compagnies productrices d'électricité, 11 distributrices et une de transmission – et très peu de choses sont en train d'être faites pour enrayer cela. Certains membres du personnel technique ont même été surpris alors qu'ils prenaient des pots-de-vin des consommateurs défaillants pour fermer les yeux sur cet état de chose.
Toutefois, les cadres de la PHCN affirment que les réformes en matière de fourniture d'énergie électrique ont été couronnées de succès. Ils estiment que la production de recettes a augmenté de 133 pour cent entre 2003 et 2005.
"Les Nigérians devraient plutôt juger la PHCN sur la base de l'indice des recettes, plutôt que sur la performance ou la fourniture de service", a déclaré Joseph Makoju, directeur général de la PHCN. Selon des chiffres publiés par l'organisation, la production mensuelle de recettes est passée d'une moyenne d'environ 25 millions de dollars en 2003 à 58 millions de dollars en octobre 2005.
Mais des critiques affirment que la seule façon de vérifier l'accroissement des recettes est d'opposer les revenus à un bond correspondant dans l'orientation du service et la fourniture d'énergie électrique.
"A Iju-Ishaga (une banlieue de Lagos), où je vis, durant les 12 dernières semaines, la fourniture d'énergie électrique a été chose rare. Les fournitures quotidiennes sont en moyenne de trois à quatre heures au plus", déclare Sanya Oni, un chroniqueur dans un journal. "Les factures, toutefois, continuent d'arriver", ajoute Oni. "Ces dernières ont monté en flèche, malgré les nombreuses heures dans l'obscurité".
L'histoire est la même partout. Ceux qui ont les moyens dépendent des groupes électrogènes pour faire tourner leurs entreprises et établissements dans ce pays d'Afrique de l'ouest.
"Si 'Power Holding Company' fournit de l'électricité sans interruption pendant deux jours, alors vous êtes chanceux. Les pannes de courant sous la PHCN sont beaucoup plus que ce que c'était sous la NEPA. Maintenant, c'est l'obscurité totale. Cela affecte les affaires de tout le monde", souligne Mama Bisi, une propriétaire de magasin à Onike, une autre banlieue de Lagos.
Une étude informelle de marché faite par IPS a montré que les groupes électrogènes portables, qui sont partout dans les communautés rurales pauvres, sont vendus entre 830 et 1.000 dollars, selon la capacité. Des établissements de taille moyenne dépendent de groupes électrogènes industriels qui pourraient coûter entre 7.874 dollars et 23.622 dollars.
Essayant d'échapper à la pénurie cruciale d'électricité, certains gouvernements d'Etat ont recouru à la création de sociétés indépendantes de production d'électricité (IPP) pour améliorer la production d'énergie électrique. Par exemple, le gouvernement de l'Etat de Lagos a, en 1999, initié un projet IPP qui produit actuellement 40 mégawatts (MW). Entre 1999 et 2000, le gouvernement de l'Etat de Rivers, dans la région du Delta du Niger, a commencé réalisation de la centrale électrique d'Omoku comme une partie du Projet IPP Gas pour l'électricité de l'Etat. Le projet, qui utilise le gaz du puits de pétrole d'AGIP, à proximité, (où le gaz est encore en train d'être brûlé), devrait générer 400 MW. Une fois achevé, il devrait répondre à la pénurie d'électricité dans tout l'Etat, selon Magnus Abbe.
Abbe, qui est le commissaire chargé de l'information de l'Etat de Rivers, a indiqué à IPS, à Port Harcourt, pendant une récente visite des projets par des membres de l'Association des éditeurs du Nigeria : "L'électricité produite à la centrale électrique d'Omoku serait ajoutée au réseau électrique national de la PHCN, qui collectera des redevances des consommateurs et payera un certain pourcentage du montant au gouvernement de l'Etat conformément à un accord entre la PHCN et le gouvernement de l'Etat".
La centrale électrique de Trans Amadi, un projet similaire, conçu par le gouvernement de l'Etat en 2002, fournit déjà de l'électricité à travers la PHCN à la zone industrielle de Trans Amadi à Port Harcourt, la capitale de l'Etat.
Encouragé par le projet de fourniture d'électricité par le gaz ("gas-to power") de l'Etat de Rivers, le gouvernement nigérian envisage de construire sept centrales électriques du genre à un coût de 2,5 milliards de dollars dans les autres Etats du Delta du Niger. Le Delta du Niger comprend neuf Etats producteurs de pétrole et une partie de l'Etat d'Ondo dans l'ouest du Nigeria.
Le président Olusegun Obasanjo a annoncé que les centrales électriques faisaient partie de la stratégie du gouvernement pour faire passer la capacité de production d'électricité du pays de son faible niveau actuel de 3.400 MW à 10.000 MW d'ici à 2007. Les centrales hydroélectriques et thermiques du Nigeria produisant l'électricité ont une capacité installée de 5.237,6 MW, mais à cause du manque de maintenance et de la corruption, deux maux jumeaux de la plupart des services publics, elles tournent actuellement en dessous de leur capacité prévue.
"Le secteur privé a un rôle central à jouer pour satisfaire la demande en électricité pour le développement du pays. Il faut qu'un cadre approprié soit mis en place pour faciliter l'implication du secteur privé dans ce secteur de gaz et d'électricité qui nécessite de très gros investissements", a déclaré l'ancien général militaire qui préside le gouvernement, à un forum d'affaires, à la fin-novembre.
Le président a également remercié la Banque mondiale pour le grand intérêt et l'engagement qu'elle a montrés pour le projet 'gas-to power', en particulier pour avoir fourni les contrôles de transparence nécessaires sur les procédures du projet.
Selon un nouveau programme d'expansion de la production d'électricité, publié plus tôt ce mois et parvenu à IPS, la production d'électricité par la PHCN devrait atteindre 15.853 MW d'ici à 2010.
La PHCN, selon le document, envisage d'atteindre la nouvelle production d'électricité en augmentant continuellement sa capacité au cours des cinq prochaines années, à travers la réactivation de toutes les centrales électriques existantes, et des contributions des Producteurs indépendants d'électricité (IPP).
"Nous espérons atteindre ceci en nous basant sur la ferme conviction que nos centrales électriques, actuellement en réparation, seront mises en service d'ici à 2010. Nous sommes également très sûrs que d'ici-là, tous les IPP, les projets actuels d'électrification du gouvernement fédéral, les projets de centrales électriques du Delta du Niger et les 'Joint Venture Independent Power Projects' (projets indépendants d'électrification faits en partenariat – JVIPP) avec des firmes de pétrole et de gaz et d'autres IPP entreront en service", a déclaré un responsable.
Les centrales électriques existantes et leurs capacités installées sont : centrale thermique d'Egbin, Lagos (1.320 MW); centrale thermique d'Afam, Etat de Rivers (969 MW); centrale thermique de Sapele, Etat du Delta (1.020 MW); centrale thermique d'Ijora, Lagos (40 MW); centrale hydroélectrique de Kainji, Etat du Niger (760 MW); centrale hydroélectrique de Jebba, Etat du Niger (578,4 MW) et la centrale hydroélectrique de Shiroro, Etat du Niger (600 MW).
Les IPP existants, selon les projections, devraient fournir 750 MW d'ici à 2010 alors que les JVIPP proposés et autres IPP devraient générer 2.790 MW et 1.365 MW respectivement dans le réseau électrique national.
Alors qu'une nouvelle année s'annonce, les autorités ont bon espoir de changer pour toujours la situation sombre de l'électricité au Nigeria.

