NATIONS UNIES, 9 nov (IPS) – Alors que la tension militaire croissante dans la Corne de l'Afrique menace de mener à une nouvelle guerre entre l'Ethiopie et l'Erythrée, l'Union africaine (UA), forte de 53 membres, envisage de constituer sa toute première armée de métier au cours de l'année prochaine.
La Force africaine d'intervention (FAI) proposée — qui sera créée avec le soutien logistique des nations occidentales — est conçue principalement pour des missions militaires et de maintien de la paix sur le continent ravagé par des guerres.
Bill Fletcher Jr., président de TransAfrica Forum basé à Washington, est d'accord sur la "nécessité absolue" d'une nouvelle force africaine de maintien de la paix sous la direction de l'UA, dès que possible.
Il prévient que pour parvenir à l'institutionnalisation d'une telle force, il doit y avoir aussi bien un appui financier que logistique de la part de pays non africains, principalement de l'Occident.
"Mais un tel soutien ne devrait pas être un moyen de manipuler l'objectif d'une telle force", a déclaré Fletcher à IPS.
En d'autres termes, "une force africaine de maintien de la paix ne doit pas être une armée néo-coloniale servant les intérêts des nations et institutions qui souhaitent remettre en cause la souveraineté africaine", a-t-il ajouté.
Un diplomate africain a indiqué à IPS que lorsque la FAI sera opérationnelle et si elle l'était, elle pourrait probablement renforcer ou remplacer les missions onusiennes de maintien de la paix – existantes – dans les différents points névralgiques en Afrique, y compris à la frontière disputée entre l'Ethiopie et l'Erythrée.
Sur les 16 missions de maintien de la paix de l'ONU actuellement en opération, huit sont en Afrique : Sierra Leone, République démocratique du Congo (RDC), Liberia, Cote d'Ivoire, Ethiopie-Erythrée, Burundi, Soudan et Sahara occidental.
La semaine dernière, le général Rajender Singh, commandant de la Mission de l'ONU en Ethiopie et en Erythrée (MINUEE), a mis en garde contre une nouvelle guerre probable entre les deux pays africains à propos les disputes continues sur leur frontière commune. La nouvelle menace d'une guerre survient cinq années après la fin du conflit originel. "La situation potentiellement explosive pourrait conduire à une reprise de la guerre", a-t-il ajouté.
La FAI, dont la création a été rendue possible par le soutien de l'UA en 2002, sera mandaté non seulement pour appuyer les missions de paix, mais également pour intervenir militairement afin d'empêcher l'intensification des conflits. Toute décision d'intervenir doit, toutefois, être approuvée par l'Assemblée générale de l'UA.
Les 53 nations africaines qui composent l'UA doivent prendre des mesures pour constituer leurs propres contingents militaires d'intervention en vue de leur participation aux missions de maintien de la paix qui seront autorisées par le Conseil de paix et de sécurité de l'UA.
A une conférence de presse de l'ONU à la mi-septembre, le Premier ministre britannique Tony Blair avait déclaré qu'il espérait que la FAI entrera serait opérationnelle d'ici l'année prochaine. Les premiers éléments de la nouvelle force, a-t-il souligné, pourraient être les quelque 1.000 soldats de maintien de la paix de l'UA, actuellement au Soudan.
"Même si le problème à cet endroit était encore critique", a-t-il indiqué, "cela aurait été pire sans eux. Une force africaine capable a donné l'espace politique pour qu'un processus fonctionne". Blair a insisté pour dire que "la force africaine de maintien de la paix doit être en place d'ici à l'année prochaine".
Aussi bien les Etats-Unis que l'Union européenne forte de 25 membres ont promis un soutien financier non spécifié à la nouvelle armée de métier proposée.
Ann-Louise Colgan, directrice de l'analyse politique et des communications à Africa Action, dit que même s'il est certainement important que les pays riches du monde apportent un appui aux efforts de maintien de la paix de l'UA et des gouvernements africains, ceci ne devrait pas équivaloir à une approche "de non-intervention" de la part de ces pays lorsqu'il s'agit de répondre aux crises en Afrique.
"Si les forces africaines de maintien de la paix veulent renforcer leurs capacités et étendre leurs opérations dans les années à venir, elles auront besoin d'un soutien international", a déclaré Colgan à IPS.
Mais elle a prévenu que le soutien international en faveur de la paix et les efforts sécuritaires sur le continent peuvent et devraient prendre plusieurs formes, y compris l'engagement diplomatique, l'appui financier, et les mesures d'édification de capacités pour renforcer les initiatives africaines. Et ceci continuera d'être le cas à l'avenir, a-t-elle dit.
"Répondre aux conflits majeurs et aux crises humanitaires qui y sont liées, que ce soit en Afrique ou ailleurs dans le monde, nécessitera toujours l'engagement international et la coopération internationale, et les Nations Unies, et d'autres institutions internationales resteront d'importants forums pour s'attaquer à ces défis", a ajouté Colgan.
La nouvelle force d'intervention sera constituée en deux phases : la première a pris fin en juin dernier, et la seconde doit s'achever en juin 2010.
Dans le cas du Darfour, a souligné Colgan, l'UA a fait preuve d'un leadership important dans la résolution de cette crise, mais elle n'a simplement pas la capacité d'arrêter ce génocide toute seule.
Le conflit au Darfour, au Soudan — qui a commencé en février 2003 — a fait plus de 20.000 morts.
La semaine dernière, plus de 100 membres du Congrès américain, issus des deux partis politiques ont accusé l'administration du président George W..
Bush de se plier aux exigences du gouvernement soudanais, qui est accusé de complicité dans les tueries en cours.
Colgan a indiqué que la mission de l'UA au Darfour comprenait environ 6.000 observateurs, et non des soldats de la paix. Et ils manquent de mandat, d'effectifs et de capacité logistique pour assurer la protection des populations du Darfour – toute chose que la nouvelle FAI doit posséder.
"Si les nations occidentales envisagent sérieusement d'aider l'UA, et de sauver des vies au Darfour, elles devraient renforcer la mission de l'Union africaine avec une force internationale qui a le mandat et l'effectif pour assurer la protection et arrêter le génocide", a-t-elle souligné.
Colgan a également déclaré : "Rappelez-vous, le génocide n'est pas un problème africain, c'est un crime contre l'humanité, et en tant que tel, cela requiert une réponse internationale urgente. Malheureusement, une telle réponse a fait défaut à propos du Darfour, et la situation sur le terrain continue de se détériorer".
La Cour pénale internationale, basée à La Haye, aux Pays-Bas, est également en train d'enquêter sur les crimes de guerre présumés au Darfour.

