MONT KENYA, 8 nov (IPS) – Des visiteurs du district de Mbeere dans la 'Central Province' au Kenya ne peuvent sûrement pas ne pas les voir : des sacs de charbon posés de part et d'autre de la voie. Ceux qui vendent les sacs sont toutefois beaucoup moins visibles.
Ils se cachent dans la végétation dense environnante, ne se montrant que pour faire des ventes à la hâte.
La raison de cette discrétion? Des craintes d'une arrestation imminente par des agents qui tentent de réprimer l'exploitation illégale du bois dans la forêt du Mont Kenya qui fournit le bois utilisé pour faire du charbon.
On craint que l'abattage des arbres ne décime les 2.700 kilomètres carrés de forêts, qui servent de bassin hydrographique pour pas moins de 60 rivières. La couverture végétale en diminution est responsable de l'érosion massive dans la région, qui perdrait quatre millions de tonnes de terre par an au profit de l'océan Indien.
Puisque l'exploitation illégale du bois est motivée en grande partie par la pauvreté, accorder la priorité aux préoccupations environnementales dans cette région n'est pas chose facile.
Dans l'effort de s'attaquer à la pauvreté et de donner une alternative à l'exploitation du bois, le Fonds international pour le développement agricole, basé à Rome, s'est associé à des communautés locales dans l'est du Mont Kenya pour soutenir de petits projets visant à générer des revenus.
Parmi ceux-ci, figure la 'Kamurugu Agricultural Development Initiative' (Initiative pour le développement agricole de Kamurugu) qui se focalise sur la culture de mangues et de légumes – et sur l'élevage de poulets et de chèvres destinés à la vente. Selon le directeur du marketing, Peter Mbogo, le projet produit environ 20.000 kilogrammes de mangues par an, qui se vendent à environ 50 cents le kilogramme.
"Nous enseignons aux agriculteurs qu'en utilisant la greffe et une application correcte du fumier, un petit lopin de terre peut produire quelque chose de substantiel pouvant les aider à gagner de l'argent – plutôt que l'exploitation illégale du bois, qui finit par réduire la forêt et l'environnement dans son ensemble", a-t-il déclaré à IPS.
Une autre initiative, le 'Mt Kenya East Pilot Project for Natural Resources Management' (Projet pilote de l'est du Mont Kenya pour la gestion des ressources naturelles) est un plan de sept ans, qui cherche à améliorer la vie de 580.000 personnes dans cinq districts à travers une utilisation plus efficiente des ressources naturelles et de meilleures pratiques agricoles.
Le gouvernement, à travers son 'National Environment Management Authority' (Autorité nationale de gestion de l'environnement), s'est également lancé dans une campagne d'information des communautés sur l'importance de la reforestation. Ceci est fait à travers des "barazas" (des rencontres communautaires), et la distribution de matériel sur la reforestation dans des brochures simples imprimées en langues locales.
Des initiatives encourageant l'agriculture se sont heurtées à un obstacle, sous la forme d'éléphants de forêts qui détruisent les cultures.
"Vous voyez, la banane, la canne à sucre, le maïs et autres n'existent pas sur nos fermes parce qu'ils ont été détruits par des éléphants. Nos fermes ont été envahies 42 fois depuis 1984", affirme Elisha Njeru, un agriculteur et leader communautaire.
Selon Wilson Ndegwa du 'Kenya Wildlife Service' (KWS), il y a eu quatre morts et plusieurs blessés à la suite d'attaques d'éléphants dans la région l'année dernière.
Toutefois, des efforts se poursuivent pour empêcher les communautés de retourner à l'exploitation illégale du bois, en leur fournissant des sources de revenus alternatives.
"La lutte contre la désertification est fondamentalement une lutte contre la pauvreté", a déclaré Hama Arba Diallo, secrétaire exécutif de la Convention des Nations Unies pour combattre la désertification, à une conférence tenue dans la capitale kényane, Nairobi, récemment.
La rencontre du 17 au 28 octobre visait à évaluer les progrès réalisés dans la lutte contre la désertification et la réduction de la pauvreté par les 191 pays membres qui ont ratifié la convention en 1994.
Au cours de la conférence, des Etats africains, des agences de développement, des donateurs et autres groupes ont lancé une initiative dénommée 'TerrAfrica' pour accroître les efforts visant à empêcher la dégradation du sol et à promouvoir une utilisation durable de la terre sur le continent. On espère qu'environ quatre milliards de dollars seront mobilisés pour le plan, qui serait le plus grand de ce genre, et qui sera géré par la Banque mondiale.
Selon les Nations Unies, environ deux tiers de la population africaine sont affectés par la dégradation du sol, alors que la même proportion de terres agricoles pourrait devenir improductive suite à la dégradation au cours des deux prochaines décennies.
Alors que 17 pour cent seulement des forêts du monde se trouvent en Afrique, plus de la moitié de toute la déforestation a lieu sur le continent.
TerrAfrica aidera ceux qui sont impliqués dans la lutte contre la dégradation des sols à partager des connaissances, et à faire en sorte que les décideurs politiques à tous les niveaux accordent une attention à la gestion durable des terres.
"TerrAfrica est unique en ce qu'elle étudiera les raisons profondes de la dégradation des sols, ainsi que les barrières et les dysfonctionnements entre l'exigence d'investissements en appui à la SLM (gestion durable des terres) et les principaux mécanismes de fourniture et de financement aussi bien aux niveaux local qu'international", a indiqué Warren Evans, directeur de l'environnement à la Banque mondiale.

