JOHANNESBURG, 28 juin (IPS) – Une coalition de plus de 200 groupes civiques africains et internationaux a demandé aux Nations Unies et à l'Union africaine de faire pression pour que les expulsions et démolitions qui ont fait des sans-abri partout au Zimbabwe prennent fin.
"Au cours de ces quatre dernières semaines, le gouvernement du Zimbabwe a orchestré l'expulsion forcée et généralisée de dizaines de milliers de commerçants informels et de familles vivant dans des habitations informelles", ont indiqué les groupes dans une déclaration conjointe faite jeudi (23 juin) à des conférences de presse dans cinq villes africaines, dont Johannesburg, et aux Nations Unies.
"Durant ces expulsions forcées, des maisons ont été brûlées et des biens détruits. Plusieurs individus ont été arbitrairement arrêtés, détenus, condamnés à payer une amende, enlevés et/ou battus. De telles actions continuent avec la même intensité sans diminuer, et en toute impunité".
La coalition, coordonnée par Amnesty International et le Centre on Housing Rights and Evictions (Centre sur les droits aux logements et les expulsions, COHRE) basé à Genève, a demandé au président nigérian Olusegun Obasanjo d'inscrire les événements du Zimbabwe à l'ordre du jour du prochain sommet de l'Union africaine (UA). Obasanjo préside actuellement l'UA, qui doit se réunir en Libye le mois prochain.
"La solidarité africaine devrait être avec les populations d'Afrique — et non envers leurs dirigeants répressifs", a indiqué la coalition.
Il a également demandé à l'ONU de faire en sorte que le gouvernement du Zimbabwe fournisse l'aide alimentaire et une compensation à ceux dont les maisons avaient été détruites. Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a déjà nommé Anna Kajumulo Tibaijuka, directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour les établissements humains, en tant qu'envoyé spécial pour faire un rapport sur les expulsions au Zimbabwe.
Des groupes de défense de droits affirment que plus de 300.000 Zimbabwéens, pauvres pour la plupart, ont été ciblés par la campagne d'expulsion, officiellement destinée à dégager les constructions non autorisées et à mettre fin au commerce de produits rares sur le marché noir.
Le journal d'Etat, the 'Herald' a cité le président Robert Mugabe, indiquant que les mesures énergiques sont destinées à "restaurer un bon visage" aux centres urbains. Il a également souligné que le surpeuplement dans ces zones constituait des risques sanitaires qui avaient besoin de solutions.
Le principal groupe d'opposition du Zimbabwe, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) — croit que la campagne — connue sous le nom d'Opération Murambatsvina (un terme shona signifiant "dégager les ordures") — est dirigée contre ses partisans, présents pour la plupart dans les zones urbaines pauvres.
Arnold Tsunga de 'Zimbabwe Lawyers for Human Rights' ('Avocats zimbabwéens pour les droits de l'Homme) est de cet avis.
"Mugabe veut détruire le support politique du MDC. Il veut que ces gens aillent dans les zones rurales afin de pouvoir contrôler les canaux de distribution de vivres. Lorsqu'ils sont dépendants de l'aide alimentaire, il est facile de les contrôler", a-t-il indiqué jeudi.
Le Zimbabwe connaît actuellement une grave crise alimentaire, attribuée à la sécheresse et aux occupations de fermes destinées officiellement à mettre fin aux déséquilibres raciaux dans la possession des terres. Environ un tiers des 12 millions d'habitants du pays auraient besoin d'aide d'urgence. "Maintenant, le nombre va augmenter", observe Tsunga.
D'autres font remarquer que la campagne n'a pas seulement affecté les partisans du MDC. Pour l'activiste zimbabwéen, Daniel Molokela, qui travaille pour 'Peace and Democracy Project' (le Projet Paix et démocratie) basé à Johannesburg, c'est simplement un exercice dans la "politique de diversions".
"Ils constituent maintenant une caractéristique du régime. Lorsqu'il y a un intérêt interne sur une question – disons sur les élections législatives défectueuses – Mugabe commence autre chose", a-t-il dit à IPS. "Vous pouvez voir que les gens se sont maintenant désintéressés de l'élection.
Les gens se concentrent à l'heure actuelle sur les démolitions".
Les expulsions interviennent au milieu de l'hiver de l'hémisphère sud, laissant plusieurs personnes exposées aux intempéries.
"Aucune attention n'a été montrée à l'égard de ces personnes, dont plusieurs sont vulnérables. Des milliers d'enfants, de personnes âgées et de malades font face à la perspective de la maladie et, dans certains cas, de la mort due à la faim, au froid et à la consommation d'eau non potable", a souligné la coalition dans sa déclaration.
Les choses sont, sans aucun doute, aggravées par le fait que le Zimbabwe a un taux de prévalence de VIH de près de 25 pour cent (selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA). Avec des médicaments anti-rétroviraux parvenant seulement à une fraction de ceux qui en ont besoin, il peut y avoir plusieurs Zimbabwéens séropositifs qui verront leurs systèmes immunitaires exposés davantage par le fait d'être contraints de vivre en plein air.
Pour faire passer davantage son message, la coalition a montré un clip vidéo court, tourné clandestinement au Zimbabwe et sorti secrètement du pays.
Le film montre une femme affolée, pleurant sans pouvoir s'arrêter. "Nous avons tout perdu. Ma famille dort en plein air. Il n'y a personne vers qui se tourner pour obtenir de l'aide ou des conseils. Personne dans le gouvernement ne désire nous écouter", affirme-t-elle.
Pius Ncube, l'archevêque catholique au franc-parler, depuis la ville australe de Bulawayo, apparaît également dans le clip pour dénoncer les actes du gouvernement.
"Le gouvernement veut que ces gens aillent dans les zones rurales où il peut les affamer. Je suis si fâché contre ce gouvernement que je suis prêt à me mettre devant un fusil et à être fusillé", note-t-il.
La 'Zimbabwe African National Union-Patriotic Front' (ZANU-PF), au pouvoir, a été accusée de manipuler les vivres dans les zones rurales pour punir les partisans de l'opposition.
Des responsables zimbabwéens auraient promis de fournir de nouvelles maisons à ceux qui sont laissés sans ressources par la campagne.
Toutefois, le COHRE n'attend pas de voir si Harare va honorer cette promesse. Il a plutôt l'intention d'intenter un procès à l'administration Mugabe devant la Cour pénale internationale (CPI) aux Pays-Bas.
"Nous pensons que le gouvernement a des arguments solides à avancer. C'est une calamité", a indiqué à IPS, Jean du Plessis de l'ONG.
"Cela peut prendre beaucoup de temps, mais nous ferons pression pour cela", a-t-il ajouté. "Les auteurs seront poursuivis – si ce n'est pas aujourd'hui, ce sera alors à l'avenir".
La CPI, basée à La Haye, a été créée en 1998 pour poursuivre des personnes accusées de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.
L'initiative du COHRE intervient comme les propres tribunaux du Zimbabwe sont incapables d'empêcher la destruction des maisons.
Tsunga affirme que son organisation a déposé sept requêtes afin de mettre fin aux expulsions, mais que celles-ci ont été rejetées par la Haute cour.
Concernant une tentative pour empêcher les déplacements dans la banlieue de Hatcliffe, à Harare, la cour a apparemment dit que les expulsions pouvaient se poursuivre à cause de la construction non autorisée sur les propriétés.
"Le système judiciaire du Zimbabwe est devenu impuissant pour protéger les faibles. En fait, notre système judiciaire est devenu un handicap pour la société qu'il est supposé servir", souligne Tsunga.
Molokela croit qu'une mobilisation plus concertée des Zimbabwéens vivant à l'étranger est capitale pour améliorer la situation dans son pays.
"En Afrique du Sud seule, nous avons plus de deux millions de Zimbabwéens..
La ZANU-PF a gagné la guerre de la propagande internationale parce que le MDC n'a pas pu organiser la diaspora zimbabwéenne", estime-t-il. "En tant que société civile, nous n'allons pas assumer ce rôle et mettre en exergue la crise au Zimbabwe".
Les événements des quatre dernières semaines sont les derniers d'une série de développements qui ont mis le Zimbabwe au centre de l'attention internationale ces dernières années.
Depuis le début de 2000, ce pays d'Afrique australe a organisé trois élections entachées de violence politique, dont la plupart sont dirigées contre l'opposition. La loi, qui aide le gouvernement à étouffer les dissensions, a été votée, et des efforts ont été également faits pour museler la presse indépendante. Le gouvernement a annoncé le week-end dernier que les expulsions étaient terminées.

