YAOUNDE, 1 juin (IPS) – Parmi les quelque 60.000 réfugiés enregistrés par le Haut commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR) au Cameroun, en 2005, les femmes apparaissent comme les plus vulnérables et victimes de plusieurs formes d'exploitation.
Les guerres et autres conflits, qui agitent certains pays d'Afrique centrale et occidentale, sont à l'origine d'importations migrations des populations vulnérables vers des pays plus stables. Mais la stabilité du Cameroun contraste avec le vécu quotidien des réfugiés, notamment les femmes qui, confrontées à la précarité de leurs conditions de vie, doivent faire face à l'exploitation et aux abus sexuels..
Parmi les réfugiés présents dans ce pays d'Afrique centrale, les femmes sont nombreuses, même si le HCR n'a pas voulu communiquer leur nombre à IPS. Florence Mungu, une réfugiée âgée de 36 ans, native de la région du Kivu, en République démocratique du Congo (RDC), s'installe, dans la journée, aux différents carrefours du centre-ville de Yaoundé, la capitale camerounaise.
En de multiples allers et retours, elle lance des cris de détresse à des passants indifférents auxquels elle tend la main pour demander des pièces de monnaie.
"J'ai fui la guerre dans mon pays. Pour le moment, je me trouve obligée de mendier pour me nourrir, car je n'ai pas encore l'attestation de demandeur d'asile qui me permettra d'obtenir l'aide du HCR", déclare à IPS, Mungu qui est arrivée au Cameroun en octobre 2004.
"Je peux céder au harcèlement des agents intervieweurs si je veux vite obtenir mes papiers de réfugiée. Mais je ne peux pas le faire si je veux rester digne", ajoute-t-elle. Mungu a dit à IPS qu'elle manquait d'argent pour retourner en RDC.
Selon la représentation locale du HCR, la plupart des réfugiés qui vivent au Cameroun, viennent de la région des Grands Lacs, ou d'autres pays en conflit tels que la Côte d'Ivoire, la Sierra Leone, le Liberia, le Soudan, ainsi que du Tchad et du Nigeria, deux pays voisins du Cameroun.
Le HCR précise que les réfugiés venant des pays voisins du Cameroun sont les plus nombreux. Ceux du Nigeria, par exemple, qui vivent depuis 2002 au Cameroun, sont estimés à 17.000 environ. Selon le HCR, les Nigérians ont fui leur pays à cause d'un conflit ayant opposé les Mambila (cultivateurs) aux Peuls (éleveurs) dans la localité frontalière de la province de l'Adamaoua, dans le nord du Cameroun. Quant aux Tchadiens, quelque 3.000, ils fuient leur pays à cause des persécutions politiques pour certains, et après l'attaque de leurs villages par des 'coupeurs de route', pour d'autres.
Mais loin de rencontrer accueil et compassion escomptés, les femmes réfugiées se plaignent de harcèlement et d'abus sexuels, mais également du chantage et du commerce organisés autour de la délivrance des attestations d'asile.
Ce sont "de simples accusations sans fondement", a affirmé à IPS, Ghislain Mbida, assistant administratif à la Croix-Rouge camerounaise, l'alliée opérationnelle du HCR.
Mbida ajoute : "Vous savez que les réfugiés, en l'occurrence les femmes, aiment toujours dire qu'elles ont été courtisées afin de bénéficier, me semble-t-il, d'un peu plus d'attention de la part de leur interlocuteur".
"Ce n'est même pas dans la logique d'une institution humanitaire qu'est la Croix-Rouge de s'ériger en bourreau. Nous sommes néanmoins au courant de telles rumeurs, et une enquête suit son cours en ce moment pour déterminer l'existence, ou non, d'actes d'exploitation et d'abus sexuels sur les réfugiées", explique-t-il.
Mais selon la Direction de la police judiciaire dans la capitale camerounaise, de nombreuses plaintes ont été déposées par des réfugiées, avec l'appui d'une organisation non gouvernementale (ONG), et qui font état d'actes d'abus sexuels et de harcèlement.
"Nous avions reçu des plaintes de femmes réfugiées, inhérentes aux viols et divers abus sexuels qui nous ont été convoyées par une ONG. D'autres femmes se plaignent de harcèlement", indique à IPS, Constant Bihina, officier de police judiciaire. "De toutes les façons, s'il y a eu abus sexuels ou harcèlement sur les réfugiées, cela me semble être le fait des nationaux".
La police a indiqué qu'elle a effectué sa propre enquête, dont elle a refusé de communiquer la suite à IPS. Mais aucune interpellation n'a été faite, a ajouté Bihina.
"Nous avons reçu, à ce jour, plus d'une dizaine de réfugiées qui sont venues se plaindre d'agression sexuelle", explique à IPS, Louis Monkam, membre de l'Organisation camerounaise des droits de l'Homme, une ONG basée à Yaoundé. "D'autres se plaignent aussi du racket au niveau du HCR où des agents commercialiseraient des attestations aux demandeurs d'asile", affirme-t-il.
Dans un entretien téléphonique avec IPS, un cadre du HCR, qui a requis l'anonymat, a déclaré : "Je ne peux pas vous dire que le harcèlement sexuel n'existe pas ici. Nous avions aussi suivi des rumeurs à ce sujet.
J'attends le résultat de l'enquête qui a été ouverte. Mais les preuves sont extrêmement légères à l'encontre du personnel du HCR".
"C'est pervers, c'est méchant ce que certaines réfugiées ont pu dire", s'est exclamé ce cadre qui s'est dit "choqué" par des déclarations "irresponsables" de certaines réfugiées. Mais les femmes réfugiées, rencontrées par IPS, soutiennent qu'elles sont l'objet de sollicitations diverses, aussi bien au HCR qu'à la Croix-Rouge camerounaise.
"Au HCR", dit à IPS, Fatou Ngalmbaye, une réfugiée tchadienne âgée de 26 ans, "on délivre l'attestation de demandeur d'asile à certaines femmes et on en refuse à d'autres". Elle se demande sur quelle base cela se fait ainsi. "Si vous n'avez pas d'argent pour acheter l'attestation, il vous reste l'autre solution qui est honteuse et avilissante", renchérit Ngalmbaye.
Yvonne Bouabré, une réfugiée ivoirienne de 41 ans, explique à IPS : "Quand je suis arrivée au Cameroun, des amies m'ont conseillé de 'libérer' si jamais on me le demandait. Je ne peux pas vous dire ce qui s'est passé par la suite…Mais j'ai obtenu assez vite mon attestation d'asile".
Le ministère des Relations extérieures ainsi que celui de l'Administration territoriale et de la Décentralisation n'ont pas voulu répondre aux questions relatives à la protection et à la sécurité des réfugiés, demandant à IPS de s'en référer à la Croix-Rouge camerounaise.
Toutefois, le HCR et la Croix-Rouge offrent à ces réfugiés un 'Revenu minimum d'insertion' constitué d'allocation de chômage, d'assistance médicale, de formation pouvant les aider à trouver du travail ou à mettre sur pied un micro-projet. Le montant minimum de cette aide est de 70 dollars environ par réfugié. Mais seuls quelque 12.000 réfugiés, tous sexes confondus, reçoivent l'aide du HCR qui leur a accordé des bourses multiformes, d'un montant total de 300.000 dollars, cette année.

