GOMA, est de la RDC, 31 mai (IPS) – Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, à 2.500 kilomètres de Kinshasa, dans l'est du Congo, offre de moins en moins le hideux spectacle d'une ex-ville, détruite par la lave suite à l'éruption du volcan Nyiragongo, il y a un peu plus de trois ans.
Les séquelles de la douloureuse coulée de laves de janvier 2002 sont encore trop présentes à Goma. L'aéroport, qui dessert la ville, a été coupé en deux, de sorte que les avions n'utilisent plus que la moitié de la piste pour leurs opérations de décollage et d'atterrissage, soit 1.800 mètres, l'autre moitié ayant été endommagée par la lave du volcan. Ce qui rend très difficile les mouvements des avions, et plus particulièrement ceux des cargos qui ne peuvent plus décoller qu'avec la moitié de leur tonnage normal. Au moment de l'irruption et de la coulée des laves du volcan, la majorité des habitants de Goma avaient déclaré qu'ils préféraient "mourir sur les laves du Nyiragongo" au lieu d'aller se faire héberger au Rwanda voisin qu'ils accusaient d'entretenir la rébellion du RCD/Goma pendant la deuxième guerre civile de la République démocratique du Congo (RDC), de 1998 à 2002. Mais, depuis près de deux ans, la population a décidé de réagir contre ce phénomène de la nature qui s'impose comme une fatalité. En effet, défiant le volcan Nyiragongo qui avait détruit toute la ville et qui continue de la menacer, la population a choisi de prendre une certaine revanche sur la nature. En reconstruisant tout simplement une nouvelle ville sur les ruines de l'ancienne, avec la roche volcanique comme matériau de base. Ainsi, des habitations poussent sur la lave comme des champignons sur une terre en friche. Des baraquements en planches pour les moins nantis aux hôtels de haut standing pour les plus fortunés, l'espoir renaît pour cette population qui doit, malgré tout, ne dormir plus que d'une oreille, l'autre restant en alerte permanente en cas d'une nouvelle éruption du volcan. Le Nyiragongo, tout comme l'un ou l'autre de la chaîne volcanique peut, en effet, cracher à nouveau la lave sur la ville et anéantir toutes les nouvelles initiatives de sa reconstruction. Pourtant, en dépit d'un avenir assez incertain, la population de Goma ne se décourage pas. Tout au contraire, plus trois ans après la dernière éruption, la lave semble doper les initiatives des habitants de la ville. Matsoro Mathe, propriétaire du 'VIP-Palace', l'un des hôtels les plus côtés de Goma, préfère compter sur la bienveillance de la même insaisissable nature pour préserver la ville d'une nouvelle éruption volcanique : "Toute la province du Nord-Kivu est certes une région volcanique, mais elle est surtout touristique. Et c'est très important pour l'économie du pays", a-t-il déclaré à IPS. "Les mêmes forces de la nature, qui ont détruit la ville en 2002, peuvent toujours se montrer plus bienveillantes en préservant les atouts touristiques de la ville et de la province", a ajouté Mathe.
Chaque matin, au lever du jour, toute la ville de Goma scrute le Nyiragongo comme pour implorer son indulgence. Depuis l'éruption de 2002, une équipe de sismologues est en permanence à pied d'œuvre pour surveiller les mouvements des laves à l'intérieur des volcans et, à la moindre alerte, en avertir la population pour qu'elle prenne les dispositions utiles. Alain Kasereka, géologue de formation, est le chef de l'équipe. Il confirme que la prochaine éruption n'est pas pour bientôt, mais confesse que la lave est trop puissante pour se laisser dompter lors de l'éruption du volcan. "Tout ce que nous pouvons espérer", dit-il à IPS, "c'est qu'en cas d'une nouvelle éruption volcanique, la lave prenne le sens contraire de celui de la ville. Nous sommes si impuissants devant cette force de la nature". La détermination et la rage de survivre l'ont donc emporté sur la peur et le découragement. Cependant, si les volcans menacent la ville au point de la faire disparaître à jamais de la carte de la RDC, les mêmes volcans contribuent à son épanouissement économique et constituent une source inestimable de rentrées de devises. Les opérateurs touristiques n'ont toutefois pas voulu fournir de chiffre sur leurs recettes.
En temps normal, les touristes montent sur les volcans Nyiragongo et Nyamulagira et campent pendant deux ou trois jours sur les bords de leurs cratères. Aujourd'hui, il y a la menace des éruptions, il y a surtout les guerres qui n'arrêtent pas de détruire l'environnement. Albert Ngezayo, un opérateur touristique qui s'occupe des gorilles de montagnes dans le Parc national de Virunga, est inconsolable : "Goma était une ville agréable à vivre avant toutes ces guerres qui ont dénaturé sa beauté. Les touristes du monde entier venaient pour visiter les animaux du Parc national de Virunga qui commence à une dizaine de kilomètres au nord de la ville".
"Aujourd'hui, pratiquement plus personne ne vient à cause de l'insécurité qui règne dans le parc. Les réfugiés rwandais y sèment la terreur quand ce ne sont pas nos propres militaires. Tous viennent se nourrir au parc", a-t-il expliqué à IPS.
Le Parc national de Virunga, ancien Parc national Albert, sous la colonisation belge, était célèbre pour ses hippopotames, ses éléphants et ses lions. Long de 400 km, il englobe le lac Edouard, l'une des sources importantes du fleuve Nil. A la suite de la guerre et du génocide de 1994, au Rwanda, plus deux millions de réfugiés se sont déversés en RDC et certains ont été hébergés à proximité du parc. Ce site a été une véritable aubaine pour ces réfugiés car ils ont pratiquement investi le parc et en vivent. Depuis, ils y sont toujours et jouent à cache-cache avec les militaires congolais chargés de les débusquer et de les ramener dans leur pays, mais en vain, ajoute l'opérateur touristique.

