DROITS-KENYA: Des abus perpétrés au nom de la sécurité, affirme Amnesty

NAIROBI, 29 mars (IPS) – Amnesty International, l'organisme d'observation des droits de l'Homme basé en Grande-Bretagne, a accusé les autorités kényanes de violer les droits des personnes soupçonnées de terrorisme dans ce pays d'Afrique de l'est et a demandé une fin immédiate à ces abus présumés.

"Nous ne soutenons pas le terrorisme. Toutefois, les mesures pour empêcher le terrorisme ne peuvent être efficaces que si elles garantissent et protègent également les droits de l'Homme. La sécurité et les droits de l'Homme vont de pair, et ne sont pas des options alternatives", a déclaré Sheila Keetharuth, une chercheuse d'Amnesty International (AI) sur des questions kényanes. Elle s'exprimait mercredi (23 mars) au lancement d'un rapport de l'organisation intitulé 'Kenya : l'Impact des opérations "anti-terrorisme" sur les droits de l'Homme'.

Le document contient les conclusions d'une recherche conduite par AI sur des initiatives anti-terrorisme lancées après un attentat suicide à la bombe non loin de la station balnéaire kényane de Mombasa, en 2002.

Cet incident, qui s'est déroulé dans un hôtel appartenant à des Israéliens, avait fait 16 morts et plus de 80 blessés. Presque simultanément, un attentat manqué au missile a été perpétré contre un avion de ligne israélien transportant environ 200 passagers au moment où il quittait Mombasa.

Des centaines de personnes ont été arrêtées depuis dans la station balnéaire, dont sept affrontent un procès.

Amnesty allègue de nombreuses violations de droits à l'encontre des personnes soupçonnées d'implication dans l'attentat, comme des arrestations arbitraires et la torture. Certains suspects ont été apparemment détenus sans charges et tenues au secret durant ce temps.

AI affirme également que des membres des familles des personnes soupçonnées de terrorisme ont été harcelés en vue de contraindre les suspects à se livrer aux autorités kényanes – ou pour tirer des informations de leurs parents.

"Pendant l'interrogatoire, ils m'ont dit que si je ne disais pas la vérité, ils allaient me battre. Et, ils voulaient savoir où se trouvait mon mari, et je ne le savais pas", aurait déclaré la femme d'un suspect dans le rapport.

"A un certain moment, ils ont vraiment commencé par m'asséner des coups sur les pieds, les genoux et la plante des pieds, avec des bâtons en bois.

Une policière s'était chargée de la correction. Le lendemain, je ne pouvais pas marcher et j'avais de la fièvre. J'ai demandé qu'on me conduise à l'hôpital, mais ils ont refusé de m'y amener".

Par ailleurs, les policiers sont accusés de ne pas présenter de mandats lorsqu'ils arrêtent des suspects ou conduisent des perquisitions à domicile. Ils auraient gardé des prisonniers dans des lieux secrets – et dans des conditions insalubres.

AI indique que le Projet de loi kényan sur la suppression du terrorisme, de 2003, a créé un climat dans lequel des abus peuvent se développer, et il a demandé un réexamen supplémentaire de la loi.

Une campagne de la société civile visant à obtenir l'amendement des sections controversées du projet de loi a déjà entraîné un premier réexamen par la 'Kenya National Commission on Human Rights' (Commission nationale du Kenya sur les droits de l'Homme) nommée par le gouvernement, et la 'Kenya Law Reform Commission' (Commission kényane pour la révision des lois).

"Nous avons examiné les dispositions du projet de loi une par une. Il a tendance à accorder l'immunité aux agents chargés de l'application de la loi (s'ils sont) reconnus coupables de violation des droits de l'Homme.

Ceci signifie une légalisation de l'impunité, des tueries et de la torture", a souligné Keetharuth.

"Le projet de loi est draconien", ajoute Njuguna Mutahi, coordonnateur du groupe de pression 'People Against Torture', basé à Nairobi, la capitale du Kenya. "Il va jusqu'au gel des comptes des gens sur des allégations selon lesquelles ils sont soupçonnés de terrorisme. En plus, il confère au ministre de la Sécurité interne le pouvoir de décider du type d'action à prendre contre le suspect".

"C'est ce à quoi nous étions opposés depuis le début, et c'est un gros handicap pour les droits de l'Homme", a indiqué Mutahi à IPS, le 23 mars.

Amnesty demande en outre au gouvernement kényan de se conformer à ses obligations légales internationales concernant le traitement des détenus, et de s'assurer que les suspects ont accès aux conseils et à l'attention médicale – au cas où cela serait nécessaire.

L'organisation croit également que le fait de donner aux policiers du pays une formation sur la législation des droits de l'Homme réduirait les violations des droits.

L'attentat à la bombe de Mombasa n'était pas la première expérience du Kenya dans le domaine du terrorisme.

En 1998, l'ambassade américaine, alors au centre de la capitale – Nairobi – avait fait l'objet d'un attentat à la bombe; l'attaque avait tué plus de 200 personnes, et blessé près de 5.000. Le même jour, l'ambassade américaine en Tanzanie voisine avait été également la cible d'un attentat à la bombe. Dix personnes avaient été tuées, et environ 70 blessées dans cet incident.