POLITIQUE-ZIMBABWE: Le prochain scrutin, un rite de passage pour lesdirectives de la SADC

JOHANNESBURG, 25 mars (IPS) – Daniel Molokela se joint à d'autres activistes zimbabwéens exilés pour préparer une élection simulée dans la capitale sud-africaine, Pretoria, en prélude au scrutin législatif du 31 mars au Zimbabwe.

On espère qu'environ 1.000 Zimbabwéens se réuniront devant l'ambassade de leur pays pour soutenir l'événement.

Pour ceux qui y prendront part, le scrutin du 29 mars sera probablement le plus proche au cours duquel ils auront à exprimer des voix dans une élection de leur pays.

Des millions de Zimbabwéens expatriés se sont vu refuser le droit de prendre part à l'élection législative (seuls des responsables d'ambassade et d'autres autorités gouvernementales basés outre-mer seront autorisés à voter à l'étranger le 31 mars prochain).

Avec les difficultés économiques et la persécution politique ayant poussé plus de trois millions de Zimbabwéens à quitter leur pays, le gouvernement d'Harare craindrait que les expatriés ne supportent le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de l'opposition, dans les élections législatives. (La population totale du Zimbabwe est estimée à environ 13 millions).

Mais, déclare Molokela – un membre du groupe de pression 'Crise au Zimbabwe' – ceci met l'administration du président Robert Mugabe en infraction au regard des normes régionales.

"Ceci viole les principes et directives de la SADC (Communauté de développement d'Afrique australe) qui demandent aux Etats de s'assurer que tous les citoyens ont accès aux processus électoraux et au vote", souligne-t-il, en référence aux 'Principes et directives régissant des élections démocratiques au sein de la SADC' qui ont été acceptés dans l'île de l'océan Indien, Maurice, l'année dernière. Le Zimbabwe, en tant que membre de la SADC, a adhéré au code électoral.

"Si le Mozambique, qui a moins de ressources que le Zimbabwe, peut permettre à sa diaspora de voter (dans les élections de l'année dernière), pourquoi pas nous?", demande Molokela.

Alors que le scrutin du 31 mars se rapproche, la voix de Molokela n'est que l'une des nombreuses autres qui se sont élevées pour exiger que les directives de la SADC soient rigoureusement mises en œuvre. Plusieurs voient le scrutin législatif comme un test essentiel de l'efficacité du code – et de la volonté de la SADC d'amener ses Etats membres à rendre des comptes lorsqu'ils n'organisent pas des élections libres et équitables.

Pour sa part, le MDC allègue plusieurs violations des règles de la SADC.

Des partisans du parti envisagent d'organiser une marche sur l'ambassade zimbabwéenne le 31 mars pour remettre une lettre à l'ambassadeur Simon Khaya Moyo, dans laquelle ces infractions sont énumérées.

Le porte-parole du MDC en Afrique du Sud, Nicholas Dube, dit qu'au nombre des infractions, figure une couverture biaisée des élections dans les médias d'Etat qui – aux termes du code de la SADC – sont supposés assurer un traitement égal à tous les partis.

Comme IPS l'a rapporté précédemment, le lancement de la campagne électorale du parti au pouvoir, la 'Zimbabwe African National Union-Patriotic Front' (ZANU-PF) a bénéficié d'un reportage en direct de quatre heures par les médias d'Etat. A l'opposé, la télévision d'Etat a accordé moins de trois minutes au lancement de la campagne du MDC au cours d'un bulletin d'information du soir au début du mois de février.

Et, "Après le bulletin d'information, on a accordé une interview de deux heures à Mugabe pour expliquer le manifeste de son parti. Deux semaines plus tard, le MDC a eu une interview de 15 minutes pour expliquer son manifeste", a indiqué Dube à IPS. "Quatre-vingt-dix pour cent des ondes publiques (radio et télévision d'Etat) sont dominés par la ZANU-PF au pouvoir. Ceci va à l'encontre des normes de la SADC".

Par surcroît de malheur, il n'y a pas de stations privées de télévision ou de radio au Zimbabwe qui pourraient assurer une couverture plus équitable de la campagne. Le seul quotidien privé, le 'Daily News', a été interdit en 2003 aux termes de la Loi controversée sur l'accès à l'information et la protection de la vie privée – laissant à quelques hebdomadaires indépendants la tâche de donner aux Zimbabwéens une opinion équilibrée de la campagne.

Sokwanele, un groupe de pression zimbabwéen, évalue la performance du régime de Mugabe par rapport aux principes et directives de la SADC depuis octobre 2004.

"Au cours de cette période, un mécanisme clair est ressorti d'un mouvement constant du régime non pas pour se rapprocher, mais plutôt pour s'éloigner de la conformité avec les normes régionales sur les élections démocratiques", a-t-il indiqué dans un éditorial publié dans 'Mauritius Watch' du 7 mars – une étude régulière fournie par Sokwanele sur l'adhésion du Zimbabwe aux directives électorales de la SADC.

"L'effet cumulatif de leurs actions et omissions durant plusieurs mois, considéré conjointement avec les lois électorales défectueuses et la législation répressive sur la sécurité actuellement en place – et tout ceci dans le contexte d'un climat de crainte massive qui sévit maintenant au Zimbabwe – rend effectivement illusoire tout espoir d'une élection libre et équitable le 31 mars", a ajouté le groupe.

Le 21 mars, Human Rights Watch, une organisation non gouvernementale basée à New York, a également dit que le Zimbabwe avait enfreint le code électoral régional.

Toutefois, le président sud-africain Thabo Mbeki a rejeté ce mois les insinuations selon lesquelles le Zimbabwe ne tiendrait aucun compte des normes de la SADC.

Pretoria a adopté une politique de diplomatie discrète vis-à-vis d'Harare, affirmant que les accusations tapageuses feront peu de chose pour encourager un changement au Zimbabwe. Des détracteurs du gouvernement sud-africain disent que le Zimbabwe a perçu le manque de critiques franches de la part de Pretoria comme une autorisation à continuer son comportement des cinq dernières années.

Les dernières élections législatives, en 2000, et l'élection présidentielle de 2002 ont été entachées de violence politique et de violations des droits de l'Homme qui ont été imputées, en très grande majorité, au gouvernement.

Parallèlement à cette violence, des lois restreignant la liberté d'expression et d'association ont été votées.

A la grande colère des activistes peut-être, les normes électorales de la SADC ne sont pas légalement obligatoires.

"La SADC ne peut pas le faire appliquer (le code électoral) par l'imposition de sanctions contre un Etat membre fautif", a déclaré Khabele Matlosa de l'Institut électoral d'Afrique australe (EISA), basé à Johannesburg, plus tôt ce mois. Il s'exprimait à une conférence intitulée 'Repenser l'élection du Zimbabwe : Un programme de prévention de conflit', organisée par l'EISA. Les directives exigent également que les Etats membres garantissent la tolérance politique avant les élections et mettent en place des institutions électorales impartiales – entre autres mesures.

Même si les niveaux de la violence politique au Zimbabwe sont reconnus comme étant plus bas qu'ils ne l'avaient été avant les scrutins de 2000 et de 2002, des violations des droits sont toujours répandues – et il y a des inquiétudes par rapport à la neutralité de la Commission électorale du Zimbabwe.