KINSHASA, 30 mars (IPS) – Une maladie qui emporte aussi bien le malade que le médecin parce que sans traitement médical ni vaccin : c'est de cette manière alarmante que la fièvre hémorragique de Marburg est décrite à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC).
La capitale congolaise vit sous la psychose de cette maladie mortelle qui vient d'Angola, pratiquement sur la frontière entre les deux pays voisins.
C'est à Uige, dans le nord de l'Angola, que le virus de Marburg s'est déclaré il y a près de deux semaines avec, à ce jour, un palmarès macabre de 126 morts. La RDC, qui partage environ 2.600 kilomètres de frontière avec l'Angola, a donc de fortes raisons de d'alarmer. Le ministre congolais de la Santé, Emile Bongeli, est descendu lundi (28 mars), à Matadi, le chef-lieu de la province du Bas-Congo, au sud-ouest de Kinshasa, à la tête d'une délégation de chercheurs de l'Institut national de recherches biomédicales (INRB), spécialistes du virus de Marburg. Leur objectif, selon le ministre, est d'étudier, sur place, les moyens les plus efficaces de lutter contre le virus. Matadi est la ville congolaise la plus proche de Uige, et donc la plus exposée à la contamination du virus. Plus grave, Matadi est la plus grande porte d'entrée des marchandises d'importation en RDC, et la route qui relie cette ville portuaire à Kinshasa, est très fréquentée, de jour comme de nuit. Le risque de transmission de la maladie est donc très grand. Aussi, le ministre de la Santé a-t-il tenu à rassurer l'opinion nationale et celle de Kinshasa, en particulier, sur cette question au cours d'une conférence de presse, au début de la semaine. "Il n'y a pas encore de signe évident d'une contamination de la ville de Matadi ni d'aucune autre localité congolaise", a déclaré Bongeli. "La population des localités exposées doit, toutefois, prendre des précautions particulières en observant plus soigneusement les règles normales d'hygiène et en informant les services sanitaires de toute fièvre suspecte", a-t-il ajouté. Le ministre congolais de la Santé en a profité pour lancer un appel aux gouvernements des pays affectés ou menacés par le virus – l'Angola et le Congo-Brazzaville – afin qu'ils unissent leurs efforts pour arrêter la progression et la propagation du virus. En attendant, une campagne médiatique a été entreprise pour sensibiliser les Congolais sur les précautions à prendre pour éviter tout contact avec le virus de Marburg, généralement considéré comme un "cousin" du virus qui provoque la fièvre Ebola, l'autre fièvre hémorragique terrible. A Kinshasa, ce n'est pas encore la panique, mais la préoccupation est visible sur les visages et le téléphone portable n'a jamais autant fonctionné avec la ville de Matadi située à 360 km de la capitale. "Mon jeune frère m'a appelé de Matadi en me demandant de ne plus jamais serrer la main aux gens", déclare à IPS, Claude Nyembwe, un homme d'affaires. "Dans ce cas, je peux également contracter le virus par le volant du véhicule que j'utilise avec mon chauffeur". Les quelque six millions d'habitants de Kinshasa se demandent comment éviter la promiscuité afin de minimiser les risques de contamination par le virus alors qu'ils doivent emprunter des véhicules de transport en commun très bondés avec toutes les chances de se mélanger les sueurs issues de leur transpiration.
Trois personnes sont tout de même décédées à l'hôpital de référence de Kikanda, à Matadi, d'une maladie qui, selon les médecins, s'apparente à la fièvre de Marburg. L'une d'elles, un jeune garçon d'une vingtaine d'années, revenait fraîchement des environs de Uige, en Angola, très riche en diamant. Eugène Kabambi, un journaliste contacté mercredi au téléphone à Matadi par IPS, est d'avis que le garçon, et les deux autres personnes – des femmes d'un âge assez avancé – sont tous morts du virus de Marburg. "Je comprends", a-t-il dit, "que les autorités gouvernementales ne puissent pas confirmer la contamination, par le virus de Marburg, de quelques personnes habitant la ville de Matadi". "Ce serait effectivement provoquer inutilement la panique à Matadi comme à Kinshasa. Mais à voir les mesures, fussent-elles conservatoires, prises pour lutter contre le virus, il y a lieu de prendre le danger au sérieux", souligne-t-il. Selon Kabambi, l'hôpital de référence de Kikanda, où sont décédées les trois personnes, a été mis en quarantaine et les chambres qu'elles occupaient ont été particulièrement désinfectées. Toutes les trois personnes étaient venues dans cet hôpital pour se faire soigner contre la malaria.
Les autorités gouvernementales prennent très au sérieux la menace du virus de Marburg pour en avoir connu les ravages dans la ville congolaise de Watsa, dans le district de l'Ituri, dans l'est de la RDC, en 2000. Le professeur Muyembe Tamfum de l'INRB, qui se trouve actuellement encore à Matadi, avait fait partie de l'équipe médicale de Watsa. Tamfum explique à IPS : "Watsa se trouvait encore en territoire sous contrôle des rebelles du RCD-Goma. Mais étant donné l'ampleur de la catastrophe, nous avons pu avoir les autorisations nécessaires. En deux semaines, le virus avait emporté plus de 200 personnes. Le virus de Marburg est très ravageur. Seuls, les efforts d'un pays ne peuvent suffire à le combattre. Il faut une coalition mondiale". En attendant cette coalition mondiale, les trois pays africains affectés, ou simplement menacés par le virus, prennent individuellement des dispositions pratiques. Un cabinet de crise fonctionne à Matadi et vient d'instaurer un cordon sanitaire sur plusieurs points de la frontière de la province du Bas-Congo avec l'Angola. Tous les responsables des services de santé, dans les districts et les territoires ainsi que les autorités politico-administratives de la province du Bas-Congo, ont été rassemblés à Matadi pour une formation d'urgence sur la lutte contre le virus. Au Congo-Brazzaville voisin, un cordon sanitaire a été instauré depuis la ville de Pointe-Noire, la capitale économique du pays, sur la frontière avec la province angolaise de Cabinda où quatre cas seraient déjà signalés, dont un décès. Le ministre de la Santé du Congo-Brazzaville, Jean Gandu, a annoncé, à la télévision nationale, mardi, qu'un contrôle très rigoureux sera exercé dans les ports et aéroports du pays.

