POLITIQUE: Les négociations de Rome déboucheront-elles sur le rapatriementdes rebelles rwandais? – Analyse

KINSHASA, 25 mars (IPS) – Les différents groupes armés rwandais vivant en République démocratique du Congo (RDC), réunis au sein du Front démocratique pour la libération du Rwanda (FDLR), seraient disposés à regagner leur pays si les conditions de sécurité leur étaient assurées à leur retour.

C'est ce qui ressort d'un communiqué du FDLR parvenu à Kinshasa, la capitale de la RDC, cette semaine, au moment même où se déroulent des négociations entre le Congo et le Rwanda, à Rome, en Italie, sur ce retour des rebelles rwandais, sous l'égide de la communauté religieuse Sant'Egidio. Le communiqué du FDLR est particulièrement bien accueilli dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans l'est du Congo, qui se plaignent beaucoup, ces derniers jours, des exactions des forces rebelles sur les populations civiles. En effet, en dépit de la cessation officielle des hostilités consacrée par la signature des accords de paix de Sun City, en Afrique du sud, en décembre 2002, et la constitution d'un gouvernement de transition à Kinshasa comprenant toutes les composantes politiques, les tueries sauvages, accompagnées de vols de bétails, de viols et d'enlèvements de femmes, restent monnaie courante dans les deux provinces du Kivu.

Dans ces deux provinces orientales, sévissent toujours de nombreux groupes armés, toutes obédiences confondues : ex-Forces armées rwandaises, milices rwandaises Interahamwe, forces rebelles burundaises du FDD (Front pour la défense de la démocratie), et milices congolaises maï-maï. Toutefois, les rebelles burundais du FDD ont pratiquement regagné leur pays à la suite de la paix signée, en 2003, entre le FDD et l'actuel gouvernement burundais. En outre, les combattants maï-maï congolais ont été, dans leur grande majorité, intégrés dans les forces armées régulières congolaises. Ainsi, les violences qui se poursuivent contre les populations restent, en grande partie, le fait des rebelles rwandais, selon des habitants de la région. Certains villages de la province du Sud-Kivu comme Bunyakiri, non loin de Bukavu, ont été vidés de leurs habitants pour cause d'insécurité. "Les attaques des combattants FDLR sont tellement fréquentes que les habitants de Bunyakiri ont dû trouver refuge dans le stade de la localité sous la garde des militaires congolais pour éviter de se faire enlever ou tuer par les rebelles FDLR", déclare Jules Mambo, contacté par IPS à Bukavu. "Le problème, c'est qu'ils (les habitants) ne sont pris en charge par aucun organisme humanitaire et que dans les conditions où ils se trouvent, il leur est difficile de se rendre dans leurs champs pour s'approvisionner en vivres". Parmi les exactions que dénoncent les habitants des villages concernés, se trouve justement le fait que les milices rebelles envahissent les champs des villageois et emportent tout ce qu'elles peuvent récolter. Jusqu'ici, ni les forces armées régulières congolaises, ni celles de la MONUC ne sont parvenues à maîtriser les rebelles rwandais et, encore moins, à les persuader de regagner leur pays. La MONUC est la Mission d'observation des Nations Unies au Congo. Des analystes à Kinshasa estiment, à cet égard, que les négociations, qui se déroulent actuellement à Rome, sous les auspices de Sant'Egidio, et surtout le communiqué du FDLR diffusé pendant que se tiennent les pourparlers, sont capitales pour l'avenir politique et sécuritaire dans l'est de la RDC, et d'une manière plus globale, pour la paix dans toute la région des Grands Lacs. L'approche du rapatriement volontaire des rebelles FDLR ayant échoué, il ne reste plus maintenant que celle des négociations politiques. Et le fait que le gouvernement rwandais ait accepté d'envoyer une délégation à Rome pour prendre langue avec les rebelles est un signe encourageant, affirment les mêmes analystes. Pour le professeur Banyaku Luape, coordinateur adjoint de la Conférence sur la paix, la sécurité et la démocratie dans les Grands Lacs, "le gouvernement de Kigali n'a pas d'autres choix que de négocier le retour à la paix et à la tranquillité politique et sociale au Rwanda".

"Le Burundi vient de démontrer, avec les accords d'Arusha, que le conflit basé sur la tribu peut également trouver une solution si le gouvernement en place a la volonté politique d'enrayer la crise", a déclaré Luape à IPS.

"Une fin positive des négociations de Rome faciliterait notre tâche de convaincre les leaders politiques de la nécessité de créer une zone de paix dans la région des Grands Lacs".

Après la RDC qui, avec les accords de paix de Sun City, dispose maintenant d'un gouvernement de transition qui prépare des élections générales, après le Burundi qui, grâce aux accords de paix d'Arusha, chemine également vers la normalisation de son avenir politique, le Rwanda va-t-il entrer dans la danse et emboîter le pas à ses deux voisins?, s'interrogent des observateurs congolais.

"Rien n'est moins sûr, le gouvernement de Kigali n'ayant jusqu'ici donné aucun gage sur sa volonté de sécuriser les rapatriés", affirme, à Kinshasa, Jeanine Bushiri, ressortissante de la province du Nord-Kivu et activiste des droits de l'Homme. Ce gage attendu du gouvernement de Kigali viendra peut-être de la confrontation des arguments entre les trois délégations qui se retrouvent face à face à Rome : une délégation du gouvernement congolais, celle du gouvernement rwandais ainsi que celle du FDLR. Les milieux gouvernementaux à Kinshasa estiment qu'il est urgent d'en terminer avec la présence des troupes rebelles dans les deux Kivu avant le déroulement des élections prévues en juin prochain, afin de garantir la sécurité des opérations électorales. La MONUC s'est également mise en campagne pour sensibiliser ses troupes au Nord-Kivu et au Sud-Kivu afin de renforcer leur dispositif de désarmement des milices rwandaises en vue d'un probable rapatriement dans les jours à venir. Un officier de haut rang de la MONUC, Sam Howard, se trouve actuellement dans la région pour expliquer aux troupes du contingent indien, nouvellement déployées, le programme DDRR (Désarmement, démobilisation, rapatriement et réinsertion). Mais, dans la province du Nord-Kivu, il n'y a pas que les rebelles rwandais, il y a également les différentes milices ougandaises qu'il faut rapatrier. La fièvre des élections, qui approchent, provoque beaucoup de nervosité dans la population congolaise des deux provinces voisines du Rwanda. A Bukavu, capitale du Sud-Kivu, on croit de moins en moins à un déroulement normal des élections tant que le préalable de l'insécurité n'est pas résolu. Autrement dit, tant que les rebelles rwandais ne seront pas rapatriés. "Pour voter, il faut d'abord identifier les électeurs afin de savoir qui, au regard de sa nationalité, peut ou ne peut pas voter", explique Noel Bisimwa du Réseau des associations des droits de l'Homme au Sud-Kivu.

"Ici, au Sud-Kivu, avec les guerres qui n'en finissent pas, on ne sait plus distinguer qui est congolais et qui ne l'est pas. Il est fortement à craindre que des étrangers ne se fassent passer pour des Congolais afin d'influer sur les opérations électorales". A Rome, on ne discute pas que du rapatriement des rebelles rwandais, mais également des conditions d'une paix régionale. Selon le cabinet de Mbusa Nyamwisi, le ministre congolais de la Coopération régionale, qui dirige la délégation du Congo, on envisage sérieusement de ressusciter la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL), en hibernation complète depuis la guerre du Rwanda, en 1994. La Belgique et les Pays-Bas s'affairent déjà sur le dossier. La CEPGL, qui avait très bien fonctionné dans les années 1980, avait suscité beaucoup d'espoirs. Elle comprend trois pays : la RDC, le Rwanda et le Burundi.

Mais, dans la nouvelle approche, elle pourrait englober aussi, dans un premier temps, l'Ouganda, et, plus tard, le Kenya et même la Tanzanie, selon des analystes.

Le ministre congolais de la Coopération régionale en a discuté le 18 mars, avec son homologue belge des Affaires étrangères. "Il a été question de relancer La Banque de développement des Grands Lacs (BDGL) et l'Institut des recherches agronomiques et zootechniques qui dépendent de la CEPGL", a indiqué à IPS, Jean-Marie Labila, le directeur de cabinet du ministre congolais.