POLITIQUE-ZIMBABWE: Une campagne taillée sur mesure pour le parti au pouvoir

JOHANNESBURG, 23 mars (IPS) – Une visite de routine à un parent vivant dans une zone rurale est, dans beaucoup de régions d'Afrique, une affaire familiale privée.

Ce n'est pas le cas au Zimbabwe, déclare Tiseke Kasambala, un chercheur à Human Rights Watch.

Selon l'organisation non gouvernementale basée à New York, des zones rurales deviennent interdites d'accès aux visiteurs urbains durant des campagnes électorales, les habitants de la ville étant collectivement perçus comme des sympathisants de l'opposition. Un scrutin législatif doit se dérouler au Zimbabwe le 31 mars.

La 'Zimbabwe African National Union-Patriotic Front' (ZANU-PF) tire le gros de son soutien des zones rurales. En conséquence, indique Human Rights Watch (HRW), les membres de la ZANU-PF et ses alliés n'hésitent pas à prendre des mesures s'ils croient que ce soutien est en train d'être remis en cause.

"Il y a une femme dont l'oncle est venu de la ville pour lui rendre visite. Après le départ de son oncle, des activistes de la ZANU-PF sont allés l'interroger sur les…raisons de la visite. Et ils l'ont obligée à aller dans la maison du chef pour une interrogation supplémentaire", a dit Kasambala aux journalistes lundi.

"Plusieurs Zimbabwéens sont effrayés et ne veulent pas passer par un tel supplice", a-t-elle ajouté. Kasambala s'exprimait à la publication, par HRW, à Johannesburg, d'un nouveau document intitulé 'Pas de terrain de jeu égal pour tout le monde : Elections législatives de 2005 au Zimbabwe".

Kasambala et plusieurs collègues de HRW ont passé plus de trois semaines à Harare en décembre 2004 et en février 2005, pendant lesquelles ils ont interrogé 135 représentants du parti au pouvoir, de l'opposition et de la société civile.

Leurs conclusions, consignées dans le document, étaient que les partisans de l'opposition et d'autres Zimbabwéens avaient été intimidés par la ZANU-PF et des autorités gouvernementales dans la période précédant les élections législatives.

Ceci a continué un mode de répression qui avait caractérisé ces cinq dernières années au Zimbabwe.

L'élection législative de 2000 et la présidentielle de 2002 ont été précédée d'une violence généralisée, dont la majeure partie était dirigée contre l'opposition.

Même si plusieurs observateurs reconnaissent que le niveau d'intimidation avant le scrutin du 31 mars est plus bas, ils croient que ceci peut refléter l'assurance de la victoire de la part de la ZANU-PF, qui est maintenant en face d'une opposition paralysée par des années de répression.

HWR condamne l'utilisation par le gouvernement d'Harare de lois répressives comme la Loi sur l'ordre public et la sécurité, qui sape la capacité de l'opposition à battre campagne – et la Loi sur l'accès à l'information et la protection de la vie privée. Cette loi a été utilisée pour museler la presse indépendante.

"Bref…le terrain de jeu pour l'élection de 2005 n'a pas été nivelé", souligne le document de HRW.

Le groupe a également exprimé des inquiétudes par rapport à l'inscription et à l'éducation des électeurs, et les arrangements pour l'observation de l'élection, notant que "Les problèmes majeurs…qui ont entaché les précédentes élections n'ont pas été réglés".

Parmi ceux-ci, figure le fait que trop peu de centres d'inspection, où la liste des électeurs pourrait être examinée minutieusement, étaient disponibles.

Malgré cette difficulté, une organisation basée à Harare dénommée 'FreeZim Support Group'(Groupe de soutien FreeZim) a fait une analyse de la liste qui indique que plus de deux millions sur ses 5,6 millions de noms sont suspects. Par ailleurs, l'importante communauté des Zimbabwéens de l'étranger ne sera pas autorisée à voter.

Dans la mesure où l'attention s'est focalisée sur les actions du gouvernement zimbabwéen avant le 31 mars, la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) est, elle-même, devenue objet de pressions en relation avec le scrutin.

L'année dernière, la SADC – dont est membre le Zimbabwe – a élaboré une série de guides électoraux pour s'assurer que les élections dans la région seraient libres et équitables. Les pays d'Afrique australe sont maintenant obligés de garantir la tolérance politique avant les élections, de donner à tous les partis l'accès aux médias d'Etat – et de mettre en place des institutions électorales impartiales, entre autres mesures.

L'administration de Mugabe affirme qu'elle est en train de se conformer au protocole de la SADC. Mais, HRW ne partage pas cet avis.

"(A) quelques jours seulement du scrutin", déclare HRW, "il est clair que le gouvernement ne s'est pas convenablement conformé aux repères fixés par les Principes et directives régissant des élections démocratiques au sein de la SADC".

Des observateurs de la SADC devraient commenter l'environnement électoral du Zimbabwe durant les 10 prochains jours. A la lumière cela, HRW a demandé à l'organisation comprenant 13 membres de regarder au-delà du calme relatif qui prévaut présentement au Zimbabwe lorsqu'elle donnera son verdict sur les préparations du scrutin.

"Ils doivent également prendre en compte les effets des cinq années de violence passées, les récents rapports d'intimidation, d'irrégularités électorales continues et l'utilisation d'une législation restrictive", souligne HRW.

Michael Clough, directeur de plaidoyer de HRW pour l'Afrique, croit que la répression politique au Zimbabwe se révèle être un test pour la SADC.

"Je crois que la crédibilité de la SADC est en jeu. Et, je crois que l'engagement de l'Afrique du Sud à étendre la démocratie dans la région est en jeu", a-t-il dit aux journalistes à Johannesburg la semaine dernière..

HRW a également exhorté les Etats de la SADC à s'assurer que la campagne durant les derniers jours avant l'élection législative se passe sans encombre.

Le président zimbabwéen Robert Mugabe, qui est chef de l'Etat depuis que son pays a acquis l'indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne en 1980, accuse fréquemment le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de l'opposition, d'être une façade pour les intérêts occidentaux. (Le MDC est le principal parti de l'opposition au Zimbabwe).

Toutefois, les détracteurs du président disent qu'il a entamé les acquis de ses premières années au pouvoir avec une mauvaise gestion économique et un régime de plus en plus autoritaire.