LONDRES, 19 mars (IPS) – Le rapport de la Commission pour l'Afrique expose en détail ce que le monde doit faire pour l'Afrique et ce que l'Afrique doit faire pour elle-même. Le rapport présente également ce que la Grande-Bretagne pourrait être en train de faire pour l'Afrique et qu'elle ne fait pas.
Ceci sape dans une large mesure l'appel du gouvernement britannique en faveur d'une nouvelle action internationale sur l'Afrique. La Grande-Bretagne a fait d'un tel effort international la pièce centrale de son programme en tant que président du G8 cette année, et envisage de faire la même chose sous sa présidence de l'Union européenne au cours du second semestre de cette année.
Mais la Grande-Bretagne n'a pas à attendre l'action de l'Union européenne (EU) et du G8 (les Etats-Unis, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, l'Italie, le Japon et la Russie), estiment des activistes.
"Sur les questions d'aide, la Grande-Bretagne peut agir dans une totale indépendance vis-à-vis des autres", a déclaré à IPS, John Hilary, directeur de campagne et de politique au groupe indépendant 'War on Want'.
Aux termes de la nouvelle politique d'aide, la Grande-Bretagne n'imposera pas de conditions à la politique économique d'un pays receveur.
Mais aux termes des propositions britanniques en faveur d'une Facilité financière internationale pour une aide plus accrue et plus rapide, elle rendrait encore l'aide conditionnelle, a indiqué Hilary.
"Le commerce est une question difficile parce que la Grande-Bretagne travaille à travers l'UE", a-t-il souligné. "Mais la Grande-Bretagne est une voix puissante au sein de l'UE. Donc, si la Grande-Bretagne se retire (des politiques commerciales inéquitables), cela aurait beaucoup de poids.
La Grande-Bretagne pourrait prendre une avance solide en cela".
La commission a indiqué que "le fait de forcer les pays pauvres à se libéraliser à travers des accords commerciaux est la mauvaise approche pour atteindre la croissance et la réduction de la pauvreté en Afrique, et ailleurs". Elle dit que l'Accord général sur le commerce dans les services (GATS) de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) n'est pas un mécanisme approprié pour gérer la libéralisation des services en Afrique.
"Cependant, le gouvernement du Royaume-Uni continue de faire pression pour la libéralisation du commerce dans les pays en développement dans l'intérêt de ses propres compagnies multinationales, aussi bien dans les négociations en cours sur le GATS à l'OMC qu'à travers les Accords de partenariats économiques (APE) actuellement négociés avec des Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique", explique 'War on Want' dans un communiqué.
La Grande-Bretagne est en train de faire le contraire des réformes recommandées par la Commission pour l'Afrique sur certains fronts, affirme Hilary. La commission a demandé des mesures rapides pour s'attaquer à la corruption, dans laquelle plusieurs pays occidentaux sont complices.
"Toutefois, les règles du département du 'Export Credit Guarantee' (Garantie du crédit à l'exportation) sur la corruption ont été édulcorées il y a juste trois mois suite aux pressions des compagnies", a-t-il dit à IPS.
La Grande-Bretagne a eu recours à un code volontaire et non obligatoire pour la régulation des entreprises, a déclaré Hilary. "C'est ridicule, parce qu'un code volontaire s'est révélé comme n'étant pas opérationnel".
La Commission pour l'Afrique, a-t-il indiqué dans une déclaration précédente, "a critiqué les politiques préjudiciables du gouvernement du Royaume-Uni à l'égard de certains des pays les plus pauvres au monde. Les politiques du Royaume-Uni sur la libéralisation du commerce et la privatisation se sont révélées comme faisant partie du problème auquel est confrontée l'Afrique, alors que la réticence à sévir contre la corruption des entreprises est mise en relief comme une autre clé faisant défaut.
Tony Blair doit maintenant répondre avec une profonde refonte des politiques britanniques envers l'Afrique à travers toute la série de questions identifiées par la commission." 'War on Want' attire l'attention sur plusieurs zones où la Commission pour l'Afrique a contesté les politiques du gouvernement britannique.
Pour la commission, compter sur le secteur privé pour fournir des services d'infrastructure comme l'eau, le transport et les marchés agricoles en Afrique, a été une "grave erreur de politique, menée par la communauté internationale, qui a sapé les perspectives de croissance et généré un retard substantiel de l'investissement".
Mais le gouvernement britannique a "défendu le rôle du secteur privé dans la fourniture des services d'infrastructure en Afrique, en mettant en place le 'Emerging Africa Infrastructure Fund' (Fonds pour l'infrastructure de l'Afrique émergente) et d'autres mécanismes de financement du secteur privé, ainsi que de nouvelles initiatives de privatisation à travers le 'Public Private Infrastructure Advisory Facility' (Mécanisme consultatif pour l'infrastructure publique et privée, et à travers des contacts directs avec des consultants en privatisation", affirme 'War on Want'.
Sur le commerce des armes, la commission note que "des conflits violents ont tué et déplacé plus de personnes en Afrique que dans aucun autre continent ces dernières décennies", et souligne que la participation continue du monde développé dans le commerce des armes est un facteur qui y contribue.
"Et, alors que la commission appelle à une action plus efficace pour contrer la prolifération des armes, le Royaume-Uni continue d'exporter des armes et des composantes d'armes vers certains des pays les plus pauvres en Afrique", ajoute 'War on Want'.

