PRETORIA, 17 mars (IPS) – Ce week-end a vu démarrer une nouvelle opération militaire en République démocratique du Congo.
Des informations en provenance de ce pays d'Afrique centrale indiquent que quelque 800 soldats des Nations Unies ont été déployés dans la région du nord-est du Congo, l'Ituri, pour désarmer des milices locales tenues responsables de la mort de neuf soldats de la paix, le mois dernier.
Les milices, issues d'une faction dénommée le Front des nationalistes intégrationnistes (FNI) ont également attaqué des ressortissants congolais, poussant 70.000 d'entre eux à fuir leurs maisons ces dernières semaines.
Environ 60 combattants ont été tués par des troupes de l'ONU dans une opération lancée après l'embuscade qui a coûté la vie aux soldats bangladais de maintien de la paix, le 25 février. Ces soldats faisaient partie de plus de 16.000 hommes servant dans la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC).
Les événements de ces derniers jours ont mis en évidence la difficulté à ramener la paix en République démocratique du Congo (RDC), où le conflit, dans les régions de l'est, a continué malgré un accord de 2002 destiné à mettre fin à cinq années de guerre civile.
"Le Congo est un Etat en faillite – ses structures internes sont très faibles", déclare James Malanda, en charge de la diplomatie au Congrès panafricain (COPAN), un groupe de pression formé par de jeunes Congolais dans la diaspora. "Chaque fois qu'il y a un problème, admettons dans la province (orientale) du Kasai, ils font venir quelqu'un de la capitale, Kinshasa, pour apporter une solution. Souvent, cette personne ne sait même pas à quoi ressemble le Kasai".
Malanda s'exprimait à une conférence d'une journée organisée par le COPAN en collaboration avec 'Africa Institute of South Africa' (AISA), dans la capitale sud-africaine, Pretoria, jeudi (10 mars).
La guerre civile congolaise, qui a mis aux prises le gouvernement et plusieurs groupes rebelles supportés par l'Ouganda et le Rwanda, aurait causé la mort d'environ trois millions de personnes – soit à travers les combats, soit des suites de la maladie et des pénuries alimentaires auxquelles étaient en proie des régions déchirées par la guerre.
La guerre a commencé en 1998 après qu'une scission s'est développée entre l'Ouganda et le Rwanda, d'une part, et le président congolais d'alors, Laurent Désiré Kabila, d'autre part. Les deux pays avaient contribué à amener Kabila au pouvoir un an plus tôt – en renversant, du coup, Mobutu Sese Seko, un président resté longtemps au pouvoir.
Des rebelles soutenus par le Rwanda et l'Ouganda ont pris les armes contre Kabila après qu'il s'est révélé moins malléable que ne l'avaient espéré ses anciens supporters. En particulier, le président congolais n'a pas réussi à maîtriser les militants hutus responsables du génocide au Rwanda en 1994, qui avaient fui en RDC – et qui lançaient des attaques transfrontalières contre le Rwanda.
Grâce à une intervention de l'Angola, de la Namibie et du Zimbabwe, Kabila avait pu éviter d'être renversé comme l'avait été son prédécesseur – même s'il a été assassiné plus tard. Mais la présence de troupes étrangères sur le sol congolais s'est effectuée à un énorme coût financier pour le pays : les Etats impliqués dans le conflit étaient mêlés à l'exploitation illégale des ressources en RDC, qui a des réserves minières, diamantifères et de bois considérables.
Vers la fin de l'année dernière, le président rwandais Paul Kagame a encore menacé de déployer des troupes en RDC pour s'occuper des militants hutus – et des informations en provenance du Congo indiquaient que des soldats rwandais avaient en effet traversé la frontière pour se rendre en RDC.
"Malheureusement, le Rwanda est encore présent au Congo. Kagame utilise toujours le prétexte de l'autodéfense pour maintenir ses troupes au Congo.
Quelque chose doit être fait par rapport à l'ingérence du Rwanda dans les affaires du Congo", a souligné le chercheur de l'AISA, Yazini Funeka April, aux participants à la conférence, jeudi.
Toutefois, le président du COPAN, Yves Kamangu, s'est refusé à accuser Kigali pour tous les maux affectant la RDC.
"Nous, peuple congolais, n'avons pas pu régler nos problèmes internes comme le désarmement des interahamwe. C'est pourquoi nous nous trouvons confrontés aux conséquences. Nous cherchons des boucs émissaires et accusons d'autres d'être à l'origine de nos problèmes", a-t-il noté.. Le terme Kinyarwanda "interahamwe", diversement interprété comme "ceux qui attaquent ensemble" ou "ceux qui se mettent ensemble ", était le nom donné aux auteurs du génocide rwandais.
Les pourparlers pour mettre fin aux combats au Congo-Kinshasa ont été accueillis par l'Afrique du Sud, et ont abouti à la création d'un gouvernement de transition qui inclut d'anciens chefs rebelles, des représentants de l'opposition civile et des membres du gouvernement de Kinshasa présidé par Joseph Kabila – fils de feu Laurent Désiré Kabila.
Toutefois, certains délégués à la conférence de jeudi ont dit que des citoyens congolais avaient largement été exclus du processus de paix – et qu'ils devaient s'unir à un niveau local pour s'assurer que leurs préoccupations étaient prises en compte par les autorités nationales.
"Nous devons reconstruire le Congo. Les populations congolaises devaient se réorganiser à des niveaux inférieurs comme les provinces. Une fois qu'elles se seront organisées, elles devraient exercer d'abord l'autonomie, volontairement, en se mettant ensemble pour former le plus grand Congo", a déclaré Kamangu.
Il a relevé avec circonspection que cette vision de décentralisation n'équivalait pas à un appel à la sécession – un sujet incendiaire dans un pays où la tentative de sécession du Katanga, dans la province du sud-est, en 1960, a été réprimée.
"Nous ne préconisons pas une sécession. Le Congo, le deuxième plus vaste pays d'Afrique, est constitué d'un si grand nombre de groupes ethniques, que nous ne nous ne pouvons pas attendre à ce qu'il soit dirigé de Kinshasa par des gens qui ne comprennent pas les problèmes locaux qui se posent dans les provinces", a indiqué Kamangu.
La conférence de jeudi a également abordé les élections qui sont prévues en RDC en juin.
Dirk Kotze, un professeur de sciences politiques à l'Université d'Afrique du Sud, s'est demandé si une période transitoire de deux ans était assez longue pour insuffler aux Congolais la confiance que des institutions comme les tribunaux – qui peuvent jouer un important rôle pour déterminer la légitimité du scrutin – sont capables d'agir de façon indépendante. La période de transition a commencé après l'accord de paix de 2002.
"Des périodes de transition sont pour l'édification de la confiance. Plus la période de transition sera longue, mieux ce sera pour l'édification de la confiance", a souligné Kotze, notant que l'importance d'un système judiciaire efficace avait été démontrée durant l'élection présidentielle américaine de 2000.
"Des gens sont allés au tribunal et la cour a déclaré que (George W.) Bush a gagné les élections – et le peuple américain a accepté la décision du tribunal. Autrement, sans des institutions comme les tribunaux, (le rival démocrate) Al Gore aurait pris le maquis pour combattre".
Kotze a également souligné que les différentes factions de la RDC devraient être démobilisées, pour éviter la reprise de la guerre civile au cas où le résultat de l'élection ne serait pas au goût de leurs leaders.

