POLITIQUE-OUGANDA: Un processus de paix menace de se détériorer

NAIROBI, 12 jan (IPS) – Des efforts de paix dans le nord de l'Ouganda sont dans un état précaire ces derniers jours, ceci après qu'une tentative pour faire signer un cessez-le-feu global le 31 janvier s'est révélée infructueuse.

Depuis 1986, la région est en proie à des combats entre le gouvernement et des rebelles de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), qui affirment vouloir instaurer une administration basée sur les dix commandements de la Bible.

Sous la direction de Joseph Kony, la LRA a enlevé près de 20.000 enfants, dont plusieurs ont été forcés de combattre pour le mouvement.

Des centaines d'enfants ont également été contraints de travailler comme porteurs, ou transformés en esclaves sexuels. En outre, des dizaines de milliers de civils ont été tués dans le conflit – et environ 1,6 million ont été déplacés.

Le 14 novembre 2004, le gouvernement a annoncé un cessez-le-feu d'un mois pour permettre aux rebelles de se rassembler dans des zones désignées du nord de l'Ouganda, pour discuter de la possibilité de pourparlers de paix.

Ce cessez-le-feu a été prolongé plus tard au 31 décembre, où une trêve plus complète devait être parafée.

Mais, les négociations se sont apparemment heurtées à un obstacle lorsque les rebelles ont demandé plus de temps pour étudier l'accord de cessez-le-feu.

"Il y a beaucoup de suspicion des deux côtés et je pense que c'est ce qui a causé le problème. Il n'est pas étonnant que les choses se soient terminées de cette manière-là", estime James Tumusiime, rédacteur en chef du journal 'The Weekly Observer' en Ouganda.

"Il semble que l'armée est convaincue que les rebelles ne peuvent être vaincus que militairement", ajoute-t-il.

Le président Yoweri Museveni a ordonné par la suite que la Force populaire de défense de l'Ouganda (UPDF) reprenne les opérations contre la LRA.

"Nous allons reprendre la pression sur eux, mais nous continuerons également à dialoguer avec ces commandants là qui sont prêts à dire la vérité et à faire ce qu'il faut", a-t-il déclaré dans un discours prononcé le 1er janvier.

Des informations indiquent que quelques heures plus tard, l'armée ougandaise est allée attaquer des rebelles qui s'étaient rassemblés dans la zone de cessez-le-feu, tandis que la LRA a tendu une embuscade à une camionnette de l'armée, blessant quatre soldats.

La LRA est également accusée de mener des attaques contre des civils.

"(Mercredi), ils ont enlevé deux femmes à Pader (un district du nord de l'Ouganda), amputé leurs mains et leur ont dit : 'Allez le dire à l'UPDF', a indiqué à IPS, le porte-parole de l'armée, Shaban Bantariza.

"Nous avons été indulgents avec eux, en leur offrant une opportunité de donner une chance à la paix – mais après les événements (de mercredi), nous les recherchons maintenant très activement", a-t-il dit dans un entretien téléphonique depuis la capitale ougandaise, Kampala.

Des groupes de la société civile ont toutefois exhorté les deux parties à poursuivre leurs négociations.

"L'idée que nous pourrions retourner à une guerre totale est insupportable", a indiqué Stella Ayo-Odongo, présidente des Organisations de la société civile pour la paix dans le nord de l'Ouganda (CSOPNU), dans un communiqué du 5 janvier.

"Cela fait dix ans que les derniers pourparlers de paix réels se sont tenus. Les populations du nord de l'Ouganda ne peuvent pas vivre avec dix autres années de souffrances effroyables. Nous devons faire fonctionner ce processus de paix", a-t-elle ajouté.

Selon la CSOPNU, la guerre dans le nord de l'Ouganda a coûté au pays près de 1,33 milliard de dollars depuis ses débuts, approximativement trois pour cent du produit intérieur brut.

Des groupes civiques ont également demandé aux dirigeants de la planète de ne pas laisser les efforts d'aide dans des pays affectés par le désastre du tsunami, il y a deux semaines, éclipser complètement les négociations en Ouganda.

"L'attention de la communauté internationale doit être accordée à l'Ouganda. Sinon, nous retournerons alors à une guerre totale dans le nord de l'Ouganda", a déclaré Emma Naylor, directrice nationale d'OXFAM – une agence britannique d'aide – en Ouganda.

"Nous avons une situation humanitaire grave ici et il faut que la communauté internationale reste mobilisée afin de sauver le processus de paix", a indiqué Naylor à IPS.

Les raz-de-marée qui ont touché des pays le long de l'océan Indien ont été causés par un tremblement de terre le 26 décembre au large de la côte de l'île indonésienne de Sumatra. On a déjà confirmé la mort de plus de 150.000 personnes dans le désastre, tandis que cinq millions seraient maintenant sans abri.

Au début de la semaine dernière, Museveni a annoncé que d'autres pourparlers entre le gouvernement et les rebelles se tiendraient hors du pays.

"Le président a proposé que les négociations de paix soient organisées hors de l'Ouganda, (mais) jusqu'à présent, il n'y a aucune réaction de la part de la LRA", a dit à IPS, Onapito Ekomoloit, chargé de presse du président ougandais, la semaine dernière.

Néanmoins, Betty Bigombe, un ancien ministre du gouvernement qui assure la médiation dans les pourparlers entre les deux parties, a toujours bon espoir que la paix sera réalisée en fin de compte. Elle souligne également que le processus de paix est une question complexe.

"Oui, des efforts sont en train d'être faits pour que des discussions commencent entre le gouvernement et les rebelles", a-t-elle dit à IPS, mais elle a ajouté : "La paix ne vient pas à une vitesse supersonique".

Des pourparlers pour mettre fin à une autre guerre civile, au Sud-Soudan, peuvent se révéler essentiels pour ramener à nouveau la LRA à la table de négociation.

On pense généralement que Khartoum a financé la LRA en représailles au soutien présumé de l'Ouganda au Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) – rebelle – et qu'il a permis aux combattants de la LRA d'opérer depuis des bases au Sud-Soudan.

Toutefois, le 31 décembre, le gouvernement du Soudan et le SPLM/A ont signé un cessez-le-feu permanent pour mettre fin à leur guerre de 21 ans, ainsi qu'un accord stipulant comment mettre en œuvre des protocoles de partage de pouvoir et des richesses déjà convenus. Les deux parties menaient des discussions au Kenya depuis 2002.

Un accord de paix final a été signé par Khartoum et le SPLM/A dimanche (le 9 janvier) dans la capitale kényane, Nairobi.

Comme conséquence de ce changement de situation politique au Sud-Soudan, la LRA a perdu le soutien qu'elle recevait précédemment des responsables soudanais, qui ont accepté de s'unir aux troupes ougandaises pour traquer et capturer les rebelles.

La LRA fait également l'objet d'enquêtes de la part de la Cour pénale internationale (CPI) pour des crimes contre l'humanité.

Cependant, Museveni a déclaré que son gouvernement œuvrerait pour que la CPI laisse tomber les poursuites si les rebelles acceptaient un accord de paix ou se rendaient conformément à une loi qui offre l'amnistie aux combattants de la LRA.

* Avec un reportage supplémentaire d'Evelyn Kiapi Matsamura à Kampala.