NAIROBI, 11 jan (IPS) – Plus de deux années de discussions pour mettre fin à la plus longue guerre civile d'Afrique ont porté des fruits durant le week-end, lorsqu'un accord de paix final a été signé entre le gouvernement du Soudan et les rebelles sudistes. Les deux parties avaient précédemment rédigé des protocoles stipulant la manière dont le pouvoir et la richesse devraient être partagés dans un Soudan d'après-guerre.
Etaient présents à la cérémonie de signature, qui s'est déroulée au stade Nyayo dans la capitale kényane, Nairobi, dimanche, 15 chefs d'Etat africains et près de 20.000 Soudanais dont certains sont venus de leur pays pour l'occasion.
Vêtus de cuirs et de turbans multicolores ornés de plumes d'autruche, les spectateurs se sont mis à chanter et à danser au moment où l'accord était scellé.
Plusieurs portaient, à leurs pieds, des cliquetis en fer produisant un bruit rythmique qui résonnait en même temps que des battements sonores de tambour, dans le stade.
Le président du Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan (SPLM/A) – rebelle – John Garang, et le vice-président soudanais Ali Osman Taha ont signé l'accord – tandis que plusieurs dignitaires l'ont parafé en tant que témoins.
Au nombre de ceux-ci, figuraient le secrétaire d'Etat américain Colin Powell, qui a pris part à la cérémonie avec l'ambassadeur des Etats-Unis aux Nations Unies, John Danforth. Le président George W. Bush avait nommé Danforth comme son envoyé spécial au Soudan en 2001. L'Union africaine (UA) était représentée dimanche par Atiku Abubakar, le vice-président du Nigeria qui préside actuellement l'UA – et l'ONU par l'envoyé spécial du secrétaire général au Soudan, Jan Pronk.
Des représentants de la Ligue arabe et de l'Union européenne y ont également pris part, ainsi que des délégués de l'Autorité intergouvernementale pour le développement. Cette institution régionale a assuré la médiation dans les pourparlers de paix soudanais, qui avaient commencé en 2002.
"Ce jour est un jour glorieux pour le Soudan et l'Afrique – un jour pour atténuer la détresse et les souffrances de nos populations. C'est un grand jour où l'insécurité sera remplacée par la sécurité et le déplacement par le retour à la maison", a déclaré le président soudanais Omar Hassan Ahmed el-Béchir à ceux qui étaient au stade Nyayo.
Pour sa part, Garang a indiqué : "Cet accord de paix signale le début d'un Soudan sans distinction de race, de religion ou de tribu".
"Si le pays ne se montre pas à la hauteur de ce défi, si le gouvernement d'unité nationale ne fonctionne pas, alors l'union sera dissoute amicalement et de façon pacifique à travers un referendum", a-t-il ajouté.
Ceci était en référence à une clause dans l'accord de paix prévoyant un référendum dans environ six ans, lorsque des sudistes seront autorisés à voter pour une sécession vis-à-vis du reste du Soudan.
Entre-temps, le sud jouira d'une autonomie sous la direction de Garang, qui assumera également la fonction de vice-président dans un gouvernement d'unité nationale. Les revenus pétroliers seront partagés entre les anciennes parties en guerre, tandis que leurs forces seront intégrées dans une armée unique.
Par ailleurs, la loi traditionnelle islamique – la charia – ne sera appliquée que dans le Nord-Soudan.
Pendant la majeure partie de la période ayant suivi l'indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne en 1956, le pays a été en proie à un conflit entre le nord musulman et le sud chrétien et animiste, qui combattait pour l'indépendance politique et la liberté religieuse. Bien que le Conseil mondial des églises ait aidé à négocier un accord de paix dans la capitale éthiopienne, Addis Abeba, en 1972, les combats ont repris en 1983.
Des différends sur celui qui devrait contrôler les ressources pétrolières du Sud-Soudan ont élargi le fossé entre Khartoum et le SPLM/A. Plus de deux millions de personnes sont mortes dans le conflit ou des suites de maladie et de famine qui l'ont accompagné, alors que quatre autres millions ont été déplacées.
Mais alors que la guerre a pris fin dans le sud, la région du Darfour, dans l'ouest du Soudan, est toujours en ébullition.
Le conflit dans cette région a commencé en 2003, lorsque des rebelles de l'Armée/Mouvement de libération du Soudan et le Mouvement pour la justice et l'égalité ont pris les armes pour protester contre la marginalisation présumée du Darfour par Khartoum.
Les autorités seraient en train de terroriser des civils afin de réprimer le soutien pour les deux groupes et de mettre fin à leurs activités.
Le gouvernement est également accusé d'apporter son soutien aux milices arabes connues sous le nom de janjaweed (cavaliers) qui auraient commis une série de violations de droits humains pendant qu'ils faisaient des razzias sur des villages dans le Darfour. Des diplomates et des activistes des droits ont tour à tour indiqué que les actes du gouvernement et des janjaweed équivalaient à une épuration ethnique – ou même à un génocide.
Plus de 70.000 personnes sont mortes dans le conflit du Darfour, selon l'ONU, tandis qu'environ 1,6 million d'autres ont été déplacées. La violence dans la région est également influencée par des différences de longue date entre des Arabes nomades et des groupes ethniques sédentaires sur le contrôle de la terre.
Alors que l'UA assure la médiation dans les pourparlers entre le gouvernement et les groupes rebelles au Darfour, les discussions ont été reportées le 10 décembre 2004, avec peu de progrès. Powell a déclaré dimanche que le gouvernement du Soudan et le SPLM/A devraient diriger les efforts de paix au Darfour.
"Les deux doivent travailler ensemble pour mettre en œuvre l'accord de paix global, qui prévoit une solution plus large au problème du Darfour….
Nous espérons voir des négociations rapides pour résoudre le conflit du Darfour", a-t-il fait remarquer.
Toutefois, pour Alkuer Aliek, âgé de 37 ans, la perspective d'une paix durable seulement au Sud-Soudan est quelque chose auquel il faut aspirer.
"J'ai perdu mes jambes après que des rebelles ont tiré sur moi, il y a 15 ans", a-t-il dit à IPS à la cérémonie de dimanche. "Mes parents et trois frères sont morts des suites de la fusillade lorsque des rebelles ont fait une descente sur notre camp dans le sud. Mes deux sœurs ont pris leurs jambes à leur cou, et depuis lors, nous ne nous sommes plus jamais revus. Je ne sais pas où les trouver maintenant".

